Camping et nature : des premiers pas innocents à l’immersion profonde (souvenirs) (5/6)
Malcolm
Aventures au fil de l’eau
Il me serait bien impossible de rapporter ici les dizaines d’anecdotes relatives à ces moments intenses de ma vie, tant professionnelle que familiale, et de celle de nos enfants et amis.
Nous étions jeunes et notre confiance – surtout en nous-mêmes ! – frisait parfois l’inconscience. Pourtant les dangers potentiels, réels ou parfois supposés, ne manquaient pas. Certains pouvant toucher à l’irrationnel… Ainsi, en Haute-Volta, lors d’un déplacement professionnel et tandis que je m’installais pour l’une de mes premières nuits à « l’hôtel un milliard d’étoiles », mon (si aimable et formidable) chauffeur Martin Y. s’était de son côté barricadé à l’intérieur de notre pick-up 404, craignant – m’avait-il dit, inquiet, à la nuit tombante – que de supposés « esprits » malveillants ne viennent s’emparer de nos âmes (ou juste les rendre folles) pendant notre sommeil. Il était donc tout heureux de me retrouver au petit matin, vivant et (apparemment) encore sain d’esprit, et me félicitait pour mon courage !
Plus rationnellement, cette belle et sauvage nature nous a aussi donné, à au moins deux occasions, l’envie d’aller y jouer, assez dangereusement parfois, les Indiana Jones (ou Dr Livingstone ?). Celle-ci n’est pas toujours aussi hospitalière qu’elle pourrait en avoir l’air, loin s’en faut… Ainsi, en Haute-Volta, nous étions nous lancés, avec des piroguiers, dans la descente d’une partie de la Volta rouge (aujourd’hui, le Nazinon). La saison n’était sans doute pas la plus propice car nous avions au moins autant marché à pied dans le lit de la rivière à côté des pirogues que flotté sur elle ! Ce qui n’était déjà pas sans risque, comme celui de se chopper (dans certains passages d’eau stagnante) une vilaine bilharziose (ce ne fut pas le cas cette fois-là, mais j’en attraperai une personnellement, plus tard au Rwanda, heureusement asymptomatique chez moi, contrairement à mon voisin et ami Myrtil C. – partenaire d’une même partie de pêche pratiquée jambes et pieds nus dans l’eau d’un lac… – qui fit un blocage rénal lui valant un rapatriement sanitaire d’urgence en France…). Lors de la descente de la Volta rouge en pirogue, et suite aussi à une petite séance de pêche au cours de laquelle je m’étais fait abondamment sucer par des mouches trop assoiffées (les insectes piqueurs en général m’adorent : pas besoin de répulsifs en société, il suffit de m’inviter !) dénommées « simulies » (je vous assure que leurs piqûres, elles, ne sont pas simulées…), j’ai fait une sévère réaction allergique avec un début de gonflement de certaines parties de mon corps… Au simple stade des démangeaisons, la scène avait paru cocasse et fait dire à ma chère petite femme, juste pour détendre l’atmosphère : « Tu ressembles à Coluche dans Banzai ! » … C’était juste avant que je commence à ne pas me sentir bien du tout et que, au bord du malaise, je me vois obligé de m’allonger. J’angoisse alors à mort et m’imagine déjà succomber à un possible « œdème de Quincke », parfaitement intraitable, là, en pleine brousse. Heureusement, un large badigeonnage de mon corps avec une banale autant que salvatrice pommade au phénergan (par miracle disponible dans notre modeste trousse de pharmacie), était parvenu à contenir mes troubles et à me soulager. J’ai quand même eu très peur… Au passage, il faut savoir que ces simulies sont vectrices d’une grave maladie endémique dans les populations locales riveraines des cours d’eau : l’onchocercose, dite « cécité des rivières » … et je ne parlerai pas ici des mouches tsé-tsé (glossines) et de la « maladie du sommeil » (trypanosomose de l’homme et… du bétail !). Confiants étions-nous, ai-je dit…
Autre type d’expédition fluviale, encore plus aventureuse, au Rwanda cette fois, loin de tout lieu d’habitation dans ce pays pourtant si densément peuplé. Avec deux de mes collègues et amis expatriés, Jean-Marc D. et Jean-Bosco B. (ce dernier avait l’expérience d’une aventure similaire sur… la Loire !), nous avions construit un radeau, démontable et transportable, constitué de six fûts métalliques de 200 litres assemblés en flotteurs sous une superstructure en bois sur laquelle nous pouvions nous tenir jusqu’à six adultes, avec une cantine contenant matériel et vivres (incluant eau potable et, bien sûr, boissons « euphorisantes » à l’heure de l’apéro… Pour cette équipée particulière nous avions adjoint un canot pneumatique tracté par le radeau.
