Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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Je n’ai jamais écrit pour le blog Grains de sel… ni même pour aucun autre blog. Membre de l’APA depuis une vingtaine d’années, j’exerce depuis 1996 mon métier d’animatrice d’ateliers d’écriture auprès de publics variés : des enfants, des adolescents, des adultes ; des personnes non francophones, des participants désirant publier, des personnes en maison de retraite, d’autres en maison d’arrêt, etc. Par ailleurs, je suis également auteure de textes de fiction.
En 2010, dans la maison d’édition qu’avait fondée Martine Levy, La cause des livres, est sorti mon livre Histoires d’écritures — voyage en atelier d’écriture. Martine connaissait mes ateliers – ceux que, durant des années j’animais aux journées de l’APA – et me faisait l’amitié de les apprécier. Elle était aussi lectrice des articles que je publiais dans la FAR, sur différents aspects de ma pratique.
Mes fils, qui sont maintenant de jeunes adultes, m’ont toujours vu créer des propositions d’écriture destinées aux participants de mes ateliers. Il y a trois ans, l’aîné m’a demandé « Quand tu seras morte, tu voudras que l’on fasse quoi de toutes ces propositions que tu as inventées ? ». Cette question n’était teintée d’aucun cynisme. Au contraire, il me signifiait qu’il savait la place et l’importance que mes ateliers avaient pour moi ; il en connaissait la valeur.
Bien qu’animant encore auprès de nombreux groupes, je savais que d’ici quelques années, je « lèverai le pied ». J’ai alors commencé à réfléchir à une façon de transmettre quelques-unes des (plus ou moins) 3 000 propositions d’écriture qu’au fil des années j’avais imaginées pour mes groupes.
La vie nous offre parfois de bonnes rencontres, celle avec la maison d’édition Ophrys en fut une.
Ainsi, en octobre 2025, sortaient les deux premiers livres de la collection « Et si on écrivait » ; collection consacrée à ma pratique :
un livre de 12 propositions d’écriture créative à destination des adultes ;
un autre, destiné aux enfants de 9 à 12 ans.
À propos de cet ouvrage : l’expérience m’avait permis de constater que si certains jeunes n’aimaient pas lire, ils étaient en revanche très actifs dans leur propre écriture. En atelier, cela ne pose pas de problème, car j’énonce à voix haute les propositions d’écriture. Comme je ne voulais pas que ce livre tienne à l’écart les enfants peu lecteurs, j’ai décidé – en accord avec mon éditrice, Julie Grilli – d’enregistrer l’ensemble du texte : chaque séquence d’écriture est donc accessible en audio via un QR code.
Deux autres livres vont sortir en octobre 2026, toujours dans la collection « Et si on écrivait ».
un destiné aux collégiens et lycéens ;
un autre concernant l’écriture biographique et autobiographique.
Livre pour lequel Delphine de Vigan me fait le cadeau d’une préface !
Ces quatre ouvrages ont été pensés et conçus dans l’esprit qui est le mien quand je travaille en compagnie des participants de mes ateliers.
Bien sûr, jamais la totalité de ce que j’ai inventé comme séquences d’écriture ne pourra figurer dans cette collection. Mais avec ces premiers livres et – je l’espère – les suivants, une partie de mon travail trouvera sur le temps long une nouvelle façon d’exister, ailleurs que dans mes groupes d’ateliers.
Nous avons quitté la Bretagne lundi matin à neuf heures. Temps somptueux de nouveau après une journée de dimanche plus médiocre, mais lors de laquelle il a un peu plu, ce qui n’est pas dommage et que l’on souhaite vivement aux habitants de Gironde et des Landes confrontés aux incendies.
Il a fallu vraiment s’arracher. Au moment de charger la voiture, nous avons eu envie de courir jusqu’à la plage et de faire un plongeon. Nous avons sagement renoncé pour tâcher d’arriver à Paris avant la circulation encombrée de la fin d’après-midi. Nous avons fait bon voyage, mais ces longs parcours en voiture me sont de plus en plus pénibles. Sur place une voiture est tout de même nécessaire, mais on pourrait privilégier la solution consistant à venir en train et à louer une voiture à la gare de Quimper.
