Chroniq’hebdo | De Sylvia Plath, de la folie, des liens humains et de Valentina Gasparini
Pierre Kobel
Terminé le Sylvia P. qu’Ananda Devi qui ne sortira qu’en octobre en librairie. Sylvia Plath était sans doute trop exaltée, trop traversée d’attentes impossibles et d’aspiration à la perfection pour pouvoir être satisfaite.
Cannibale
Ô mon cœur dévoré !
Corps à cœur assoiffé
De sang, de sueur, de sperme
Langue et dents sur nos peaux
Les mots de la déchirure
Pour vivre chaque jour
Comme une vie entière
Pour ne pas craindre
De ne pas être à la hauteur
Je vis, je rêve, je meurs !
Faire de ma vie une totalité en y rassemblant tous les éléments personnels, affectifs, matériels, culturels, les expressions artistiques qui en découlent, les expressions à l’adresse des autres, est un vœu que je voudrais réaliser.
Sylvia Plath et ensuite le journal psychiatrique d’Anne Barbusse. De quoi vaciller. À quelle distance sommes-nous de la folie ? Pouvons-nous être des malades psychiatriques sans le savoir ?
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Semaine de repos à la campagne. Le soleil accablant fait oublier les ruminations habituelles quant à la maison, les craintes liées à la santé. Le matelot de mes jours. C’est ainsi que je me perçois. L’existence est un voyage, une traversée. Je n’ai rien à attendre de la trace que je laisserai et chaque jour l’actualité renforce mon sentiment de l’éphémère. Sous mes yeux tandis que j’écris, se promène dans la pièce une jeune chatte qui, depuis plusieurs de nos venues, prend ses aises avec nous et devient familière des lieux. JDS l’a d’abord appelée Ulysse en souvenir de la Pénélope de maman. Mais cette chatte arbore une robe écaille de tortue, mélange de brun et de noir, et c’est, nous disent les scientifiques, un apanage chromosomique exclusivement ou presque réservé aux femelles, chatte de race ou chatte de rue. Ulysse est devenu Lucie.
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Dans une revue, je trouve cette citation de Virginia Woolf tirée d’Une chambre à soi : « Toutes les femmes sont reliées entre elles et il suffit qu’il y en ait une qui repousse un peu plus loin les limites de sa liberté pour passer le relais à la suivante… » Je voudrais que cette considération soit aussi une des ambitions des poètes pour porter leur parole plus haut, plus loin, et j’entends par là, plus près de ceux dont ils sont éloignés, plus loin de tout ce qui les tient prisonniers.
Écrivant cela, je pense à Valentina Gasparini, cette jeune violoniste évoquée par notre amie Alice qui a choisi de mettre fin à ses tourments à partir d’une falaise bretonne, je pense à Sylvia Plath, je pense, à toutes celles et à tous ceux, dont ce choix de mourir est plus qu’un signe d’impuissance et de désespoir, mais un refus de céder au réel quand il ne s’accorde pas à leurs vœux.
L’envol
Juste un pas
Les bras ouverts
Juste la lumière
Un souffle de vent
Et moi qui
Dit non
Qui dit
Oui !
Juste l’horizon
Enfin accessible
Vole violon
Chanterelle de l’espoir
Désormais
J’appartiens au
Peuple des oiseaux