Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Grains de sel

Grains de sel
Grains de sel

Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
Voir le profil de apagds sur le portail Canalblog

Newsletter
Commentaires récents
2 septembre 2026

Chroniq’hebdo | De nos fragilités, de Simon Leys et un poème

Pierre Kobel

 

250e chronique ! Ce sont des centaines de pages depuis fin 2020 et, si je n’ai aucune raison d’en faire gloriole, ce qui me réjouit, c’est d’avoir tenu la régularité, de pouvoir inscrire ce rendez-vous avec moi-même et vous chaque semaine. C’est devenu une respiration hebdomadaire. Une de mes proches me disait alors que nous parlions de cela, qu’elle ne comprenait pas le besoin que j’ai d’écrire publiquement ce que je pense, ce que je fais, mes actes et mes opinions. Mais suis-je si transparent à me livrer ainsi et quelle part de mon iceberg personnel émerge ainsi quand tant d’autres restent cachées ?

*

J’avais commencé à écrire la semaine dernière quand un incident matériel m’a privé d’ordinateur sans que j’aie eu le temps de sauvegarder mon travail. Fragilité de nos outils qui me rappelle combien nous en sommes dépendants alors qu’il suffit d’une panne, d’un oubli, d’un vol pour nous laisser dans un désarroi catastrophée. Nous vivons dans l’étau d’une technologie oppressante qui nous asservit et l’incident que je subis me ramène plus que jamais à l’importance du papier et du stylo.

*

J’avais quinze ans en 1968 et, si les événements m’ont permis d’acquérir une autonomie de pensée hors du giron familial, ils ne m’ont jamais conduit à brandir l’étendard de quelque chapelle que ce soit ou d’une de ses multiples obédiences. Quand d’autres autour de moi levaient le poing et le verbe, qui pour Marx, qui pour Trotski, qui pour Mao, je m’en suis toujours tenu au seul parti qui m’intéresse, celui de l’humain, et, de toute façon, je n’allais pas me débarrasser du poids de la foi religieuse et de ses aléas ecclésiastiques pour tomber dans les rets d’une autre croyance aveugle. J’aime beaucoup ces propos de tolérance du roi Harald V de Norvège, qui vient de mourir : « Les Norvégiens sont des filles qui aiment les filles, des garçons qui aiment les garçons, et des filles et des garçons qui s’aiment. Les Norvégiens croient en Dieu, en Allah, au Tout-Puissant et en rien. » Belle leçon de vie !

Dès avant les événements de Mai 68, la radio colportait le récit indistinct et lointain de la « Révolution culturelle » qui se déroulait en Chine sous l’impulsion de son « Grand timonier ». Il y avait là plus d’interrogations que d’informations certaines et j’y pensais récemment en regardant sur PublicSénat le documentaire Leys, l’homme qui a déshabillé Mao. Je ne sais plus pourquoi je me suis intéressé à cet homme, mais à mieux le connaître, il est de ceux dont j’admire la ténacité quand il fut soumis à l’opprobre insultant et généralisé de l’intelligentsia maoïste qui faisait florès dans les années 70. Simon Leys s’était pris de passion pour la Chine et il a eu le courage de regarder la réalité en face pour dénoncer l’absurdité imbécile d’une clique de parangons de philosophes qui n’en pouvaient plus de s’afficher dans les médias pour asséner leurs vérités. Quand il écrivit en 1971 Les habits neufs du président Mao, ce fut un tollé général et il faudra des années pour que Leys acquière la crédibilité de son travail et la reconnaissance de son honnêteté. Il mourra en Australie en 2014 dans une retraite de vieux sage.

 

Léopold Sedar Senghor

Calme jardin,
Grave jardin,Jardin aux yeux baissés au soir
Pour la nuit,
Peines et rumeurs,
Toutes les angoisses bruissantes de la Ville
Arrivent jusqu’à moi, glissant sur les toits lisses,
Arrivent à la fenêtre
Penchée, tamisées par feuilles menues et tendres et pensives

Mains blanches,
Gestes délicats,
Gestes apaisants.
Mais l’appel du tam-tam
                                  bondissant
                                                 par monts
                                                               et
                                                                  continents,

Qui l’apaisera, mon cœur,
À l’appel du tam-tam
                             bondissant,
                                            véhément,
lancinant ?

           

             In Jardin de France, Poèmes inédits, (1960).

 

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » ( ELC )

 

Internet

2 septembre 2026

Retour au bercail

Bernard Massip

 

Me voici donc rentré dans mes pénates depuis vendredi soir. Je réalise que nous sommes partis deux mois pile ce qui est très rare et qui explique que nous nous retrouvons face à un amoncellement de choses à faire assez impressionnant. Il nous a fallu pour commencer y aller au sécateur pour ouvrir deux de nos fenêtres côté jardin, tant, en deux mois, la glycine avait poussé, emprisonnant les volets de ses lianes ! Gros travail dans le jardin aussi, heureusement une amie est venue arroser à quelques reprises, mais il faut maintenant élaguer, couper, cueillir. Aucune figue cette année, mais la récolte de raisins s’annonce bonne, nous nous préparons à confiturer.

Il a fallu aussi naturellement remplir le frigo et les placards totalement vides, régler divers problèmes administratifs, payer des factures en attente… J’avais suspendu mon abonnement au Monde pendant l’essentiel de l’été, j’écluse autant que faire se peut les numéros arrivés depuis le 20 août, je préfère toujours la lecture papier à la lecture sur le minuscule écran de mon téléphone. Et puis bien sûr il faut que je me colle à divers travaux pour l’APA sur lesquels je n’ai pas, absolument pas avancé pendant l’été. Bref la routine d’un retour…

Il y a eu un peu de pluie dans les jours qui ont précédé notre retour ce qui fait que la campagne est un peu moins sèche que ce que nous craignions. Les champs de maïs et de tournesols cependant ont manifestement beaucoup souffert de la canicule.

Nous sommes montés au lac hier. Il est extrêmement bas. Et surtout il est interdit de s’y baigner en raison de la présence massive de cyanobactéries. C’est un phénomène qui s’est déjà produit certaines années, mais cela intervenait fin septembre, début octobre. Jamais cela n’avait eu lieu dès la première quinzaine d’août comme cela a été le cas cette année. Bref nous n’aurons pas droit à ce bonheur du lac et de l’immersion que j’avais évoqué ici fin mai. Et les prochains jours vont donner lieu à de nouvelles hausses de température, on annonce de nouveau 35, 36 degrés pour la fin de semaine. On ira à voir ce qu’il en est dans un petit lac très agréable, mais qui se trouve un peu plus dans la montagne, il y faut trois-quarts d’heure de voiture contre cinq minutes pour le lac aujourd'hui interdit…

Rien donc qui puisse atténuer nos anxiétés climatiques. Il faut se préparer à la répétition de tels étés et ce n’est pas rassurant. Sans parler des divers conflits armés qui continuent et des politiques qui, à peu d’exceptions près, regardent ailleurs…

2 septembre 2026

Goooal ! (8)

Malcolm

 

Allez, maintenant, j’abrège… Samedi 2 mai 2026, 13 h. Même s’il fait un peu frisquet ( d’où cette petite flambée dans notre cheminée ), on a quand même tous, un peu aussi, soif. C’est l’heure de l’apéro, je l’ai dit. L’heure de servir mon « Grand Capitaine », une spécialité personnelle préparée pour les grandes occasions ( c’en est une ! ), un cocktail concocté et mis au frais par moi-même dès hier, mais dont « l’invention » ( improvisée alors avec les ingrédients disponibles… j’en tairai la recette, sauf si vous insistez ) remonte à 35 ans, à l’occasion d’une mémorable aventure ( très « mouvementée » au plan politico-militaire, comme j’en aurai vécu de trop nombreuses fois pendant mes années africaines… ) et d’un tout de même joyeux réveillon ( le 31 décembre 1991 ), en présence de mes beaux-parents en visite et de nos amis médecins belges, Vincent et Isaline L., dans le campement de brousse éponyme ( « Le Grand Capitaine » ) du Parc national de la Bénoué au Cameroun ( le « capitaine », autre nom donné à la « perche du Nil », est le plus grand poisson d’eau douce africain et peuple naturellement la rivière Bénoué ).

D’emblée très égayé par cette ouverture au « Grand Cap ’ », notre apéro « déjeunatoire » se conclura, de politique et esthétique façon, par un énorme gâteau d’anniversaire, concocté de leur côté ( sur une suggestion personnelle, tout de même… ) par Nicolas et Emmanuelle ( « Nico » et « Manu » ), couple de boulangers-pâtissiers venus depuis peu faire boutique itinérante chez des voisins amis et qui ont découvert notre beau pays mellois à l’occasion des manifestations et festivités du fameux « Village de l’Eau ». Vous voyez de quoi je parle et où je veux en venir ? Non ? Eh bien, le gâteau de mes 75 ans se présentait en fait comme une ( grosse ) « pièce montée » en forme de « cairn » ( ouvrage cher à mes racines écossaises ) construit avec de très rondelets et non moins goûteux choux à la crème, allusion non voilée au non moins fameux cairn érigé en 2024 par les militants du collectif « Bassines, non merci ! » à un carrefour de Melle, pour commémorer la douloureuse manifestation de 2023 à… oui, vous avez deviné, Sainte-Soline ! et rendre hommage à ses victimes. 3,50 m de haut ( le vrai cairn, pas mon gâteau ! ), et déjà vandalisé et partiellement détruit un an après sa construction, il a finalement été récemment démonté par ses concepteurs/constructeurs, à la suite des dernières manifestations commémoratives de cette année, en vue d’être reconstruit cette fois, ailleurs, en terrain plus serein…

Au sommet de mon gâteau-cairn, pas de bougies, mais notre boulanger militant et plein d’humour y a placé un petit drapeau rouge au « poing levé » que je conserverai en souvenir du terme de cette longue « rando mémorielle », aux côtés de mes fanions poly-identitaires ( « témoins du trouble de mes origines »… ).

*

Il m’aura donc fallu tout ce temps pour atteindre mon but. Et aussi pour me décider à l’évoquer dans ce ( tout aussi long… ) « billet » dont j’ai quand même enfin réussi à achever la rédaction, en mode un peu précipité ( ma marche, elle, fut loin de l’être ! ), ce jour, mardi 11 août 2026. Un peu « mélancolique » ( je n’aime pas avouer « déprimé » ) depuis mon arrivée, ce ne fut pas chose aisée.

