Chroniq’hebdo | De la littérature, de la justice, de la mort
Pierre Kobel
Le 1 consacre un numéro au pouvoir des mots : Engagés ! Quand la littérature change le monde. J’y lis Justine Augier :
« Les livres n’empêchent pas la catastrophe et ne peuvent rien face à l’indicible, mais ils témoignent là d’une étrange et bouleversante confiance en l’espèce humaine.
[…] Lire pour s’extirper d’un temps écrasé entre oubli général et condamnation des perspectives, pour échapper à l’immédiateté, se plonger dans un temps épais et torturé, converser avec les fantômes et rouvrir les possibles, renouer avec la complexité du monde, avec le temps qu’il faut pour en saisir un fragment minuscule, assez pour éprouver le désir de ne pas se résigner. »
Des propos qui ne peuvent que me toucher profondément, qui rejoignent et confirment ce que j’attends de la littérature : aider à vivre ! C’est grâce à la littérature que j’ai fini par accepter que les choses ne sont pas simples et évidentes, que ce dont j’ai envie n’est pas toujours immédiatement accessible et réalisable. C’est par les mots que je me tiens debout.
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Dans la même journée je termine le roman La décision de Karine Tuil et je vais voir Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry. Un livre, un film, deux œuvres qui parlent de la justice et de ce qu’elle implique d’humain, ce qui est trop souvent oublié.
Faut-il donner une nouvelle chance à un terroriste islamiste, à un braqueur ? Karine Tuil donne la parole à une juge du pôle antiterroriste, elle conduit une intrigue par laquelle elle veut mettre en avant toutes les questions qui se posent face à un fanatique religieux et pose les problèmes de la gestion de son cas. Sujet fort tant l’actualité des attentats est encore vive dans nos mémoires. Mais quand je voudrais que la romancière aborde le sujet au cordeau, elle ne peut s’empêcher de mettre de la fiction inutile pour contrebalancer le didactisme de son propos. Si le livre se lit sans ennui, il fait montre d’un singulier manque de style qui aurait su compenser cette raideur.
Le film de Jeanne Herry est un docu-fiction qui traite de la justice restaurative, une démarche peu connue qui consiste à se faire rencontrer sur la base du volontariat, des agresseurs et des victimes. La réalisatrice fait œuvre avec nuances et subtilités, conduisant l’évolution réciproque de ses personnages jusqu’à une compréhension réciproque qui n’a rien de naïf, mais donne à croire au dialogue. Un très beau film, des acteurs tous à la hauteur du sujet, une leçon de vie. Jeanne Herry démontre que la justice peut être autre chose qu’une froide institution dépendante, qu’elle le veuille ou non, du politique.
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Au retour de Lyon je lis le livre de mémoire de Catherine Bierling, Vieille comme mes robes ! Catherine a mon âge et je retrouve dans la description de son enfance et de son adolescence des échos aux miennes au-delà de nos différences de sexe.
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Dans ma famille, naissance d’une petite nièce. Heureuse nouvelle, même si j’ai du mal à projeter ce que sera l’existence et le monde de ces futures générations à l’heure de toutes les questions qui se posent. Première de cette génération que ma mère ne connaîtra pas.
Durant notre récent séjour à la campagne, j’ai entrepris de photographier l’ensemble des tombes du cimetière du village pour répondre au projet du site Geneanet, Sauvons nos tombes. Les cimetières sont des lieux de mémoire pour les généalogistes et des lieux de promenade pour les flâneurs comme moi. Je ne vais pas y voir des morts, je vais y chercher des souvenirs, y maintenir la chaîne du temps entre les générations. J’y vais aussi pour m’approprier la mort, me la rendre plus familière et ne pas la craindre. Je ne sais pas si je réussis, mais je préfère cela que de faire l’autruche face à cela ou de vivre dans sa crainte. Ce week-end, je me promène au cimetière Montparnasse et je découvre la tombe de Pierre Soulages. Le « maître du noir » repose sous une dalle… blanche ! Quel clin d’oeil !
Internet
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Karine Tuil | La décision
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Allociné | Je verrai toujours vos visages
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Geneanet | Sauvons nos tombes