Après quelques essais sur la rivière Nyabarongo à proximité de la capitale Kigali, nous nous étions lancés dans une descente de la rivière Akagera (au sein du parc éponyme), qui marque (pas toujours très précisément…) la frontière avec la Tanzanie. A l’exception de la première étape, nous disposions d’une logistique externe, avec familles et amis, et avions même changé partiellement d’équipage en cours de descente. La navigation consistait à laisser le radeau dériver au fil de l’eau à la vitesse du courant (à peu près celle d’un piéton, avions-nous calculé). Il était équipé et grossièrement dirigé à l’aide d’une barre et nous corrigions sa trajectoire, parfois aléatoire, ou en cas d’obstacles naturels, à l’aide de rames et de perches. Nous avons ainsi parcouru une soixantaine de kms du sud vers le nord du parc au long des nombreux méandres de cette très sinueuse Akagera, en trois jours et autant d’étapes et de nuits passées au « billion-star hotel ». Nous disposions tout de même d’un petit moteur d’appoint et de secours, rarement utilisé sauf pour quitter le lit de la rivière et son courant, et rejoindre nos lieux de bivouacs prévus sur les rives des lacs « déversoirs » naturels. Le premier soir, nous sommes ainsi entrés en territoire tanzanien (peu discrètement et en parfaite illégalité : nous ne disposions que d’un laisser-passer des – bien compréhensives ! – autorités rwandaises), à la nuit tombante (et même tombée) pour installer notre bivouac sur les rives d’un de ces lacs (nous n’en avions même pas la carte !). Tout s’est heureusement passé sans incident et tôt le matin nous avions pu vite regagner le territoire rwandais et reprendre notre dérive silencieuse, permettant cette aussi discrète que possible intrusion au sein du monde animal environnant, notamment celui des oiseaux, mais aussi d’espèces plus impressionnantes telles que crocodiles et hippopotames, particulièrement abondants… A une unique occasion, nous avons entraperçu, de loin au bout d’une rare ligne droite et très brièvement, des piroguiers pas censés se trouver là et qui se sont immédiatement dissimulés à notre vue en se réfugiant dans la haute et dense végétation, faite de papyrus et « herbe à hippopotames », bordant les deux rives de l’Akagera (des braconniers ?).
Mais il me faut surtout m’étonner ici, encore une fois, de notre « innocence » et du mépris, par certains d’entre nous (je ne pense pas en avoir été, mais je peux me tromper…), des possibles dangers encourus. Dans cette rivière « infestée » (c’est-à-dire naturellement très peuplée !) par ces grosses bêtes aux allures certes plutôt placides (que nous ne cessions de photographier ou filmer de loin ou de très près), nous ne craignions déjà pas de dégourdir (sous leurs nez et possiblement devant leurs mâchoires avides…) pieds et gambettes en leur faisant faire trempette, assis sur les bords de notre précaire embarcation, et certain(e)s avaient même osé (sans doute à l’heure de l’apéro…) y plonger et s’y baigner !
A la fin de notre parcours, alors que le courant de l’Akagera s’accélérait dangereusement à l’approche d’une zone de rapides (dans laquelle il ne fallait surtout pas se laisser entraîner !), notre frêle embarcation et ses six innocents (stupides ?) passagers se sont trouvés confrontés à un énorme troupeau d’hippopotames obstruant parfaitement la voie d’accès à l’endroit prévu de notre accostage (dont nous n’avions fait qu’un grossier repérage préalable). Sous la menace d’un courant se faisant de plus en plus rapide et sans la moindre concertation avec un équipage quelque peu sidéré, notre ami Jean-Marc D., aux commandes du moteur et à la barre, avait pris la décision de filer droit au but (« on y va !!! ») en traversant… oui, le troupeau d’hippopotames ! Une des plus grandes frayeurs de ma vie… Mais en fait, à mesure que nous progressions vers la berge, à vitesse relativement modérée, nos braves hippos (bienveillants ou sidérés eux-mêmes par notre audace), plongeaient ou s’écartaient de notre chemin, sans faire trop de remous. Nous aurions quand même certainement pu chavirer dix fois ! Et, clou de ce spectacle improvisé, au moment où nous accostions enfin, (presque) soulagés, un énorme hippo qui avait préféré aller pâturer plutôt que la baignade avec ses camarades en est revenu apeuré et au galop (pas celui d’un svelte étalon de course…) pour les rejoindre et se jeter à l’eau dans un « splash » monumental à moins de cinq mètres de notre pauvre esquif ! Sans casse ni blessures (ou pire…), ouf ! Tout est bien qui finit bien, dit-on, mais quelle aventure ce fut là !
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