Nous resterions bien tout l’été en Bretagne. Nous adorons de plus en plus ce lieu et ses multiples ressources naturelles et culturelles. Même si, comme je l’ai dit dans un précédent billet, ici aussi, il a fait inhabituellement chaud, il n’empêche que cela restait moins pire qu’à peu près partout ailleurs en France. Et puis, il y a la fraîcheur qu’offrent les longs bains de mer. Nous n’avons pas eu le temps de faire grand-chose de tout ce que nous avions prévu, ni l’exposition de Pont-Aven sur Camille Claudel et les autres sculptrices de la période, ni l’exposition sur les Sorcières à l’abbaye de Daoulas, un lieu que nous aimons particulièrement, pas plus que nous ne sommes allés marcher dans les bois de Roscouré le long de l’Odet ou le long d’autres plages en d’autres points du littoral qui ont toutes leurs caractères spécifiques. Bref c’était plutôt l’option farniente, plage et baignade…
Notre séjour parisien sera des plus courts. Nous nous envolons dès demain pour la Finlande. Je suis pour des raisons écologiques de plus en plus réticent à prendre l’avion. Il nous reste tant de lieux à découvrir à portée de train. Cependant l’invitation de mon beau-frère à aller le rejoindre chez sa sœur, qui est agricultrice au cœur de la Finlande des lacs, à 500 km au nord d’Helsinki pour une quinzaine de jours, ne nous a pas laissés indifférents. Ce sera l’occasion de côtoyer des modes de vie fort différents du nôtre et de plonger dans une nature bien moins impactée par l’homme que celle de nos territoires. Les baignades dans les lacs remplaceront les bains de mer, séances de sauna, vélo et marche à pied comme parties de pêche seront au programme, j’imagine. Nous avions déjà prévu un tel voyage il y a quelques années, mais au mois de mars, quand la durée du jour commence à prendre le pas sur la durée de la nuit, et qu’il y a encore de la neige, permettant des balades en ski de fond ou en raquette, mais cela ne s’était pas fait en raison de la maladie puis du décès de ma belle-sœur, à coup sûr cela aurait constitué une expérience encore plus dépaysante…
En attendant, je vais aller me rafraîchir dans une salle obscure. Et quel film ai-je choisi ? La chaleur. Barjo, le gars !
Quelle émotion en découvrant la mise en ligne, dès ce 25 juillet, de mon précédent billet (en deux épisodes), et ses nombreux commentaires amicaux et empathiques ! Deux jours avant (le 23), j’en avais envoyé la simple « proposition » à Pierre. Sur un coup de tête, ou plutôt un coup de cœur. Comme je l’expliquais à Pierre dans ma transmission, je venais en effet de recevoir, le week-end précédent, la visite de mon ami d’enfance Alain D., et en fouinant dans mes archives à la recherche d’un simple mail prouvant que je lui avais bien transmis, au début de l’année 2018, copie d’un texte déjà adressé à ma famille et déposé à l’APA (« Chacun à sa façon », APA 3563.30) – ce que je n’ai d’ailleurs honteusement pu réussir à lui prouver… – je suis (re)tombé « par le plus curieux des hasards » (on aura compris, en lisant mon précédent billet, que ce prétendu « hasard » ne cesse de me narguer et de me perturber…) sur ce texte rédigé le 6 décembre 2018, à l’occasion du 30e anniversaire du décès de ma mère, et adressé uniquement à ma famille : mes frères et sœurs (nous étions alors encore sept), mes enfants, petits-enfants, et mes neveux et nièces. Mon texte qui se voulait apaisant (?) (les tensions étaient déjà nombreuses et douloureuses au sein de notre fratrie…) était accompagné d’un montage vidéo « In memoriam » sur une musique personnelle (« So much pain », ballade plutôt sombre et solennelle, composée 15 ans plus tôt, mise en ligne sur YouTube, et qu’il m’est arrivé d’utiliser en d’autres circonstances, tristement similaires…). Pour un observateur extérieur, texte et vidéo manquent passablement d’indications sur l’identité des personnes y figurant, toutes membres de ma famille. Par ailleurs, la photo de ma mère en tête d’article n’était pas de la plus belle qualité (d’où celle rajoutée ici !) : c’était celle figurant (encore aujourd’hui) en médaillon sur la tombe familiale des Nimier à Saint-Brieuc. Avant d’épouser (et, plus tard, le regretter…) un écossais plutôt « compliqué », ma mère était née Jacqueline Nimier. Pour l’anecdote, cette tombe familiale voisine celle de l’écrivain Roger Nimier et de sa propre famille (son père était cousin germain de mon grand-père maternel). Dans son récit autobiographique « La reine du silence », sa fille Marie écrit que chaque fois qu’elle se rend sur la tombe de son père, il pleut… Je n’ai jamais osé proposer à ma lointaine petite cousine d’y aller ensemble car, pour ce qui me concerne, mes recueillements sous le ciel costarmoricain ont toujours été ensoleillés (ne dit-on pas qu’en Bretagne — tout comme en Écosse — il fait beau plusieurs fois par jour ? Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique, on risque même d’avoir du beau temps pendant plusieurs jours… n’est-ce pas, Bernard ?).