Score ( provisoire ) donc : 2-0, contre moi-même… Du temps, il m’en faudra bien plus encore ( quand le trouverai-je ?... ) pour restituer par écrit cette si riche expérience sous sa forme initialement envisagée aussi, à l’intention de mes petits-enfants ( et de l’APA, « for sure » ! ). Et puis il y a, sur mon disque dur, ces quelque 6300 photos et vidéos, qu’il « n’y a plus qu’à »… trier ( elles sont déjà au moins classées par sections et étapes ) ! En faire un « film » ? En combien de « saisons » ? Je n’ose y penser. D’autant que je m’étais déjà essayé au montage à la suite de ma deuxième section de Pougny à Ambérieu, en octobre 2020, celle qui fut ( si vous m’avez suivi… et – si c’est le cas – vous avez bien du mérite ! ) ma véritable entrée en matière. J’avais, à l’époque, mis en ligne sur YouTube trois vidéos qui en sont les témoins. Si vous êtes curieux(se), et surtout si vous n’avez rien d’autre à faire pendant plus d’une heure ( pour les trois ! ), je vous en donne les liens ( 2 ).

Bonne fin d’été et de canicule(s) à toutes et tous et au plaisir de continuer moi aussi à vous lire ici !

(2) « Jusqu’ici tout va bien » : Partie I ( https://youtu.be/BYSBKMFTJZQ )/Partie II

https://youtu.be/VJt9Vtolb9s )/Partie III ( https://youtu.be/-j9Z_nHNx1s )

 

1 septembre 2026

Guère épais ou Guerre et paix

Kata

 

Vendredi dernier j’avais rendez-vous avec une maman russe et sa fille, qui m’avaient demandé de les rencontrer pour parler de quelques problèmes auxquels elles devaient faire face. Je les connais depuis plusieurs années. Toute la famille, les parents et quatre enfants grands, deux garçons et deux filles étaient venus en France en 2017 demander l’asile. Ils avaient été envoyés à Grenoble dans un hébergement. Il aurait fallu qu’ils se défassent de leur chien, qui ne pouvait être accepté… Ils avaient entendu parler de moi qui connais un peu de russe et avaient voulu me rencontrer. L’asile s’annonçait très difficile à obtenir. Ayant été refusée par l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) en 2018, toute la famille est repartie en Russie, avec le chien, sans demander de faire appel du jugement auprès de la CNDA (Cours nationale du droit d’asile). Elle n’habitait pas Moscou et pensait être tranquille. Or, Poutine a commencé la guerre en Ukraine en 2022. L’armée s’est mise à faire la chasse aux jeunes pour les incorporer et les envoyer au front. Hors de question que les garçons fassent la guerre. En 2023 ils préfèrent partir tous les deux avec la femme de l’aîné, qui s’était marié, leur enfant et un deuxième en gestation. Ils connaissaient déjà Grenoble et ont décidé d’y revenir. Il fallait vraiment qu’ils aient un très grand désir de fuir pour surmonter tout ce qui leur est arrivé et qu’ils m’ont raconté !

L’aîné et sa femme ont eu un titre de réfugié quasiment tout de suite. Impossible de savoir pourquoi ça coinçait pour le second, alors qu’il montrait les appels de l’armée. Il ne voulait pas aller faire la guerre. Heureusement nous lui avions fait demander en concomitance un titre de séjour « Vie privée et familiale », puisqu’il était avec son frère et sa famille. C’est ce qui a marché à la préfecture, lui évitant une OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Pendant ce temps, les parents, restés en Russie, étaient harcelés par l’armée et la police pour qu’ils disent où étaient leurs garçons. Ils ne supportaient plus les pressions, les filles non plus, la situation commençait aussi à devenir dangereuse pour eux. Ils ont donc quitté la Russie en 2024, sans le chien, pour venir se réfugier à Grenoble et retrouver les garçons, leur belle-fille et les petits enfants.

La situation est difficile, ça fait plus d’un an que la demande de révision d’asile est déposée pour les parents, suite à la précédente demande de 2018, au vu des éléments nouveaux que sont la guerre en Ukraine et les tracasseries de la police. Une demande de titre de séjour est en attente à la préfecture. Aucune nouvelle. Ils doivent attendre la décision concernant l’asile avant que la préfecture ne prenne une décision pour leur demande de titre.

Bref, la maman et une des filles voulaient donc me parler et demander conseil, si je pouvais les aider. Bien sûr, j’ai accepté de les rencontrer, d’une part je suis contente de les revoir, d’autre part, je peux me rendre compte que je n’ai pas trop oublié le russe, je comprends mieux que je ne parle, et ça me fait un peu d’entraînement. La fille parle maintenant parfaitement le français. Nous avons discuté pendant plus d’une heure, moitié russe, moitié français. Je vais aller moi-même prendre conseil auprès de leur avocate. Leur affaire est extrêmement délicate, vu qu’elle touche à des problèmes familiaux. Il faudra un jugement du tribunal aux affaires familiales. Combien de temps va se passer avant le jugement ? Et en attendant… que faire ?

En rentrant chez moi, avant de m’affaler dans mon fauteuil favori, je prends un livre dans la bibliothèque, bien décidée à me faire de la lecture. J’opte pour un policier de Fred Vargas, que je veux bien relire, « Quand sort la recluse ». La recluse est une araignée extrêmement dangereuse. Le commissaire Adamsberg mène l’enquête. En saisissant le livre, maladroite comme je suis, j’en fais tomber un autre, un petit, mal rangé. Comme par hasard, c’est un livre de Léon Tolstoï, traduit en français, des récits pour enfants et non Guerre et Paix. C’est un petit recueil, guère épais, regroupant quelques nouvelles. Dans plusieurs d’entre elles, il est question d’enfants, généralement un frère et sa sœur, et d’animaux. Bon, pas terrible, mais je trouve qu’il n’est pas super bien traduit. La traduction et l’impression datent encore de l’URSS, le livre a été acheté dans le magasin spécialisé dans la vente aux étrangers « Beriozka » (petit bouleau), où on ne pouvait acheter qu’en devises étrangères.

C’est étonnant, quand même, que je sois tombée sur ce livre, ou que ce livre soit tombé dans mes bras, justement quand je recommence à m’occuper d’une famille russe. Loin de moi l’idée de regretter l’URSS. Peut être me rappeler qu’il y a des Russes en France venus demander l’asile, que le gouvernement ne me semble pas pro-Poutine, mais il est prêt à expulser des Russes, malgré ce qui peut les attendre en arrivant dans leur pays d’origine. La politique anti-migrants est à la mode. Peut-être me rappeler aussi que les problèmes politiques ne doivent pas faire oublier les grands hommes et les grandes femmes, qui ont fait la réputation de la culture russe, écrivains, musiciens, réalisateurs, acteurs, danseurs etc., et les opposants, comme Soljenitsyne et autres. Les sportifs internationaux participent aux épreuves diverses et variées sous bannière neutre. Le drapeau russe ne sort plus que pour les démonstrations militaires poutiniennes sur la Place Rouge.

Pourquoi je raconte tout ça ? Je vais continuer à voir les membres de la famille russe. Je vais parler avec l’avocate pour étudier leur situation administrative avec elle. J’ai pu me replonger dans l’esprit, qui anime ces réfugié.es reconnu.es ou, j’espère, futur.es réfugié.es reconnu.es. Je dois me remettre dans la culture russe pour les aider, ne pas juger, mais essayer d’expliquer les éventuelles différences dans nos manières de vivre pour une meilleure compréhension des us et coutumes du pays dans lequel ils veulent s’intégrer et ont déjà bien commencé.


 

31 août 2026

Goooal ! (7)

Malcolm

 

Samedi 2 mai, 7 h 45. Rassemblés devant chez mon fils Ewan. C’est le grand jour et, cette fois, je ne pars pas seul. Notre départ est prévu à 8 h du Pont aux Roses, à Melle. Comme annoncé et craint depuis quelques jours, un violent orage vient d’éclater. Une foule d’éclairs zèbrent le ciel et la foudre frappe à plusieurs reprises, et pas loin de la maison. Objectivement ( ? ), c’est un vrai feu d’artifice !!!

Une sorte de bouquet final ? S’y ajoute une grosse pluie, juste au moment de monter en voiture… C’est Anaïs qui nous conduit, dans son « Dacia Stepway ». Pour ce début du « finale », nous sommes sept : Ewan, Anaïs, Liam, Lauren, Yvric, Delphine et moi, plus Shy ’m bien sûr ( déjà présentée plus haut, la douce compagne quadrupède de nombre de mes sorties pédestres dans le coin ).

La pluie tombe drue pendant tout le trajet jusqu’à Melle ( un petit quart d’heure ). De quoi m’inquiéter… Mais non, miracle ! La pluie cesse dès notre débarquement sur le parking et notre mise en chemin devant le Pont aux Roses. Dans ma famille, nous avions l’habitude de dire que, pour les événements importants, survenait toujours un petit rayon de soleil au bon moment, grâce à notre maman qui, de là-haut, pouvait bien sûr, à elle toute seule, chasser tous les nuages… Sacré souffle, tout de même, Maman ! En tout cas, merci encore une fois pour ton opportune intervention ce matin ! Ah, si je pouvais souffler mes 75 bougies aujourd’hui avec la même énergie…

La distance de Melle à « la Tuilerie de Mortefond » ( là où j’habite ) n’est, par la route directe, que d’environ 7 km. Mais pour agrémenter cette toute fin de parcours, j’ai souhaité emprunter le « Ruban vert », encore une voie verte sur le tracé d’un ancien chemin de fer, reliant Melle à Celles-sur-Belle ( ma commune d’appartenance ), où nous avons aussi rendez-vous, devant sa splendide Abbaye royale ( du XIIe siècle ), au km 10 du jour, avec le reste de mes accompagnants. Pour les 5 derniers km, nous sommes donc maintenant 14. Nous ont rejoints : Nicole, bien sûr, les deux filles d’Anaïs, Marielou et Soline ( oui, une autre que la sainte, mais tout aussi adorable ! ), ma petite-fille Eline, notre cousine Geneviève, son frère Philippe ( grand marathonien devant l’éternel, quoiqu’un peu sur le tard : il a quand même réussi l’exploit de courir au moins un marathon sur chacun des sept continents – j’ignorais jusque-là qu’il y en avait sept – et même à en faire un livre ! Malheureusement, il y aura aussi bien usé ses genoux ! ) et son épouse Marie-Astrid. Manquent à l’appel du jour ( snif ! ) mon second fils, Kevin, et sa compagne Marie, mais eux ont sauvé leur mise du jour en m’accueillant au départ de cette dernière section et à l’arrivée de la précédente – voir plus haut – et ils nous rejoignent tout de même à l’arrivée, pour l’apéro ! Manque aussi – ô tristesse ! – ma grande et adorable petite-fille Zίa, qui est de son côté en pleine période de contrôles de fin de master ( bravo au passage, ma grande, pour ton beau succès ! ).

