Chroniq’hebdo | De Catherine Meurisse, de Marcel Proust et de Georges Perec
Pierre Kobel
À la Grande librairie, une émission « spéciale Proust ». Présence de Catherine Meurisse. Je ne l’ai lue qu’après les attentats contre Charlie, auxquels elle avait échappé par chance et dont elle a eu du mal à se remettre. Cela l’a conduite à modifier son travail et depuis elle crée des albums splendides qui sont à chaque fois une leçon de vie. Ce fut d’abord La légèreté, un album de deuil et de retour au monde puis Les Grands espaces que je viens de lire, qu’elle dédie à ses parents. Dans chaque œuvre elle sait mêler l’humour qu’elle tient de ses années de dessinatrice de presse, les références littéraires qui lui viennent de son éducation et de ses études et une prégnance poétique qui lui est propre. Je me réjouis d’avoir encore des livres d’elle à lire.
Marcel Proust et la fabrique de l’œuvre, je les retrouve à la BNF François Mitterrand. J’en suis sorti en ayant envie de le lire plus encore, comme les intervenants du plateau de Trapenard m’ont donné envie d’aller plus loin. À parcourir les salles, chacune consacrée à une partie du Temps retrouvé, j’ai compris pourquoi cette œuvre reste importante et peut encore nous parler. Il y a dans son écriture plus qu’une époque, plus qu’un milieu, il y a une humanité qui dépasse ces frontières. Je l’ai découvert tardivement, je le connais très partiellement et mal. Je me souviens en 2010, alors que je séjournais durant la semaine de Noël à Belle-Île-en-Mer, avoir assisté à la librairie Liber & Co qui se trouve sur les remparts du Palais, à la lecture de quelques pages de l’œuvre proustienne. Les libraires et un groupe d’amis avaient entrepris de lire l’intégrale du Temps retrouvé à voix haute et en public à raison de quelques heures par semaine !
Mes lectures de la semaine me ramènent aussi à Georges Perec lorsque je lis Le Paris de Georges Perec — La ville mode d’emploi, un album documentaire et biographique consacré à l’auteur de La vie mode d’emploi. Cela me donne envie de le relire, de le lire pour ce que je n’ai pas encore découvert. Dans mes projets l’achat de Lieux, son dernier chantier resté inédit jusqu’à maintenant et une biographie récemment rééditée. Ses lieux parisiens ravivent mon envie d’écrire à propos de mes propres lieux, ceux de mon existence, qui l’ont accompagnée, maisons, villages, paysages, sans qui je ne serais pas le même.
Combien ces ouvrages divers me disent avec force que les écrivains ne créent pas à partir du réel, mais à partir des mots, de la force des mots, ceux des autres et ce qu’ils en font pour eux-mêmes. N’en est-il pas ainsi lorsque je lis les billets que je reçois pour Grains de sel ? Quelle réalité traduisent leurs auteurs ? Certes ils parlent de leur vie, ils racontent des parts autobiographiques de leur existence, mais ce sont les mots qu’ils utilisent, puisés à leur savoir, à leur culture livresque et autre qui leur permettent de raconter et ainsi de recréer le réel.
Littérature de haute intensité durant toute la semaine. Des pages d’écriture nombreuses dans les carnets de mon journal et me voilà rattrapé très prosaïquement par la fin de l’un d’eux et les difficultés à pouvoir en acheter d’autres sur Internet alors que je n’en ai plus en réserve. Quel maniaque ! Je ne peux m’empêcher de me moquer de moi-même. Mais que voulez-vous ? On a ses habitudes, ses rituels. Je suis sauvé par le gong et Amazon qui me délivrent les précieux carnets en un rien de temps au grand dam de la sauvegarde de la planète !
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