Dans mon mail de transmission, j’expliquais à Pierre (et je me permets de reproduire dans ce billet « explicatif » mes propres termes) que depuis l’aboutissement (réussi) de ma longue « randonnée mémorielle », le 2 mai dernier (cf. mon billet du 25 janvier), je me trouvais « en panne totale d’écriture (et de beaucoup d’autres activités…) » et que « pour tout dire, mon moral [n’était] pas des plus resplendissant… ». Mes projets de billets restent tout de même d’actualité et, si je parviens à m’y coller, ils contribueront certainement à me faire remonter la pente…
Je terminais mon message à Pierre ainsi : « C’est peu de dire que j’ai été vivement ému à la relecture de mes mots et les larmes me sont montées aux yeux. J’ai voulu partager cette émotion avec ceux et celles de ma seconde famille, l’APA, qui partagent leurs propres émotions sur ce blog, dont je ne rate pas un chapitre. »
Et c’est pourquoi, dans l’impossibilité actuelle pour moi de répondre à chacun des beaux commentaires qui m’ont été adressés, je me devais de rédiger ce petit billet de remerciements, du fond du cœur, d’une part à Pierre pour la mise en ligne immédiate de mon texte et à vous toutes et tous, chères et cher (à l’heure où je rédige ces mots), Anne, Nadpic, Christina, Maëlle, Wictoriane, Kata et Bernard, pour vos propres mots qui sont autant d’encouragements et de réconfort. Je ne raterais chacun de vos propres billets sous aucun prétexte ! Je m’y retrouve et, quelque part, ils me rassurent : je viens notamment de lire « Suis-je normale ? » et, chère Kata, sache que je me pose exactement la même question, et pour les mêmes raisons !
Je suis revenu dimanche du Festival Jazz in Marciac, que je fréquente depuis 35 ans et où j’ai pu pour la nième fois aller écouter, admirer, vibrer, devant Dieu lui-même (si, si ! Dieu existe, à mes propres yeux, bien sûr : celui des guitaristes !), Pat Metheny. Comme je l’espérais, et malgré une forte chaleur le premier jour, j’en suis revenu un peu requinqué, même si mon agoraphobie croissante (eh oui, je ne suis pas que « psammiophobe » !) me fait de plus en plus craindre ces rassemblements festifs (surtout, dans le cas de figure, peuplés d’une majorité de seniors… de mon propre acabit !), autant que la circulation routière estivale particulièrement dense (et lourdement empesée cette année, à notre retour, de ce ciel voilé et ces effluves aussi puissants qu’atterrants des lointains feux girondins…).
Ah, comme la musique fait du bien !
Mais, comme dirait Pierre (en écho à Elizabeth), « pourquoi je vous raconte tout ça ? ».