Photo de groupe, devant l’Abbaye, sous l’immense tilleul de la Place du Rochereau. Ce beau et dense abri végétal s’est présenté à point nommé pour nous protéger tous de la nouvelle grosse averse qui s’abat sur notre jolie petite troupe. Nous patientons quelques minutes, juste le temps que Maman réalise que j’ai à nouveau besoin de son aide… Et, pourtant encore haletante de son effort de ce matin, elle nous produit un bon second coup de souffle, qui rouvre provisoirement le ciel et va nous protéger jusqu’à… l’arrivée : il se remettra à pleuvoir juste au moment où nous franchirons notre portail d’entrée !

Car ça y est, oui, je suis arrivé ( j’y suis arrivé ! ) au bout de ces… 1432 kilomètres. En 67 jours, certes, mais aussi en 15 « sections » réparties sur… pas loin de six années : pas vraiment un « exploit », donc ! Et c’est sûr qu’entre-temps, je me suis pris un sacré coup de vieux !

Je peux quand même crier : « GOOOOOAL !!! » [ À suivre ]

 

30 août 2026

Deux lectures, un auteur

Mireille Podchlebnik

 

Keigo Higashino, ingénieur de formation est un écrivain japonais réputé pour ses romans policiers dont certains ont été récompensés de prix prestigieux et bon nombre de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma et à la télévision.

En France, ses œuvres sont principalement éditées chez Actes Sud.

Bien que férue de culture japonaise, je n’ai eu connaissance de cet auteur seulement lorsque que les médias ont annoncé en juillet dernier sa mort à l’âge de 68 ans.

Dans ma librairie de quartier, j’ai aussitôt commandé un de ses livres le choisissant à tout hasard, « Le nouveau », un roman policier dont j’ai réalisé trop tard qu’il était le second d’une série de 5. Il met en scène un inspecteur, Kaga Kyoichiro, atypique dans la façon de mener ses recherches et interrogatoires, par ses tenues vestimentaires et sa décontraction. Attaché au plus petit détail, ce fin et perspicace observateur démêle avec brio les fils de l’enquête.

Il m’a rappelé par certaines aspects l’inspecteur Columbo !

Comme je lis toujours plusieurs livres en même temps, j’entamais parallèlement « Le gardien du camphrier » tout empreint de mystère et de poésie. Un jeune homme en manques de repère devient le gardien d’un illustre camphrier situé dans un sanctuaire de Tokyo. Les liens familiaux sont abordés dans toute leur complexité, les non-dits et les faux semblants entre autres.

La nature et sa magie telle qu’on la retrouve chez de nombreux auteurs japonais joue un rôle prépondérant.

Deux livres, deux styles qui font voyager et apportent chacun à leur manière une forme de sérénité…

29 août 2026

Goooal ! (6)

Malcolm

 

Vendredi 1er mai. Fête du Travail. Je me lève bien courbaturé, mais en fait à peine plus que d’habitude ( depuis cette foutue hernie discale de 2022 )… Allez, les 17 km du jour, de Sainte-Soline à Melle, ce sera de la rigolade ! À 8 h le matin, retour donc en voiture à Sainte-Soline ; par acquit de conscience, nous poussons quand même jusqu’au panneau d’entrée nord et… oh ! mais ouiiiii, ils sont là !!! Mes petits fanions chéris ! Personne ne les a vus ou, plus probablement, n’aura osé les prendre.

Ils reprennent place sur mon sac à dos ( vraiment léger désormais ) devant l’église, où Nicole me redépose. « À tout à l’heure, pour l’apéro ! ». Oui, pour l’apéro, car ce jour-là, je peux et compte bien arriver à Melle à l’heure du déjeuner. Aujourd’hui, c’est grand beau temps ( mais je m’inquiète pour demain… ). Encore 3-4 km rectilignes sur l’ancienne voie romaine au début et, à peine 700 m après mon départ, je franchis le… 1400e kilomètre de ma rando. Aux alentours de 9 h, je traverse un petit hameau du nom de Crolour, où je franchis dans le même élan le méridien « 0 » ( oui, celui de Greenwich ), ce qui me positionne donc désormais en « longitude est » sur ma carte ( et aussi « Googlemaps » ! Tiens, mon humour revient, c’est bon signe… ). En revoyant la curieuse petite sphère métallique érigée à cet endroit ( dont j’ignorais auparavant la signification ), je me suis en fait souvenu d’y être déjà passé, trois ans auparavant, à l’occasion d’une autre marche de « convalescence », juste après ma hernie, en compagnie de mon neveu Yvric, également randonneur, marche qui nous avait alors conduits, déjà par la même voie romaine ( mais cette fois-là en sens inverse, du sud vers le nord ), du village de Brioux-sur-Boutonne à celui de… oui, vous avez deviné, Sainte-Soline ! Obsédé, moi ?

Avant d’arriver à Melle, alors que je faisais, assis dans l’herbe, une petite pause énergisante, j’ai été rattrapé par un randonneur qui me suivait à courte distance, mais que je n’avais pas remarqué dans mon dos ! Lui avait en revanche bien remarqué, dans ce même dos, mes petits fanions, dont le bleu à croix de Saint-André blanche, l’écossais ! Échange rapide et amical, en anglais, sur nos aventures respectives. Nous ne jouons pas du tout dans la même catégorie… Lui est dans la quarantaine et randonne, en autonomie totale, depuis des semaines. J’ai ( honteusement ) oublié sa nationalité.

Slovaque, je crois, car je me souviens lui avoir dit être déjà allé, pour le boulot, à Bratislava. Pour des raisons que je n’ai pas non plus retenues, il m’apprend qu’il s’est mis en disponibilité de son travail et a décidé de parcourir l’Europe à pied : dans son cas, des milliers de km ! Et, parce que sa belle-famille est… oui, écossaise, incroyable ! il s’est mis pour la première fois en chemin de tout là-haut dans le nord des îles britanniques et, en traversant toute la Grande-Bretagne et la France, il est allé jusqu’en Espagne, en Galice ( jusqu’à Compostelle, j’imagine ). Et là, maintenant, il « remonte », vers je ne sais plus quel pays d’Europe occidentale, peut-être le sien ? En tout cas, j’hallucine devant sa performance.

Mais surtout, j’ai honte de ne pas avoir pris de notes sur ce qu’il m’a raconté. Pas même retenu son prénom… Nos chemins se seront juste étrangement croisés un court instant, peu de temps avant que ma propre aventure s’achève. On s’est quand même « selfiés », on a marché 1 ou 2 km ensemble, puis nos chemins ont bifurqué, moi vers Melle lui vers Lusignan et Poitiers ( sur la « Via Turonensis » de Compostelle, mais en sens inverse cette fois pour lui ). Merci, cher et brave inconnu, pour ces quelques minutes d’impressions partagées !

J’arrive à Melle. C’est jour de marché, il fait beau et chaud et, comme toujours, il y a du monde. Ma solitude, si affectionnée, touche à sa fin… J’y croise et papote brièvement ( difficile ! ) avec quelques connaissances. Pour la fin de cette avant-dernière étape, je pointe donc à midi vingt au « Pont aux Roses », dont je repartirai, accompagné cette fois, demain matin. Pour l’heure, j’ai donné rendez-vous à Nicole chez sa cousine melloise, Geneviève, pour la saluer ( elle marche aussi beaucoup ) et y étancher ma soif de la bonne bière bien fraîche qu’elle m’avait promise pour mon arrivée ! Ceci avant de rentrer déjeuner… oui, cette fois, à la maison ! On ne se mettra pas à table de bonne heure, car mon neveu Yvric et son épouse Delphine, qui sont venus de Chartres pour être de la partie demain, ont été un peu retardés sur les routes de ce long week-end. Ma fille Lauren arrive elle aussi à son tour, de Toulouse, dans l’après-midi. Avec mon fils Ewan, sa compagne Anaïs, et deux de mes petits-enfants, Liam et Eline, nous sommes neuf ce soir-là autour de la table pour dîner, en cette soirée-veillée de fin d’aventure. J’ai fait une petite flambée dans la cheminée… preuve que la canicule n’a pas encore pointé son nez. [ À suivre ]

 

 

28 août 2026

Retour d’Irlande

Anne-Marie Krebs

 

Sans partir aussi loin que Bernard, j'ai fui la canicule pour aller chercher la fraîcheur à l'extrême ouest de l'Europe.

Partis de Roscoff où il faisait encore bien chaud dans la soirée, nous avons trouvé un temps beaucoup plus frais le lendemain matin à Cork, joli port aux maisons colorées, au sud de l’Irlande.

Il nous faut presque une journée de voiture - la conduite à gauche n'est pas évidente au début - pour gagner Clifden à l'ouest du Connemara, à quelques 300km. Ici pas de forets mais une lande verte et fleurie, des tourbières, des lacs innombrables et des moutons. Ils sont ici partout chez eux et il faut faire attention sur les routes, souvent étroites, car ils peuvent brouter sur les bas cotés sans se soucier des voitures ! Pas de chiens, pas de bergers, les moutons sont libres dans des champs immenses où les jolis murets ancestraux ont malheureusement souvent été remplacés par du grillage.

Ici, la nature est domestiquée certes, mais, dès que l'on s'éloigne des zones habitées on a vraiment l'impression d'être dans un monde sauvage. La mer et le ciel se confondent dans un dégradé de gris et de bleus, les longues plages de sable blanc succèdent aux falaises sombres. Le soleil perce à travers la brume, puis arrive un petit crachin, parfois une bonne averse et le soleil revient, nous sommes loin de la canicule, on respire des parfums d’herbe fraîche, de marée, de feu de tourbe.

Quelques sentiers sont tracés et balisés dans le Parc National du Connemara, un ensemble de collines, de landes, de tourbières et de lacs très propice à de superbes randonnées. Nous avons aussi suivi des chemins plus incertains qui traversaient des tourbières, il fallait alors sauter de motte en motte ou se tremper les pieds, ce qui arrivait souvent… et toujours les moutons qui nous observaient goguenards.

Après une semaine dans la Connemara, nous sommes allés explorer la péninsule de Dingle dans le Kerry. Pour y entrer, on suit une route parfois très étroite, où il est difficile de se croiser, pour passer Conor Pass un col à 450m d’altitude où l’on se croirait en haute montagne ! au pied, une vallée pratiquement inhabitée, toujours des tourbières, des lacs et aucun arbre, tout ça à 8 km de la Dingle, la seule ville de la péninsule.

Plus bas on retrouve la superbe lande fleurie : fushias, glaïeuls sauvages, bruyère, entre autres, toutes une palette de couleurs allant de l’orange au mauve en passant par le rouge, une splendeur ! On retrouve aussi les moutons à tête et pattes noires, qui paraissent bien gras, comparés de nos moutons provençaux, ici ils ont de l’herbe à profusion.

