Un enthousiasmant documentaire
Bernard M.
J’ai vu hier en replay sur Arte le très beau documentaire Nous de la cinéaste d’origine sénégalaise Alice Diop. S’inspirant des Chroniques du Roissy Express tenues jadis par François Maspero, elle a embarqué sur la ligne B du RER de la banlieue nord jusqu’à la vallée de Chevreuse, documentant tout au long des stations qu’elle effectue les mondes divers qu’elle traverse et qui tous ensemble, dans leur diversité voire leurs oppositions, constituent néanmoins ce collectif qui fait la France.
Le documentaire se déploie avec une certaine lenteur de séquence en séquence, laissant le temps de pénétrer les ambiances et les modes de vie, ponctué de belles images fixes des paysages, nous faisant passer, entre autres, d’un mécanicien malien d’Aubervilliers à des royalistes disant une messe pour les rois de France à Saint-Denis, de jeunes des cités à sa propre sœur, infirmière libérale visitant ses patients, du mémorial juif de Drancy à un équipage de chasse à courre dans les bois au-delà de Chevreuse.
Sa propre vie est mise à contribution. Elle revisite les lieux de son enfance en banlieue nord, évoque par d’émouvantes séquences ses parents décédés, reprenant des films amateurs tournés des années auparavant, montrant sa mère lors de réunions de famille, questionnant son père, arrivé en France en 1966, sur son parcours de vie.
On la voit elle-même, s’entretenant avec Pierre Bergounioux, chez lui, à Gif-sur-Yvette. Elle, qui donne « une légitimité cinématographique à des vies qui ne sont pas racontées » se trouve en naturelle connivence avec un auteur qui raconte au plus près dans ses Carnets sa vie quotidienne et qui manifeste son empathie profonde aux personnes modestes qu’il croise et dont, au-delà de son statut d’intellectuel, il se sent faire partie. Les écoutant parler, j’ai trouvé dans les regards qu’ils portent autour d’eux, dans leurs démarches de cinéaste ou d’écrivain, bien des points communs avec ce qui fonde la démarche de l’APA.
Face à tant d’exaspérations, de divisions, de rejets de l’autre que l’actualité ne cesse de nous mettre sous les yeux, ce Nous auquel Alice Diop veut croire est profondément bienfaisant et résonne avec la belle chanson de Ferrat, Ma France, sur laquelle se clôt le film.
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