Bizarre que cet été avec la semaine du festival Voix Vives dont l’édition 2026 a été soumise à de flagrants manques de moyens. Cela s’est vu à la réduction du nombre de scènes, aux problèmes matériels à répétition, à l’impéritie des conditions de réception des poètes invités. J’ai essayé de traduire dans mes chroniques de La Pierre et le Sel, le plaisir des rencontres, le bonheur de nombre de textes qui font la force de la poésie contemporaine et donnent à espérer au-delà des contingences de toutes sortes.
Et puis ailleurs, ces incendies dramatiques dont on a senti les odeurs jusqu’ici, à des centaines de kilomètres, ces incendies qui traduisent inexorablement le réchauffement de notre climat, mais que personne n’a voulu voir venir, les politiques et les gens d’argent par intérêt cupide, nous pour s’aveugler dans notre confort matériel, dans un bien-être doucereux, dans une soumission faussement rassurante à une pérennité des choses qui n’existe pas.
En septembre, nombre d’entre nous seront près de Toulon pour un long week-end d’échanges. La nature sera au cœur de ces derniers. Celle que nous célébrons, celle que nous défendons. L’actualité leur donnera plus que jamais de poids et j’espère que toutes les contributions reçues dans ce sens renforceront nos espérances et participeront d’un optimisme difficile à croire, mais qui reste la seule source de vie.
Car, dans cet entre-deux d’incertitudes et d’appréhensions, je continue de recevoir vos billets, mes amis, et je m’en réjouis à chaque fois. Dans ce temps estival, vous continuez à garder l’énergie des mots, la vivacité de vos convictions (n’oubliez pas d’aller lire les commentaires après chaque article, même s’ils n’apparaissent pas assez dans la page d’accueil !), l’émotion universelle de vos souvenirs, le plaisir du partage.
Il y a deux jours, nous étions sur les berges du Canal Royal, en train d’assister à un tournoi de joutes nautiques qui opposaient, barque bleue contre barque rouge), les poids lourds de ce qui reste un sport, mais qui s’habille de traditions entre coutumes désuètes et beuveries festives. À voir ces jeunes hommes se percuter violemment avant de se retrouver dans l’eau, je ne sais ce qui prime en moi du spectaculaire joyeux ou du refus de cette violence physique, ici sous les atours de la tradition, mais partout exacerbée pour notre plus grand mal !
Suis-je normale ? C’est la question qui me taraude en ce moment.
Il y a tellement de malheurs divers et variés autour de moi ou dont on parle à la radio et à la télé, que j’ai l’impression de ne plus pouvoir ni écouter ni voir. J’ai de plus en plus le réflexe de tourner le bouton et mettre de la musique. Pourtant, je ne suis pas sure que la musique adoucisse les mœurs, les miennes, certainement, mais le feu, en a-t-il ?
Le feu a comme une tendance à envahir notre espace vital, sinon, il ne serait pas aussi dangereux. Avec la sécheresse, la végétation brûle, des maisons sont réduites en cendres, le feu semble inarrêtable, notamment dans les Landes, la région de Bordeaux. 220 000 personnes déplacées, 42 000 hectares brûlés, et ça continue. Les autres incendies, tout aussi dramatiques dans le Var, par exemple et ailleurs, sont un peu moins importants.
Photo La Montagne
Que disent les pompiers ? Manque de matériel, parce qu’aucune véritable anticipation n’a eu lieu malgré les mises en garde des spécialistes sur le changement de la nature même du climat. Les pompiers, eux, sont sur le terrain, ils savent mieux que les ministres qui blablatèrent sur les plateaux télé.
Et maintenant, je n’en peux plus, je ne peux plus voir les gymnases transformés en dortoirs, les gens hébétés, ceux qui savent qu’ils ont déjà tout perdu, ceux qui ne savent pas s’ils retrouveront leur chez-eux. J’ai vu une dame très âgée pleurer parce que sa maison était toute sa vie et elle ne savait pas si elle la retrouverait entière. Je vois tous ces merveilleux bénévoles s’affairer à apporter leur soutien moral et en matériel, en nourriture, en jouets pour les enfants, etc. Heureusement qu’ils sont là. Sans parler de tous ceux qui aident les pompiers.