Et, bien sûr, toujours la brume, le crachin et un soleil intermittent. On comprend l’abord un peu abrupt des habitants de la région : peu de sourires ou de signes amicaux lorsqu’on se range pour laisser passer une voiture que l’on croise. Dans le petit village où nous passions la semaine, nous avons vu des piliers de pubs, sirotant leur bière côte à côte au comptoir, rester là durant des heures sans échanger un mot. C’est aussi un peuple qui a souffert dans l’histoire. Par contre, les soirées musicales sont animées, tout le monde reprend les airs accompagnés par la cornemuse, l’accordéon et la guitare. Là-bas aussi la musique rapproche !

 

27 août 2026

Connaissez-vous Jacqueline Harpman ?

Bernard M.

 

Moi, figurez-vous, je n’en avais jamais entendu parler. C’est une écrivaine et psychanalyste belge ( 1929-2012 ) qui, j’imagine, est plus connue dans son pays qu’en France. En tout cas c’est une amie belge qui a fait un séjour chez nous qui nous a laissé le roman Moi qui n’ai pas connu les hommes en nous conseillant sa lecture. Le livre trainait dans ma pile à lire et je l’avais emporté en Finlande, un petit livre de poche peu encombrant très pratique pour le voyage…

Son contenu pour le coup n’est pas petit ! Le roman est une dystopie glaçante, il mêle quantité de thèmes et il est fort bien écrit. Il est d’un jet. Aucun chapitrage, on suit de la première à la dernière ligne le récit de la narratrice, qui raconte avec une grande fluidité sa vie sur une soixantaine d’années.

Jeune fille, elle vit dans une vaste cage au fond d’une cave avec trente-neuf autres femmes. Des gardiens hommes leur portent la nourriture nécessaire à leur survie sans aucun contact avec elles, sans échanger de regards, ponctuant leur passage de coups de fouet pour éloigner les femmes des grilles tant qu’ils sont présents pour leur distribution. Un jour une alarme retentit. À l’instant même, les gardes s’enfuient, or c’était au moment précis où la grille était ouverte. Les femmes sortent, trouvent un escalier qu’elles grimpent, elles aboutissent à l’air libre, dans une vaste plaine désertique sur laquelle ne poussent que quelques rares buissons. Elles se mettent en route au hasard, elles vont cheminer ainsi pendant une vingtaine d’années, allant de guérite en guérite, ces points de sortie des caves similaires à celui qu’elles-mêmes ont emprunté. À chaque fois elles prennent les provisions qu’elles trouvent dans les chambres froides, mais aucune autre cage n’était ouverte au moment de l’alarme et elles ne trouvent donc partout que des cadavres. La narratrice n’a aucun souvenir de la vie d’avant l’enfermement et ce sont les autres femmes qui, peu à peu l’informeront sur ce qu’était la vie d’avant, ses difficultés, ses joies, ce sont elles qui l’éduqueront et lui apprendront à lire. Mais elles-mêmes n’ont pas idée de la catastrophe qui a rompu leur monde. Sortes de robinsons du désert, les femmes s’établissent, créent un village, des relations amoureuses se nouent entre certaines, de nouvelles expéditions sont décidées pour tenter de trouver d’autres humains. En vain. Les années passent. Peu à peu des femmes meurent, la troupe se clairsème. Jusqu’à ce que la narratrice se retrouve seule. Elle continue ses explorations de plus en plus lointaines, portée par une espérance qui cependant, s’amenuise au fil du temps. Elle finit par tomber sur un tumulus sous lequel elle découvre une maison confortable, riche de livres, de films et d’enregistrements musicaux. Elle y vivra vingt ans, se nourrissant des grandes réserves de nourriture trouvées sur place ou récupérées lors de diverses expéditions extérieures, s’y nourrissant aussi de toute la culture du monde piochée dans l’imposante bibliothèque trouvée sur place. Questionner, réfléchir, essayer de comprendre est ce qui la porte, mais nulle réponse ne lui apparait. Que s’est-il passé ? Quelle a donc été la catastrophe dont est sorti ce monde inhumain ? Est-on même encore sur la terre ou est-on sur une autre planète ? La configuration du ciel nocturne ne permet pas d’en décider avec certitude…

La maladie l’atteint à son tour. Elle termine son récit, laissant ses feuillets bien visibles dans l’espoir qu’un jour quelqu’un, peut-être, vienne et le trouve. « Tant que les feuilles couvertes de mon écriture resteront sur cette table, je pourrai devenir une réalité dans un esprit. ». Mais elle n’y croit pas, il ne viendra sans doute personne et « tout s’effacera, les soleils s’éteindront et je disparaitrai comme l’univers ».

Ce livre a été écrit en 1995. Il a connu un regain de popularité au temps du Covid, comme lors de l’élection de Trump, car certains de ses thèmes pouvaient faire écho à la situation. ( Comme ceux d’ailleurs de La Servante écarlate de Margaret Atwood, auquel il est parfois comparé ). Son autrice, juive belge qui a perdu une partie de sa famille dans l’holocauste, a donné à la dictature qui règne sur les caves quelques traits du nazisme. Mais au-delà, c’est une puissante fable métaphysique, chargée de bien d’autres interrogations, sur la vie, sur la mort, sur la sororité et la domination masculine, sur la solitude, sur la transmission, sur ce qu’est être humain…

 

Internet

27 août 2026

En cours de lecture du livre d'Antoine Compagnon Année 1966, année mirifique

Anne-Marie Didier Kleine

 

O. m’a envoyé hier un texte rédigé par l’IA, sur un texte de 2002 écrit par un ami. Le texte de l’ami est riche et drôle, « un sismographe de la pensée », dit-il, mais celui de l’IA est étonnant et brillant lui aussi ! Les écrivains et autres spécialistes et techniciens qui ont nourri le moteur de l’IA ont, eux, appris au lycée, à l’université et dans les classes préparatoires aux grandes écoles, à décortiquer un texte, à l’analyser à disserter dessus, mais qu’en sera-t-il quand nos décervelés des facultés d’aujourd’hui aurons à faire le travail, les premiers nommés n’étant plus sur terre ? L’expression « décervelés des facultés » me vient, car je lis, avec beaucoup d’intérêt, le livre d’Antoine Compagnon sur l’Année 1966, année mirifique. « Nous vivons le temps où de faux bacheliers devenus de faux étudiants suivent ( ou ne suivent pas ) les cours de faux professeurs pour passer de faux examens dans de fausses universités », cité par Jean-François Revel influencé par les recteurs Capelle et Antoine, contre la réforme Fouchet. Guy défilait-il dans les manifs de l’époque ? Je venais d’avoir mon deuxième enfant, j’avais d’autres préoccupations, mais nous étions pour les modernes. Quand même, plus tard, j’ai regretté la suppression de l’année de propédeutique. Je lis aussi ce constat de de Gaule cité par Jacques Narbonne, De Gaule et l’éducation. Une rencontre manquée : « On va dépenser une masse de crédits pour absorber une masse de crétins qui, normalement, n’auraient pas eu accès à l’enseignement supérieur ». Je ne peux m’empêcher de me dire que nous étions de ces crétins entrés en masse dans l’enseignement supérieur ! N’empêche aussi qu’il y avait du vrai dans les craintes des « réacs » de l’époque.

Ce livre me passionne, car je retrouve les faits, les atmosphères, les « mythologies » de l’époque, les parcours des jeunes gens célèbres, chanteurs, acteurs, auteurs, metteurs en scène, artistes, politiques, intellectuels, des théories, bataille d’idées et batailles politiques de ce que je vivais et éprouvais alors, immergée et concernée, mais aussi éjectée, laissée sur la berge avec le sentiment que tout passait si vite, qu’il y avait tant à faire : de jeunes enfants à élever, des vies à vivre, amoureuse, professionnelle, sociale, des parents vieillissants avec de graves problèmes personnels que je découvrais et tous les plaisirs étourdissants d’une jeunesse à rattraper, car on se sentait presque coupable de ne pas « jouir sans entrave »…

 

Internet

27 août 2026

Goooal ! (5)

Malcolm

 

Jeudi 30 avril. Je me mets en chemin vers 8 h 30. Temps légèrement pluvieux, K-way et surpantalon imperméable de mise, mais température douce ( trop, car je finis par avoir chaud ).

J’emprunte la fameuse ancienne « voie romaine » ( qui reliait Poitiers à Saintes ), à travers une morne plaine peu boisée et passablement monotone : 18 km de parfaite ligne droite ( sans doute la plus longue de tout mon parcours, sinon de toute ma vie ! ). Au km 13, ça y est je pénètre en Deux-Sèvres et même en « Pays mellois ». J’arrive à Rom vers 13 h 30, ancienne cité romaine ( Rauranum ) en territoire picton, riche en vestiges gallo-romains ( avec un très beau musée ), mais aussi marquée par un événement dramatique à la fin de la Seconde Guerre mondiale : en 1944, un commando britannique parachuté à proximité est capturé et fusillé non loin, en forêt de Saint-Sauvant, ce que j’apprends de la bouche d’un employé municipal en l’interrogeant sur un balisage particulier que j’avais remarqué sur mon chemin ; je passerai même voir leurs tombes au cimetière avant de repartir. Car, oui, j’ai décidé de repartir !

Pourtant, j’en ai déjà plein les pattes depuis quelques kilomètres ( en général, ça se manifeste à partir du 15e… ). Mais j’ai pris cette décision, sereinement, après ma pause casse-croûte sur un banc devant la belle église ( et après le petit verre de « sang du Christ » que je me suis octroyé pour l’occasion, il le fallait bien… ), complétée par deux expressos serrés au bistrot « Chiquito » ( juste à côté de l’église, forcément… ).

