EPHAD ou maintien à domicile ?
Bernard M.
Nous allons tout à l’heure chercher mon père à l’EPHAD où il a été hébergé le temps des vacances et nous le conduirons à l’aéroport pour le mettre à l’avion qui le ramènera à Paris.
C’était une expérience aussi cet EPHAD, pour voir s’il s’y adaptait bien, pour tester dans la perspective d’une éventuelle installation définitive, nous disant que ce serait peut-être un lieu plus stimulant que son appartement parisien, où il a peu de contact en dehors de la présence dévouée de L., la personne qui s’occupe de lui au quotidien.
De son côté l’adaptation s’est bien faite. C’est un vieillard facile. Il n’a guère manifesté de regret de ne pas être dans notre maison, sauf, un peu, au début. En vérité il semble indifférent. Là ou ailleurs… Ce qui bien sûr est un peu triste, car c’est un signe de sa mise à distance de la vie.
L’accueil, côté EPHAD, m’a paru satisfaisant. On avait quelques craintes avec tout ce qu’on a pu lire sur le sujet. Mais le personnel semble compétent, en tout cas chaleureux et attentionné. Les lieux sont propres et modernes, la climatisation appréciable avec les chaleurs que l’on a connues.
En même temps ces lieux ont quelque chose de terrifiant. Toutes ces personnes en fauteuil roulant ou se déplaçant laborieusement derrière leur déambulateur, le salon avec la télévision avec des résidents qui regardent sans regarder ou qui sont assoupis. Et puis les regards, souvent tellement tristes ! Tout cela, tout de même, fait mouroir.
Il y a aussi quelques personnes qui semblent en meilleur état, qui se déplacent sans peine et semblent bien présentes, s’expriment correctement au point que l’on se demande un peu ce qu’elles font là. Particulièrement une petite dame, toujours bien mise, chaleureuse et attentionnée aux personnes et avec laquelle on a un peu parlé sans rien remarquer. Jusqu’à ce que soudain, elle nous demande, avec de l’anxiété dans la voix, si elle n’avait pas laissé passer l’heure pour remettre de l’argent dans le parcmètre au parking de sa voiture.
Papa est spontanément très sociable. Mais désormais il y a ce trouble de l’élocution qui fait que les mots qu’il veut dire ne sortent pas, c’est pathétique de le voir tenter de s’exprimer, ne pas y parvenir et renoncer avec un grand geste triste de dépit. Cela limite grandement ce que pourrait lui apporter la présence d’autres résidents si on le mettait en EPHAD.
Bref tout cela, finalement, nous fait privilégier, et de loin, le maintien à domicile.
Nous sommes allés le voir presque tous les jours et nous nous sentions un peu culpabilisés les jours où nous ne sommes pas passés. Une dame nous a dit : « Oh, vous venez souvent, comme il a de la chance, moi, personne ne vient me voir » et il y avait une telle tristesse dans sa voix. Et cela doit être d’autant plus vrai pour les personnes qui sont là à long terme.
Une fois la canicule passée, nous l’avons sorti autant que nous avons pu. Petites virées en voiture dans la campagne environnante, arrêt dans quelques jolis villages des alentours, au bord du lac. Il apprécie, il reconnaît les lieux où nous passons et manifestement cela lui fait remonter des souvenirs. Nous nous arrêtons par endroits et le faisons marcher un peu. Quelques pas. Une cinquantaine de mètres au maximum. On voit à quel point il a régressé sur ce plan par rapport à l’an dernier où nous avions fait des marches de quelques centaines de mètres, au bord du lac, sur la digue, le long de la Rigole. Mais il semble content de ces petites sorties et le montre, a contrario de l’indifférence qu’il manifeste le plus souvent. Il respire à grandes goulées, fixe son regard sur les feuillages qui ondulent dans le vent ou sur les nuages qui filent dans le ciel. Quel dommage que la canicule n’ait pas permis qu’on le promène plus souvent !
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