On ne sait pas encore partout comment les feux sont partis. Est-ce que des humains, par volonté ou négligence, ont pu les allumer ? Sont-ils contents du résultat ? Ils sourient en se regardant dans une glace ? Même pas honte ?
Mais il y a aussi des malheurs particuliers.
Un jeune qui ne plaisait pas à un chauffeur de bus et celui-ci a appelé les gendarmes. Le jeune, sans papiers, a été arrêté, mis en garde à vue jusqu’à ce que l’Obligation de Quitter le Territoire Français, envoyé par la Préfecture, signée par la préfète, arrive à la gendarmerie. Il a pu sortir tenant le papier à la main. Heureusement il est suivi par une marraine qui a averti un avocat. J’espère que le tribunal lèvera l’OQTF, ce jeune a une promesse d’embauche dans un métier en tension.
Une dame française très malade m’a appelée ce matin. Elle doit être expulsée de son logement social (?) parce qu’elle a des difficultés à payer son loyer en ce moment. La préfète a donné son accord. C’est vrai, quoi, cette dame a un nom étranger !
Et d’autres, et d’autres, et encore d’autres. Et on m’appelle à l’aide alors que j’ai été virée de l’association, dans laquelle j’étais bénévole. Pfff, j’ai eu le mauvais esprit de faire remarquer que les statuts n’étaient pas respectés dans une circonstance très particulière.
Et je ne parle pas des guerres diverses et variées et des massacres de populations
Il faut arriver à tout oublier, comme hier, où nous avons organisé un repas de famille, une petite partie, à douze quand même, fort sympathique, où chacune et chacun a pu oublier un instant, les problèmes qui taraudent chacune et chacun d’entre nous.
Photo Eurosport
J’ai envie de me recroqueviller, de fermer mes yeux et mes oreilles, ne plus entendre et voir la misère du monde, particulièrement du petit bout dans lequel je vis.
Un demi-million de personnes a assisté au Tour de France à la montée de l’Alpe d’Huez. Elles étaient encore certainement plus nombreuses à Paris, à Montmartre et sur les Champs Élysées.
Alors, pourquoi je réagis comme ça ? Pourquoi ai-je envie de me recroqueviller, alors que d’autres savent s’amuser ?
Je mets la musique à fond, retour à mes origines, je suis juive par héritage, aurait dit Maurice Rajsfus.
La nature, je l’ai dit dans un billet il y a quelque temps, pour moi, s’exprime avant tout par l’arbre et par la forêt. C’est en me promenant en son sein que je me sens en nature, même si je sais très bien que la forêt que nous parcourons est une forêt bien éloignée de la forêt originelle, qu’elle est largement modelée par l’homme (sans parler même de ces forêts de pins landaises, totalement artificielles et qui aujourd’hui brûlent comme des torches).
Mais un autre espace me fait me sentir en nature, c’est le bord de mer. Bien sûr, là aussi, la trace des activités humaines est bien présente. Les ports et bien des littoraux largement et parfois outrageusement construits sont modelés par l’homme. Toutes les côtes cependant, ne sont pas trop envahies, par exemple, dans le secteur où nous sommes où de larges portions du territoire appartiennent au Conservatoire du littoral qui empêche l’urbanisation à tout crin. Et puis même là où ce n’est pas le cas, il suffit de se tourner vers le large et là, l’immensité est en elle-même une réponse. Bien petits, les hommes et les navires, ou même les paquebots, ou même les gros tankers, qui s’y déplacent au long des routes maritimes, de minuscules coques de noix. Je sais bien sûr que, même dans cette immensité, une influence humaine délétère peut être présente. Bien des milieux marins sont affectés, les rejets de déchets plastiques étant la cause de pollution la plus massive et durable, donnant lieu en certains endroits à des accumulations gigantesques au point que l’on a pu parler de la création d’un « septième continent ». Il n’empêche, on a beau savoir tout cela et s’en désoler, lorsqu’on est devant l’océan, fort heureusement, on ne le ressent pas, on sait que l’on est devant la nature et face à sa puissance de toujours.