J’ai donc prévenu Nicole. Je sais que ce sera difficile pour moi. Certes, je peux me permettre de renoncer à tout moment et me faire récupérer par elle n’importe où dans la campagne en lui donnant ma position. Mais pour aller au bout de mon entreprise ce jour-là, je vais me mettre littéralement « en mode robot ». Oublier mes jambes ( de plomb ! ) et juste avancer, sans trop réfléchir, ni même simplement penser. C’est ainsi qu’au rythme de mes pas me sont ( très bêtement, j’avoue… ) revenues les paroles de cette chanson ( de scouts ou militaires ? ) : « Dans la troupe, y a pas d’jambe de bois / Y’a qu’des nouilles, mais ça n’se voit pas / La meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre / C’est de mettre un pied d’vant l’autre, et d’recommencer ! ». Eh oui, j’en suis là ! Mais… Sainte-Soline, au plan symbolique, vaut bien l’épreuve. Ceux / celles qui ont suivi l’actualité brûlante de la question de l’eau ( qualifiée plus gravement ici de « guerre de l’eau » ) ces dernières années dans les Deux-Sèvres savent de quoi je parle ( 1 ). Et malheureusement, à l’heure où j’écris ces lignes, la redoutable sécheresse qui sévit à nouveau chez nous depuis de longues semaines ne conduira sûrement pas à apaiser les esprits…

La mégabassine concernée ( dite « réserve ou retenue de substitution » ) est à environ 3 km du centre de Sainte-Soline. Je l’atteins, épuisé, mais hypermotivé, aux alentours de 16 h 15. Je me « selfie » devant l’entrée, absolument seul ( pas rencontré âme qui vive ! ), et suis alors certainement repéré et capté par la multitude de caméras de vidéosurveillance visibles ( je m’amuse à imaginer les analystes des images : « C’est qui ce mec ? Bizarre, ses petits drapeaux… Étranger ? Encore un de ces c… de militants ! Pas jeune, dis donc, l’écoterroriste ! Arf, arf !... ».

Je reprends mon chemin. Ah ! ces trois derniers kilomètres… Terriblement longs. Je flageole, chancèle, titube, mais je tiens le coup, encore, trois bons quarts d’heure… jusqu’à l’extrême limite de mes forces, je l’avoue. Pas raisonnable ? Panneau d’entrée de Sainte-Soline, enfin ! Je le photographie, décoré de mes petits fanions, que… zut ! j’oublie en repartant ( c’est dire l’état de mes connexions cérébrales à ce moment-là… ) ! Je me traîne encore jusqu’à l’église, où Nicole m’attend. Ouf ! C’est fini pour aujourd’hui.

Au bout du compte, j’ai quand même très exactement 28,8 km dans mes guiboles. Frôlé les 30 ( que je n’ai atteints qu’une seule fois, dans l’Yonne, lors de ma section « de convalescence », il y a… eh oui, bientôt sept ans ; objectivement je n’ai plus l’âge pour ça ! ). Oui, cette étape a été vraiment rude. Et puis, dommage quand même aussi pour mes beaux petits drapeaux. Snif ! [ À suivre ]

( 1 ) https://www.youtube.com/watch?v=iyDliyQ5leg


 

 

25 août 2026

10 chansons , une vie

Michel Stevaert

 

Excellente initiative, Pierre et qui ne m’a pas demandé trop d’efforts, car il y a longtemps qu’un calepin traîne près de mon PC, gribouillé de chansons et d’interprètes. Enfin, si : le plus difficile a été de n’en garder que dix et surtout de choisir une parmi toutes que j’adore chez les chanteurs élus. Mais pour Juju, je n’ai pas pu résister : ce sera deux.

  • L’important c’est la rose, Gilbert Bécaud. On nous la faisait déjà chanter à l’École primaire communale. Étudiant, je l’entonnai dans un café chantant ( non : pas un karaoké ), car j’avais acquis le timbre de voix de Bécaud.

  • La mer, Charles Trenet. Ce n’est pas une chanson, mais une addiction. Interprétée en version jazz par Tatiana Eva-Marie ( Avalon ), c’est un ravissement.

  • Le plat pays, Jacques Brel. Comment résister à cette évocation de la terre de mes ancêtres et à ces Polders que je parcourus pendant près de 20 ans ?

  • Comme à Ostende, Léo Ferré ( et Jean-Roger Caussimon ! ) : la même Terre, mais à l’émeri ; je dirais même plus : interprétée par Arno, le local qui nous a quittés trop tôt : à l’arrache.

  • Je reviendrai à Montréal, Robert Charlebois. Nous en avons tant rêvé, avec mes camarades gaucho-francophiles, du Québec libre. Et Robert, le cousin des Belges au point d’avoir embrassé le métier de… brasseur.

  • Au parc Monceau Yves Duteil. Quel adolescent ou jeune adulte peuvent résister à cette chanson qui, en même temps, est ma madeleine d’un Paris disparu ou rêvé ?

  • Woman : mais m…, John, pourquoi la Grosse Pomme qui t’allait si bien t’a-t-elle enlevé à nous ?

  • Les cerisiers Jean Ferrat. Plus je vieillis, Jean, plus cette chanson me prend aux tripes.

  • La belle est arrivée & Des mots d’ailleurs, Julien Clerc ET l’anar-poète Roda ! Juju, mon premier coup de cœur de la chanson française, vu au Forum de Liège au mitan des années septante. Revenu cette année ; incapable de me déplacer, j’y ai « délégué » ma compagne, plus de… 50 ans après.

 

25 août 2026

Céci… céci… céciquoi ?

Kata

 

Cécifoot 

C’est quoi ?

Le Championnat d’Europe de cécifoot ( foot pour les personnes déficientes visuelles ) se déroulait à Strasbourg et s’est terminé hier soir par la victoire des Bleus. Samedi, devant mon ordinateur qui me servait ce jour-là de télévision, je suis tombée par hasard, en zappant, sur la demi-finale. Je suis restée scotchée devant mon écran et, du coup, les Bleus ayant gagné, pour rien au monde, je n’aurais raté la finale dimanche en fin d’après-midi.

Je vais essayer de narrer ce que j’ai vu après des explications succinctes sur ce qu’est le cécifoot et, peut-être, partagerez-vous mon admiration.

Le cécifoot se joue à cinq joueurs par équipe, quatre non voyants sur le terrain et un voyant dans les cages, le gardien de but. Pour être sûr qu’ils ne voient rien, un arbitre vérifie que les patchs oculaires sont bien collés sur les yeux, recouverts par un bandeau serré à l’arrière de la tête.

Le terrain mesure 40 m de long pour 20 de large. Les côtés sont entourés d’une barrière pleine de 1 m à 1,2 m de haut. Description pour les catégories engagées dans la coupe d’Europe

Comment font les joueurs pour taper dans un ballon qu’ils ne voient pas ?

Le ballon contient des grelots, qui sonnent dès qu’il bouge, dès qu’il tape la barrière, les joueurs se repèrent au son. C’est magique de les voir dribbler, pousser la balle, la chiper à un adversaire, tirer pour marquer un but, en sachant qu’ils ne voient pas.

Oui, mais quand la balle s’est arrêtée et ne sonne plus ?

C’est là, entre autres, qu’interviennent les voyants, je veux parler des coachs qui voient. En plus du gardien de but, chaque équipe a droit à trois aides-voyants et crieurs : deux derrière les barrières, donc un de chaque côté du terrain et un derrière le but adverse. Ils crient des indications aux joueurs, où est le ballon, où sont les adversaires, etc. Entr 'eux, un joueur crie « VOY » ( ça vient du portugais ) pour signaler sa présence à ses collègues. Nous autres, téléspectateurs, nous avons envie de les aider, de leur souffler, nous pouvons toujours crier, ils ne nous entendent pas. Et les spectateurs ? Interdit de bouger, de parler, de faire du bruit pour que les joueurs puissent entendre sans gêne les grelots du ballon. Parfois, pendant une interruption du jeu, une ola d’encouragement monte dans les gradins, les drapeaux s’agitent ainsi que les grosses têtes représentant les joueurs. C’est magique. Le silence revient immédiatement, dès que le jeu reprend.

L’équipe de France est la même que celle qui a participé aux jeux paralympiques de Paris, les grosses têtes ont gentiment attendu de pouvoir ressortir, deux ans après, pour le Championnat d’Europe. Les drapeaux viennent de la gendarmerie qui en avait en stock après une manifestation devant le parlement européen, nous sommes bien à Strasbourg.

Bon, et alors ? Qu’ont fait les Bleus pendant cette coupe d’Europe ?

Eh bien, ils ont gagné les trois matchs de poule contre : l’Angleterre, la Grèce et l’Allemagne

Ils rencontraient samedi l’Italie en 1/2 finale. Pas facile, les Italiens sont bons et les tirs sont cadrés. Heureusement notre ( possessif, ça y est, je suis dedans ) gardien de but est extraordinaire, il arrête tous les ballons qui se présentent devant lui. Il place à merveille ses partenaires lorsqu’un adversaire va tirer un corner ( tir du coin du terrain ). Enfin ! notre meilleur joueur arrive à marquer. Ouiiiiii nous gagnons 1-0 et qui retrouvons-nous en finale ? … les Anglais, seconds de la poule, vainqueurs de leur 1/2 finale, ils sont aussi en finale.

Et nous voilà dimanche. Ce n’est pas parce que les Bleus ont gagné les Anglais lors des poules qu’il faut croire que ça y est, c’est arrivé. On entend les encouragements du coach principal avant le début du match. Il dit bien que les Anglais sont là pour gagner, mais aussi pour battre la France. Nos bleus ont l’air bien décidé à se montrer les meilleurs.

Match très difficile, les deux équipes s’emploient à vouloir marquer à toute force. Les Bleus font des fautes collectives en faisant tomber les joueurs anglais, qui le leur rendent bien en faisant tomber les joueurs français. C’est haletant. Au bout de cinq fautes, c’est punition, pénalty. On ne doit pas y arriver !

Deuxième mi-temps. Enfin, buuuuut ! Les Bleus marquent. Ouf, mais il faudrait bien un deuxième but pour être tranquille c’est bientôt la fin du match, mais on n’est pas à l’abri d’un but anglais d’égalisation.

Fin du match. Ça y est, les Bleus ont gagné et sont champions d’Europe. Tout le monde se félicite, embrassades des fans dans les gradins, les membres de l’équipe coachs compris, dans les bras les uns des autres. C’est la fête totale. Tout le monde félicite LE marqueur, qui avait aussi marqué en 1/2 finale. Il s’appelle Frédéric Villeroux et il a… 43 ans. Comme quoi, le sport maintient jeune. Participera-t-il aux prochains Jeux olympiques à Los Angeles ? La question lui est posée, il répond que ça dépendra de son état physique. Un homme sage, qui résume la situation : « nous ne sommes pas tout jeunes, nous nous connaissons depuis une quinzaine d’années, très bonne ambiance, nous gagnons ». Il ne se met pas en avant, il est dans l’équipe.

Comme a dit leur coach : ils parlent le langage du foot. Ils sont porteurs de compétences.

La Marseillaise peut résonner.

 

25 août 2026

Chansons

Anne-Marie Krebs

 

Bonne idée, en effet, que cette liste de chansons, mais le choix s'avère difficile : choisir c'est éliminer, qui choisir parmi mes chanteurs préférés ? Puis quelle chanson retenir de chacun d’eux ? Je suis en Irlande, pour une semaine encore et je n'ai pas mon ordinateur, je ne peux donc pas envoyer tout de suite un message pour le blog, mais je reçois ceux des autres sur mon téléphone et chaque nouvelle liste me remet des chansons en tête... Alors, pour ne plus me laisser influencer, j'ai décidé de rédiger tout de suite le message que j'enverrai à mon retour.

