Songlines : Chant des pistes du désert australien, au musée du Quai Branly
Madeleine R.
« Sur la piste des Sept Sœurs, l’un des récits légendaires les plus vastes et les plus importants d’Australie. »
Récit épique, que l’on peut rapprocher d’autres récits mythiques concernant l’amas stellaire des Pléiades et la constellation d’Orion. Comme le disent les « aînés virtuels » qui accueillent les visiteurs dans l’exposition, c’est une histoire universelle.
Cette exposition provient de la collaboration avec les Centres d’art du désert australien, dont la reconstitution d’un atelier figure dans l’exposition : on y voit des œuvres conçues par les membres des communautés aborigènes, en particulier les plus âgés qui, au lieu d’être relégués comme des épaves, comme chez nous dans les « Ehpads », sont accueillis dans des coopératives d’artistes où ils (elles) peignent et transforment de grandes toiles en une expression rayonnante du Rêve. Ainsi, on apprend que « beaucoup de personnes âgées choisissent d’y vivre, car c’est un lieu d’une grande richesse en ce qui concerne le Rêve. L’établissement de soins aux personnes âgées de Wanan aussi appelé “établissement de soins aux personnes âgées de Kungkarangkalpa, car il fut délibérément édifié dans cette région très liée à la Songline, vit au rythme des activités des Sept Sœurs. Lorsque les Sœurs sont agitées ou inquiètes, les résidents empruntent des routes alternatives à travers le site.”
On peut lire sur un des cartels de l’exposition : “Avec leurs corps fragiles et leurs mains tremblantes, ceux qui expérimentent la fin de leur vie ont des sensibilités et des préoccupations différentes… Ils murmurent le Tjukurrpa.” (le Rêve). Ils peignent sur des oreillers, sur tout ce qui est à leur portée et l’expo se termine avec un fauteuil de handicapé bariolé à souhait, comme une invitation à cette intégration de la vieillesse dans l’art. Cela donne à penser sur notre société marquée par l’exclusion et l’âgisme.
L’exposition est magnifique, avec des œuvres d’art de toute beauté. On peut s’allonger sous une coupole où évoluent les Sept Sœurs qui se transforment en sirènes et disparaissent dans la constellation des pléiades…
Épopée de couleurs. “Kungkarrangkalpa Tjukurrpa” (acrylique sur toile, 2015), par une coopérative d’artistes de Papulankutja (Ngaanyatjarra Lands, centre de l’Australie).
“Au musée du quai Branly, à Paris, une fascinante exposition nous fait plonger dans les grands récits de la culture aborigène. Immémoriale et contemporaine.” écrit Marc Lambron, de l’Académie française. Et encore : “Stellaire. La spécificité du récit initiatique greffé sur ce voyage-poursuite est qu’il incorpore un savoir polymorphe matérialisé en chants, cérémonies, peintures, dont le but est de cartographier au fil des paysages les points d’eau, les oasis nourricières, les plantations médicinales, les périls et les ressources des déserts du centre et de l’Ouest australien, une définition à la fois astrale et pratique d’un biotope dont les sentiers courent sous les étoiles. Un Guide bleu à l’usage du marcheur, un Olympe obéissant à une ‘conception écosystémique du réel’, selon l’expression d’Emmanuel Kasarhérou, président du musée parisien.”
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Musée du Quai Branly | Songlines
