Vacances et fêtes d’autrefois
Catherine Bierling
Les « grandes vacances » de mon enfance commençaient en général fin juin et s’étendaient souvent jusqu’à la mi-septembre. Un temps quasi éternel pour les enfants que nous étions. Mes parents ne partaient pas en vacances et puisque nous habitions à la campagne, il était clair que nous étions suffisamment au grand air.
Ces grandes vacances s’articulaient autour de trois dates principales. Le dernier dimanche de juin avait lieu la fête patronale. La date suivante, c’était la célébration du 14 juillet. Enfin, aux alentours du 15 août, nous partions pour quelques jours chez mes grands-parents en Normandie. Entre-temps, nous les enfants, devions-nous trouver des occupations afin de meubler ce long temps d’oisiveté, ce qui n’était guère un problème.
La fête patronale
Fin juin, on voyait les forains s’installer peu à peu tout au long de la grande rue du village et l’excitation grandissait parmi les enfants du village. Le nombre d’attractions était modeste.
Un manège pour les petits, une confiserie, des balançoires bateaux, freinés à l’aide d’une grande planche, un stand de tir d’où l’on remportait des cartons troués ornés d’un cœur et d’une plume rouge. Vers la fin des années soixante s’y ajoutèrent les autos tamponneuses, bien usées et bringuebalantes, mais qui déchaînaient notre enthousiasme. Enfin la tente qui abriterait les bals payant du samedi et dimanche soir et le bal gratuit du lundi après-midi.
Avant le début de la fête, on faisait des hypothèses pour savoir quel orchestre animerait le bal. Traditionnel ? Accordéons ? « J’ai quitté mon cher pays » et « étoile des neiges » ? Javas, paso-doble, tangos ? Ou bien un peu plus moderne avec l’introduction de slows et de rock and roll qui faisaient battre plus fort nos cœurs d’adolescents ? Je me souviens de la « danse du balai », où l’on devait changer de partenaire au moment où l’on donnait un coup de manche à balai retentissant sur le plancher, et de la « danse du tapis » où l’on choisit un partenaire à embrasser sur les deux joues en posant le tapis devant lui pour qu’il ou elle s’agenouille, vous fasse la bise et reparte avec le tapis. C’était excitant !
Deux jours de fête, des tours de manège gratuits, le café du village qui ne désemplit pas, les flonflons du bal qui résonnent jusque tard dans la nuit. C’était une bonne manière de commencer les vacances.
Le 14 juillet
On enchaînait sur les réjouissances du 14 juillet et de sa retraite aux flambeaux.
À la tombée de la nuit, dans une remorque tirée par un tracteur se tenaient les pompiers jouant des airs martiaux à tous les arrêts importants du parcours. Dès juin, on les entendait s’entraîner dans une grange afin de ne pas produire trop de couacs le grand jour venu. Quand le clairon retentissait dans l’air du soir, on savait que ce jour approchait. Dans la seconde remorque grimpaient tous les enfants du village, brandissant fièrement un lampion au bout d’une baguette. C’était pour moi un grand bonheur, ce tour du village dans la remorque à la lueur de nos lampions. Puis, c’était l’arrêt au café, la limonade pour tous et le retour à la maison dans la nuit douce et noire. On était heureux parce qu’on savait qu’il y aurait encore des festivités toute la journée suivante, encore des pompiers, encore de la limonade, des jeux pour les enfants, genre course en sac et coupage de ficelle les yeux bandés, où l’on gagnerait des bons pour acheter des Carambars, des oursons, des caramels à un centime ou des chewing-gums à l’épicerie du village.
Le soir, encore un bal et le tirage de la loterie où l’on pouvait gagner un cochon de lait. Ce bal-là rassemblait toute la population, tout ce qui tenait encore debout ou assis. Les vieilles femmes postées sur un banc observaient d’un œil critique les agissements de la jeunesse. Les jeunes, un peu moqueurs, rassemblés en clique dans un coin, se livraient à des remarques ironiques. Les petits traversaient la salle en galopant dans tous les sens. Les couples dansaient tangos, paso-doble et cha-cha-cha.
Je retrouve parfois, comme une réminiscence lointaine, la saveur de ces fêtes de mon enfance picarde dans les célébrations estivales des petits villages des Cévennes.