J’ai établi ma liste en marchant sur les sentiers du Connemara, notant les chansons que j'ai le plus souvent dans la tête dans l'ordre aléatoire dans lequel elles me venaient à l'esprit.

  • Le soleil noir, Barbara, j’aime toutes ses chansons, j’ai choisi ce texte très fort qui colle bien, malheureusement, avec notre époque.

  • Amsterdam, Brel.

Comme Barbara, il fait partie des chanteurs que j'ai le plus écoutés dans mon adolescence et ma prime jeunesse. J’aime Amsterdam, pour sa force d’évocation visuelle, comme une série de tableaux des primitifs flamands.

  • Le p'tit bonheur, Félix Leclerc, un autre interprète qui a accompagné mes jeunes années et que j’écoute encore avec plaisir.

  • Quand les hommes vivront d'amour, encore Félix, avec ses deux comparses, Gilles Vigneault et Robert Charlebois, j'ai vu ce trio chanter cet hymne d’espoir sur scène à Paris.

  • La demoiselle d'Angelo Branduardi, je n'ai qu'un disque de ce chanteur que j'ai vu sur scène à Aix au début des années 80, je l'ai écouté en boucle pendant une période et cette chanson me revient régulièrement en tête.

  • Avec le temps, Léo Ferré aussi a accompagné ma jeunesse, je l'ai vu sur scène à La Mutualité, il y a bien d'autres titres que j'aime, mais c'est cette chanson triste qui me vient d'abord quand je pense à lui.

  • Georgia, Ray Charles, c'était mes années lycée et l'un de ceux que j'écoute encore le plus souvent ; vu à l'Olympia, image inoubliable que son entrée en scène les bras levés.

  • Cécile ma fille, Claude Nougaro, que j’ai découvert et aimé avec cette chanson.

  • Mi niña se fue a la mar très beau poème de Garcia Lorca, chanté par Paco Ibañez, que j’ai vu également sur scène à Paris.

  • La romance de Nadir (je crois l'entendre encore). J’ai découvert l’opéra, que je n’aimais pas dans ma jeunesse, depuis une vingtaine d’années en assistant aux spectacles du Festival d’Art Lyrique d’Aix, où nous avons la chance d’avoir des interprètes et des chefs d’orchestre de premier ordre. L’an dernier j’ai entendu Pene Pati, un jeune ténor samoan interpréter le rôle de Nadir dans Les pêcheurs de perles de Georges Bizet. Quand il a chanté cette romance ce fut un moment suspendu, du bonheur pur ! Depuis c’est l’air que j’ai le plus souvent en tête.

J’en ajout une 11ème, à laquelle je n’aurais pas pensé si je n’avais pas été en Irlande et que nous avons souvent fredonnée pendant ce beau séjour :

 

24 août 2026

La vie secrète des vieux par Mohamed El Khatib

Anne Poiré Guallino

 

Ces dernières années, je dois l’avouer, à force de mener plusieurs vies de front, je me suis laissée déborder par la lecture de la passionnante Faute à Rousseau. Je les ai pourtant longtemps dévorées dès leur arrivée, très vite. Cet été, séance de rattrapage : j’aimerais être à jour quand les prochains numéros vont sortir. J’avance, de pépite en pépite. Cette semaine, je me penche enfin, avec beaucoup de retard – pas si étonnant – sur le numéro 94, d’octobre 2023, concernant Le Temps. Très émue par l’article « Dialogue avec Daniel Kenigsberg » de Gérald Cahen sur son neveu, Sam, et la pièce de théâtre C’est la vie, je me suis renseignée sur le dramaturge à l’origine de cette création, Mohamed El Khatib.

Passionnant ! La démarche de ce spécialiste du théâtre personnel, plus que documentaire, est totalement apaïste. À partir d’(auto)biographies, de rencontres, d’échanges, d’humanité, il écrit ses spectacles en sociologue, peut-être aussi en psychologue, attentif à l’Autre. Il donne la parole à ceux qui sont en principe condamnés à l’ombre, tout en mêlant sur scène des professionnels à d’autres profils, authentiques… Avec Patrick, nous avons vu, par exemple, une interview sur la création de Gardien Party, où, après avoir recueilli la parole de surveillants, sur lesquels on s’appesantit rarement dans les musées, il en a choisi quelques-uns, du monde entier, et leur a fait jouer leur propre rôle.

Pas mal ! Mais il s’agit d’un sujet moins percutant que la pièce qui donne son titre à ce billet : La vie secrète des vieux. Que peut bien dévoiler pareille promesse ?

Sur notre lancée exploratoire, j’ai commandé hier trois textes du même auteur – introuvables, dans notre bibliothèque de la Loire – notamment celui évoqué par Gérald, mais aussi « Finir en beauté », sur la mort de sa propre mère, forcément un spectacle très personnel, et fort. Enfin, surtout… j’en avais déjà entendu parler, ailleurs, celui sur les « vieux ». Même si moi j’ajoute des guillemets, pas le moindre euphémisme, c’est le mot choisi par les personnes concernées, lesquelles s’exposent, en toute liberté, avec confiance, c’est stupéfiant, à révéler sur scène ce qu’elles ne diraient pas à leurs propres proches… notamment sur leur vie amoureuse, sexuelle, de façon débridée. Comme l’écrit Mohamed El Khatib : « En ce sens ils sont doublement courageux parce qu’ils acceptent d’affronter non seulement les spectateurs, mais leurs propres familles. »

J’ai voulu en savoir plus et là, miracle, j’ai découvert que l’on pouvait voir cette pièce exceptionnelle, qui donne la parole à ceux que l’on n’entend jamais, sur ces sujets intimes, en replay sur FranceTV, jusqu’au printemps prochain. Youpi ! Sachez-le, les amis, vous pouvez donc, comme nous deux, applaudir ce chef d’œuvre. Mais ne tardez pas trop, mai 2027… c’est demain, à la vitesse où file la vie.

Après avoir rencontré plusieurs centaines de personnes âgées, grâce à des « laboratoires artistiques en EHPAD », l’auteur a choisi d’aborder le sujet pas banal du désir, plutôt que celui, plus courant, des manques, de la dépendance, de la perte de mémoire, afin de travailler sur ce qui reste, plutôt que sur ce qui disparaît.

L’idée me paraît éminemment judicieuse : constructive, positive !

Suite à ces rencontres, il a, sans casting, constitué cette troupe atypique de sept comédiens (ils étaient huit, au départ), dont six âgés de 75 à 92 ans (102 ai-je lu ailleurs), des amateurs (ou des amoureux ?) qu’El Khatib appelle, et il a raison, des « experts d’eux-mêmes ».

Le théâtre n’est pas leur métier, a priori, et ils nous font rire, sourire, nous déconcertent, sortent du cadre, nous interpellent, nous touchent, oui, nous bouleversent. Pas de pudeur ni d’atténuation sur le grand âge. De la franchise, pour un spectacle impressionnant.

Avec Patrick, faute de temps, là encore, nous n’avions plus regardé un seul film depuis… au moins le mois de juin. L’été est donc terminé. Quelle jolie et joyeuse rentrée nous amorçons ainsi ! Nous avons dégusté, suspendus, très troublés, cette formidable et incroyable vidéo. Elle dure à peine une heure, mais quelle vitalité ! Oser ainsi parler sur scène, sans fard, de la sexualité, dans sa variété, des enfants castrateurs, du regard des autres, sur soi, de la vie et de la mort, quelle audacieuse gageure ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, pari gagné. Ce face-à-face ose s’afficher différent, et, en ce sens, il est vraiment réussi.

Je dédie ce billet à L., une très proche, décédée en EHPAD. Alors qu’elle était veuve depuis pratiquement un demi-siècle, fidèle au souvenir de son unique amour et mari, elle y a rencontré un voisin de chambre, un « gentil monsieur », G., très respectueux, attentif, qui l’a aidée à retrouver le sourire, l’a rendue charmante « midinette » de plus de 90 ans. Il a veillé sur elle, durant ses derniers jours, lui a tenu la main, jusqu’au bout. C’était si touchant ! À sa mort, le « gentil voisin » pleurait à chaudes larmes. Ses sanglots nous ont brisé le cœur. L’espace de quelques mois, tous deux ont vécu de la sorte ce que l’existence « secrète des vieux » offre de plus émouvant. Merci la vie !

 

Internet

24 août 2026

Chroniq’hebdo | De Georges Perec, du journal personnel et des femmes afghanes

Pierre Kobel

 

Un matin, je reste interloqué devant la couverture d’un livre. C’est celle de la première édition de W un souvenir d’enfance de Georges Perec dont je suis en train de lire la biographie établie par David Bellos. Perec, il m’accompagne depuis cinquante ans quand j’ai lu Les Choses, plus encore avec La vie mode d’emploi. Et tous ses autres titres qui forment un œuvre d’une telle richesse qu’elle est incontournable. Parfois je m’y perds et ma culture ne va pas aussi loin que la sienne pour que je comprenne toutes les arcanes mathématiques, lexicographiques, sémantiques d’une écriture qui ne cesse d’osciller entre masques et dévoilements. Il me heurte quand il dit à un ami avec qui il travaille à un scénario : « Les sentiments, tu les mettras après. » Mais je sais ce que cela veut dire, je sais combien il a lui-même caché de sentiments derrière des jeux d’écriture voués à combler les failles et les absences d’une existence déchirée dès l’enfance.

Georges Perec s’est toujours arrangé avec la mémoire, n’hésitant pas à la distordre pour la réaccorder à son récit et aux balises de dates, de lieux qu’il veut y insérer. Mais à regarder ce W typographique plaqué sur la photo du 24 rue Vilin où sa mère avait son salon de coiffure, je me suis demandé pourquoi cette photo m’impactait si fortement ? C’est comme si elle symbolisait l’impossibilité d’entrer là où je veux, la force brutale de l’oppression. À quoi tout cela correspond- il en moi ? À quel interdit que je voudrais voir disparaître ? C’est l’image de ces portes fermées que je ne supporte pas. Toujours quand je photographie des portes, des fenêtres fermées, c’est comme un point d’interrogation pour savoir ce qu’elles cachent, ce qu’elles recèlent. Mais ce que je préfère, c’est photographier l’ouverture des portes et des fenêtres sur l’extérieur. L’ouverture au monde.

*

Je déjeune un midi avec une amie qui se reconnaîtra. Nous échangeons à propos des journaux que nous tenons chacun. Elle me dit qu’elle n’envisage pas de conserver le sien quand je souhaite à terme confier le mien à l’APA. Si respectable que soit la décision de chacun, j’ai du mal à entendre un tel choix. Non pas que je tienne mes écrits pour une production exceptionnelle, loin s’en faut !, mais je ne saurais plus m’en passer. Je retrouve quelques extraits qui évoquent ce sujet :

 

« Ce journal deviendra toute ma pensée, le reflet de ses changements continuels. Quand donc mon esprit obscur atteindra-t-il la stabilité ? Une chose qui lui reste toujours c'est l'Espoir et il me quitte rarement, fidèle compagnon de mes bonheurs et de mes infortunes.

Ce soir j'ai eu une joie, c'est que je parviens à fixer sur le papier les réflexions rapides qui passent dans ma tête et dont la vitesse est souvent telle que je n'ai plus le temps d'en laisser qu'une phrase frileuse et pleine de vagues généralités.

(Journal – 10/02/1970)

Heureusement que ce journal existe. C’est le lieu, lorsque plus rien d’autre ne va, où je trouve encore un peu le sentiment d’exister.

(Journal – 1/06/1996)

Ce doit être un instrument de réflexion, de distance par rapport à soi qui permet non seulement de mieux se comprendre mais aussi de mieux comprendre autrui et le monde extérieur.

(Journal – 22/01/2001)

Je m’insurge toujours contre ceux qui voient dans la tenue d’un journal un exercice de narcissisme. Non, c’est juste une mise à distance de sa propre existence. La nécessité d’un regard pour comprendre, pour supporter, pour avancer.

(Journal – 11/07/2016)

[…] je me suis demandé quel intérêt a ce journal, autre que de rappeler des faits, de les situer dans le temps, de montrer leur implication sur nos existences. Le point de vue que j’exprime sur moi est aussi incomplet et subjectif que celui qu’autrui a de moi. Il n’est pas plus vrai. J’espère seulement qu’il est honnête. »

(Journal – 25/04/2023)

     C’est cela, aucune prétention, aucune importance personnelle, mais le souci de mieux se connaître pour mieux vivre avec les autres et être honnête. Peu importe la vérité, celle des faits, celle de la pensée qui sera toujours relative, n’en déplaise aux majorités qui n’en possèdent pas plus que les individus. Nous écrivons pour exister et parce que nous existons, nous devons transmettre cette expérience, en toute modestie.

*

Je lis dans Le Monde une série d’articles d’Annick Cojean, qui donne la parole aux femmes afghanes. L’horreur ! Comment peut-on encore espérer dans leur situation ? En 2011 aux débuts de La Pierre et le Sel, je consacrais un article, Nadia Anjuman, le danger de l'écriture à cette jeune poétesse, morte en 2005 sous les coups de son mari parce qu’elle écrivait de la poésie. Rien n’a changé et c’est de pire en pire.

C’est l’horreur que vivent ces femmes tant ce que les Talibans leur infligent légalement et concrètement ressemble à un « apartheid de genre » comme le définit Richard Bennett, un responsable des Nations Unies. À lire ces récits, ces témoignages, je suis révulsé. Non seulement je le suis pour les femmes elles-mêmes, mais je le suis aussi du fait de la honte que j’éprouve à appartenir au même sexe que ces hommes bourreaux si peu humains. Je voudrais pouvoir d’un claquement de mots renvoyer ces rebuts d’humanité que sont les Talibans à la honte d’exister. Honte aussi que nos politiques se réfugient derrière les méandres de la géopolitique pour ne rien faire contre cet inimaginable.

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » ( ELC )

 

Internet

23 août 2026

Goooal ! (4)

Malcolm

 

Janvier et février passent, trop vite, je trouve… Je m’entraîne quand même autour de chez moi, dans ma campagne, presque quotidiennement, souvent en compagnie de Shy ’m, l’adorable chienne Border collie de mon fils ( aîné et voisin ), Ewan. Dans ces sorties quasi quotidiennes, je parcours tout de même près de 300 km au cours de ces deux mois d’hiver, pas trop pluvieux, encore moins neigeux.

Un peu anxieux, je guette chaque jour, et « à l’horizon quinze jours », sur Météo-France, ces fameux « créneaux anticycloniques » de froid sec, que je prédilectionne/affectionne. Dans la dernière semaine de l’hiver dernier ( mi-mars ), je peux enfin repartir de Châteauroux. À noter que, désormais, je peux aussi gagner et revenir des villes de début et fin de mes sections en train et/ou en autocar sans devoir passer par la capitale, ni prendre et laisser ma voiture ici ou là !

Cette fois, je longe, puis pénètre dans le Parc naturel régional de la Brenne, à partir de Saint-Gaultier ( Indre ), en suivant la vallée de la Creuse et une de ces nombreuses « voies vertes », anciennes voies ferrées ( quel dommage, à ce propos, d’avoir supprimé ces belles liaisons secondaires intérieures ! ), assez rectilignes évidemment et certainement plus agréables à parcourir à bicyclette qu’à pied, mais dont la monotonie ( jamais excessive pour moi néanmoins ) est alors largement compensée par l’indescriptible explosion, aux plans visuel et auditif, du printemps.

J’atteins Le Blanc ( Indre ) le 20 mars. Notez que je n’ai pas osé écrire ici « je parviens ou j’arrive à Le Blanc », parce qu’en bon français, il me faudrait bien sûr écrire « j’arrive au Blanc » et que, allez savoir pourquoi, ça me fait un peu bizarre ! Ah, la langue française… Fin donc de ma 13e section. 1282 km, 60 étapes dans les pattes. Mais oui, ça y est, mon horizon s’éclaire, je vois le bout, ou presque…

Nouveau beau créneau météo, tout juste deux semaines plus tard, et me voici déjà reparti pour trois étapes d’une bonne vingtaine de kilomètres chacune. Dès le premier jour, j’entre dans la Vienne et dans ma région ( nouvelle ) de résidence, la Nouvelle-Aquitaine ( eh oui, avant 2015, je n’étais « que » pictocharentais, depuis je suis néo-aquitain, ça jette ! ). Tiens, à propos des Pictons ( ou Pictaves ) de mon Poitou d’adoption, je me suis demandé s’il y avait une relation ( ethnique ) entre eux et les Pictes d’Écosse. Eh bien, la réponse est négative. Ces appellations proches seraient tout simplement liées à la dénomination de ces deux peuples par le conquérant romain, et au fait que tous deux se peinturluraient la figure pour aller combattre l’envahisseur ( et, non accessoirement pour les Pictes, pour lui montrer leurs c… en soulevant leurs kilts : cf. le film Braveheart ).

Trois jours donc de marche vers l’ouest dans la Vienne, via les renommées cités de Saint-Savin et Chauvigny et, pour terminer, le village de Savigny-Lévescault, parce que c’est là que mon second fils, Kevin et sa compagne Marie habitent : ils viennent à ma rencontre et j’ai le plaisir de parcourir les derniers km en leur bien chère compagnie. Ils m’accueillent chez eux au terme de cette avant-dernière section ( la 14e ) et c’est donc de chez eux que je vais repartir pour le grand « finale ».

Pour ma dernière section, je ne me préoccupe plus de la météo, puisque, ayant fixé par avance ma date d’arrivée, il me faudra bien faire avec ! Avantage notable toutefois, je vais désormais bénéficier d’une « logistique externe » qui me permet à la fois d’alléger mon sac à dos dans la journée ( limité au casse-croûte de midi, à mon abreuvement – j’avoue m’être parfois autorisé un petit quart de rouge en sus de l’eau, juste pour l’énergie, bien sûr ! – et aux vêtements de… pluie ! ) et de ne plus dépendre de mes hébergements pour tracer mon parcours : grâce au taxi quotidien assuré par Nicole, ma petite femme dévouée, je vais pouvoir rentrer dîner et dormir à la maison tous les soirs et me faire reconduire le lendemain ( après un bon petit déjeuner pris au foyer ) là où j’en étais resté la veille. Une exception néanmoins à ce scénario le premier jour, le 29 avril. C’est l’anniversaire de Nicole ( elle me rattrape en effet chaque année en âge pendant trois jours, mais, dès le 2 mai, je reprends mes distances… ), et elle me rejoint ce soir-là pour le célébrer tous deux en dînant et passant la nuit ensemble à Vivonne.

Cette première étape de la dernière section faisait déjà 25 km, mais c’est la seconde, le lendemain 30 avril, qui sera la plus rude… J’hésite entre deux options : me faire récupérer par Nicole au village de Rom ( au km 19 ) ou bien à celui de Sainte-Soline au km… 29. Dans le premier cas, il me faudrait alors reporter les 10 km de différence sur la troisième et avant-dernière étape, qui passerait ainsi de 17 à 27 km, ce qui ne m’enchante guère. Je décide de… décider en chemin, en fonction de mon état de fatigue, et de prévenir ma dévouée petite femme de mon choix. À suivre ]

 

22 août 2026

Quelques chansons chères à mon cœur

Bernard M.

 

Merci à Elizabeth de nous avoir lancé sur une piste qui manifestement, a réveillé beaucoup de souvenirs musicaux chez celles/ceux qui écrivent sur ce blog. Je l’envie de pouvoir se chanter dans sa tête ces musiques pendant ses insomnies. J’en suis pour ma part bien incapable à la fois parce que j’ai oublié la plupart des textes et qu’en outre, j’ai toujours été incapable de reproduire un air, un handicap mystérieux que je peine à m’expliquer ( car, par ailleurs j’ai plutôt de la facilité pour attraper et reproduire accents, intonations et rythmes des langues étrangères ).

On était parti des chansons françaises. J’ai vu que, depuis la collecte s’était élargie chez certains au domaine non francophone, voire à des musiques qui ne sont pas des chansons. Je vais essayer pour ma part de me concentrer sur la chanson francophone, même si bien d’autres titres me viendraient dans le domaine anglo-saxon ou dans celui des musiques du monde.

Au début, lorsque j’étais encore chez mes parents, je baignais et appréciais les chansons à texte chères à la petite bourgeoisie intellectuelle dont ils faisaient partie. Des noms, quelques titres, je ne sais pas trop pourquoi ceux-là plutôt que d’autres, simplement parce que ce sont eux qui remontent à ma mémoire :

Brassens en premier lieu : Les copains d’abord, La mauvaise réputation, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète

Montand, dont j’ai toujours beaucoup aimé la voix. : Les feuilles mortes, À bicyclette

Barbara : Gottingen : L’aigle noir

Reggiani : Les loups sont entrés dans Paris

Ferrat : La montagne

Le soft power soviétique se manifestait à l’époque, notamment par les tournées des chœurs de l’armée rouge. Nous avions assisté à plusieurs de leurs représentations. Outre les classiques russes, Kalinka, Les bateliers de la Volga et d’autres, il ne manquait jamais de donner en français Le chant des partisans

Avec le début de ma radicalisation politique sont venus d’autres chanteurs :

Ferré : L’affiche rouge, Avec le temps, Les anarchistes

Ogeret chantant Aragon…

Mouloudji chantant Le déserteur de Boris Vian : là c’était en live, au début des comités Vietnam, au cinéma Monge, qui se trouvait dans cette même rue, à proximité du croisement avec la rue du Cardinal Lemoine, un cinéma qui a disparu, remplacé par un Monoprix. Un grand moment de ferveur. Je crois me souvenir qu’il avait donné la version pacifiste ( « prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer » ) alors que, bien sûr, nous préférions à l’époque la version combattante ( « prévenez vos gendarmes que je tiendrai une arme et que je sais tirer » )…

Colette Magny, qui me semble-t-il n’a pas encore été citée, et son merveilleux Melocoton, entendu en live lui aussi, mais je ne saurais plus trop dire où et quand…

J’allais oublier Léonard Cohen et Suzanne, pourtant écouté en boucle à une certaine période…

Et Forestier, San Francisco, lui aussi écouté en boucle…

Et Nougaro, bien sûr, notre toulousain ( la salle des fêtes de ma petite ville porte son nom ), Cécile ma fille et Toulouse, Ô mon Toulouse…

Allez, je ne résiste pas à sortir quand même un peu de la francophonie, ces deux-là ont trop compté pour moi : Bob Dylan Like a rolling stone et Joan Baez, Farewell Angelina et Gracias a la vida. Ça me plait de terminer sur cette chanson d’optimisme et sur cette grande folkeuse que l’on a pu encore voir récemment sur Arte avec la reprise d’un de ces concerts d’adieu, superbe vieille dame à la chevelure blanche et à la voix toujours puissante.

Bon, cette sélection au fond est tout ce qu’il y a de hasardeux… Ne serait-ce qu’en faisant défiler les listes des autres, je vois tant de titres que je voudrais rajouter à ma liste. Sans parler de celles/ceux que je ne connais pas, que je n’ai jamais entendues ou dont je n’ai pas gardé le souvenir. Mais c’est le dilemme de toute sélection, s’obliger à des choix que parfois on ne voudrait pas faire…

 

21 août 2026

10 chansons préférées

Claire C.

 

J’ai moi aussi trouvé très intéressante cette proposition, parce qu’elle m’a entraînée dans une exploration en marche arrière, à la recherche de ces chansons qui, à chaque écoute, ont gardé leur force émotionnelle, leur beauté, et qui ont compté pour moi. Chacune rappelle des souvenirs, des liens.

J’ai retrouvé dans vos propositions beaucoup de choses que j’aime tout autant, je pense au Plat pays de Brel, à Brassens presque tout, à India song de Marguerite Duras avec cette voix pensive de Jeanne Moreau… tant d’autres que vous avez citées.

J’ai essayé de chercher d’autres de mes préférences. J’ai choisi une des chansons de tel ou tel artiste, et bien souvent j’aurais pu en citer beaucoup. Mais j’ai respecté la règle du jeu et donc en voici dix, dans le plus complet désordre :

 

  • Claude Nougaro - pour moi qui suis en partie toulousaine d’origine, et pour la créativité de ses textes, vrais poèmes à mes yeux. Mais une chanson de Nougaro, et c’est vrai de toutes celles que j’ai choisies ici, c’est en plus des textes une voix particulière, une mélodie, et un accompagnement musical, en symbiose : C’est Eddy

 

  • Lhasa de Selva, que j’ai eu l’occasion de voir à Amiens lors d’une de se tournées, un spectacle absolument hypnotique. La chanson que j’ai choisie est illustrée d’un clip également superbe et mystérieux : Con toda palabra

 

  • Bertrand Belin : une chanson énigmatique extraite de l’album Hypernuit et dont l’intro rappelle qu’il a été pendant longtemps avant tout guitariste : Ne sois plus mon frère

 

  • Gérard Manset : peut-être celui pour lequel j’ai le plus de fascination ( mais le Manset d’avant, je n’aime pas trop ce qu’il produit depuis une dizaine d’années ). Talent protéiforme, complètement instinctif, tout est différent, natif ( y compris les fautes de français ) : C’est un parc

 

  • Paco Ibanez : souvenir d’une Fête de l’Huma où il était venu chanter. Franco n’était pas encore mort, et donc il était encore réfugié en France. Un chant au service des poètes de son pays : A galopar

 

  • Sophie Hunger : c’est toujours beau ce qu’elle chante. J’ai choisi sa version d’une chanson célèbre de Noir Désir : Le vent l’emportera, que je trouve meilleure que leur version à eux.

 

  • Cohen : souvenir d’un trajet en voiture où à la radio, le présentateur annonce : « Un jeune écrivain canadien qui commence à être connu également pour ses chansons » : Suzanne qui m’avait aussitôt éblouie… et ça a continué. Mais j’ai choisi Love calls you by your name, qui n’a pas encore été citée ici.

 

 

 

  • Lou Reed : j’ai choisi Ecstasy, dans le titre, toute l’ambiguïté de son auteur.

 

  • Et j’ai aussi choisi une chanson traditionnelle, anonyme : Aux marches du Palais. La version de Guy Béart.

Sophie Hunger

 

21 août 2026

Goooal ! (3)

Malcolm

 

Je suis toutefois encore bien loin d’être arrivé chez moi ! Je me trouve alors à Toucy, dans l’Yonne, d’où je repars au mois d’avril 2025 pour un objectif majeur de mon parcours, d’importance purement symbolique : la ville d’Aubigny/Nère, dans le Cher ( retour dans ce Berry cher – sans jeu de mots – à mon ami Alain D., mais cette fois bien dans le cadre de mon projet personnel initial ! Alain m’a quand même appris que sa maman y avait été institutrice au début de sa carrière à l’Éducation nationale, coïncidence, coïncidence… ).

Le 8, je fais étape à Saint-Sauveur-en-Puisaye ( Yonne ), où je pensais passer saluer Colette. Malheureusement, je n’ai pas été assez attentif dans ma préparation, et… zut, c’est vrai, on est mardi et… re-zut, musée fermé ! Même si on n’est pas dans le même registre, cette déception au plan littéraire sera un peu compensée par l’accueil qui m’est fait au gîte où je vais passer la nuit. J’y suis chaleureusement reçu par un vieux ( pardon pour lui ! ) rocker en blouson de cuir noir, musicien, compositeur et, non accessoirement… ancien directeur artistique de Claude François ! Il m’apprend dans le même temps qu’il a néanmoins fait des études de… comportementaliste animalier : tout mène à tout ! Lui et son épouse ( elle, britannique ) sont des hôtes charmants et, bon, c’est vrai que Colette est aussi tout de même très présente dans la déco de la maison ! Je les quitte avec le poids, en plus, sur mon dos de leur autobiographie à quatre mains, aimablement dédicacée ( Guy et Elizabeth Floriant, « Je hais la campagne… Ma femme adore ! » : toute une ambiance ! ).

J’aurais bien sûr des dizaines d’autres anecdotes rapportées de mon « aventure » à raconter, mais il faut non seulement que j’arrive au bout de celle-ci ( l’aventure ), mais aussi que j’en finisse avec ce billet déjà beaucoup trop long. Bon, je sens que c’est mal parti…

Allez, je repars quand même, et me voici arrivé, quatre jours plus tard, à Aubigny/Nère, terme de ma dixième section. Km 1085. Oui, et alors ? Eh bien, figurez-vous que si je suis passé par là et y ai fait étape, c’est juste parce que j’avais découvert tout à fait par hasard ( en y passant un jour en voiture, il y a déjà pas mal de temps, et en y découvrant des pubs « so british » – pour ne pas dire tout de suite scottish –, une cabine téléphonique rouge, des kilts et tartans divers en vitrine… ), que cette ville berrichonne avait été très longtemps ( pendant des siècles )… oui, écossaise ! Une véritable enclave dans le royaume de France. Voici ce qu’en dit Wikipédia : « Charles VII remit en 1423 la ville d’Aubigny à Jean Stuart de Darnley, le plus prestigieux des chefs de l’armée écossaise, qui lui permit de sceller une alliance à long terme durant la guerre de Cent Ans au nom de l’Auld Alliance ( traité d’aide mutuelle entre la France et l’Écosse conclu au XIIIe siècle ) ». Alliance pour, bien sûr, f… sur la g… de notre ennemi commun ( je déteste l’expression sportive : notre « meilleur ennemi » ! ) : oui, c’est ça, les zengliches !

Ce n’est qu’à l’automne 2025 que je repars d’Aubigny. Mais désormais, ça y est, c’est décidé, je dois et vais « tracer », tout droit ( enfin, presque… ) jusqu’à la maison ! Il me reste alors encore 18 étapes que je répartis en 5 sections, de 3 ou 4 jours. En plus, j’ai décidé d’arriver chez moi le jour de mon anniversaire. Le 75e… Il le faut ! Il ne me reste plus beaucoup de temps. Je sens que je ne dois plus tergiverser, si je veux atteindre mon but. Car, inutile de me voiler la face, ma « vieillerie » me ralentit toujours plus. Finies les sections de plus de 4-5 étapes et les étapes de plus de 25 km des débuts, je ne peux plus guère dépasser les 15-20 km. Et ce sont en fait les logements disponibles qui déterminent mon trajet et la longueur de mes étapes. Parfois difficiles à dénicher…

Je traverse la Sologne du nord au sud. La splendeur de la forêt à l’automne compense largement la rectitude monotone du GR 31, dont on ne peut s’écarter, car totalement captif des propriétés privées qui le bordent ( obligeant même parfois à un détour sur route goudronnée… ). J’atteins Vierzon ( Cher ) le 11 octobre et, à la section suivante ( la 12e ), Châteauroux ( Indre ), juste avant Noël. Mais quand sortirai-je enfin de cette infinie province berrichonne ? À suivre ]


 

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>
Mode d'emploi

Adresser votre texte (saisi en word, sans mise en page, en PJ à votre mail) à l'adresse :

apagds@proton.me

- Envoyez si possible une image (séparément du texte). Cliquez sur les images pour les ouvrir en grand
- Précisez sous quel nom d'auteur il doit être publié
- Merci de ne pas adresser de textes trop longs afin de laisser son dynamisme à la lecture. Des billets de 2000 à 4000 signes environ sont les plus adaptés à la lecture dans un blog.
L
es administrateurs du blog se réservent le droit de publier un texte trop long de façon fractionnée.


 

Archives