C’est vrai lorsque je regarde la mer et m’y baigne depuis la plage toute proche de chez nous. Mais c’est encore plus vrai lorsque nous allons à une trentaine de kilomètres d’ici, comme nous le faisons au moins une fois chaque année, sur l’immense plage qui court tout au long de la baie, de Penmach à Audierne. Là je me sens à l’Océan. Plein ouest, sans le moindre obstacle jusqu’à la lointaine Amérique, nous recevons de plein fouet l’air chargé d’embruns et les grandes houles d’ouest. Le rocher de la Torche qui s’enfonce dans l’océan et fait face à ses assauts est un lieu privilégié pour voir descendre le soleil sur la mer, la saluer, tandis qu’il s’en va éclairer un nouveau jour en Amérique (enfin l’astre ne bouge guère, c’est le mouvement de notre petite terre qui nous fait plonger dans la nuit). J’aime me baigner là aussi. Habituellement on ne nage pas vraiment ici on se contente plutôt de se faire rouler par les vagues déferlantes ou de se laisser glisser, allongé sur une planche (le lieu est aussi très fréquenté par les surfeurs). Cela dit, là aussi, cette fois-ci, c’était atypique, exceptionnellement calme, pas de houle et nage tout à fait possible. Bon j’en ai profité, mais il manquait tout de même quelque chose de ce qui fait le piquant habituel du lieu.
Cela dit le coucher de soleil fut particulièrement somptueux. Le plus souvent, même par beau temps, on ne voit pas le soleil plonger vraiment dans la mer, il disparait plutôt juste au-dessus d’elle, dans une bande de brume ou de nuages bas sur l’horizon. Cette fois-ci, pas le moindre écran, un pur soleil directement dans un pur océan… Quelle beauté ! Qui devait aussi subjuguer nos lointains ancêtres lorsqu’ils le contemplaient ou l’adoraient depuis le petit tumulus construit au sommet du rocher…
Par opposition à ce lieu si ouvert vers le grand large et ses tumultes, nous ne qualifierons pas d’océan le lieu où nous descendons quotidiennement pour nous baigner. C’est à la mer que nous allons faire nos longueurs, puis nous poser sur le sable. Quoique, en vérité, ce soit bien le même océan… sans majuscule cette fois !
Les feux, la chaleur qui va revenir, les hommes et leurs armes en illimité. Difficile de respirer cet été !
M’est venue ce matin en écriture, une scène de vie légère, une bouffée d’air frais dans toutes ces inquiétudes.
« Avec des noyaux d’abricots ! »
Une adorable employée d’un institut de beauté me fait cette réponse. Ces établissements ne me voient pas souvent, côté codes que je ne possède pas : il faut appliquer ceci pour cela, il faudrait enlever, ajouter, bref, côté travaux à faire sur ma personne et mon renoncement, ma non-envie de la norme absolue, mes finances, la carte de fidélité est obsolète.
Mais parfois, quelques gestes pros. sont bienvenus.
Et voilà que cette jeune fille me dit qu’ils vendent des noyaux d’abricots pour faire des « gommages ». Bête noire depuis l’adolescence, quelques jours seulement à pouvoir porter une robe tant ces poils se cachent et les crèmes, les gants qui grattent n’y peuvent rien.
Dans cet antre de la beauté formatée, ils vendent des… noyaux ! Évidemment, j’ai envie de plaisanter : Combien le kilo, je vous en mets des bien mûrs ? Je me contente avec humour, de lui demander s’ils ont quelque chose de spécial ou si je peux faire la même chose avec les noyaux des fruits que je comptais aller acheter sur le marché ! Pas sûre que sa patronne ait apprécié, mais elle me dit sans hésiter que c’est exactement pareil.
Et là, après un tour aux halles, me voilà en action.
Quatre jours après, une semaine après, j’en pleurerais, c’est magique. Depuis plus de 50 ans, je galère avec ça et une caresse d’abricot était simplement LA solution, douce, très douce, pas chère, naturelle.
Ma sœur me dit « Mets-en au congélateur ! » On rit.
J’ai depuis fait un petit stock pour l’hiver, ça évitera parfois de porter des collants opaques !
Je demande à Richard s’il a déjà essayé de me joindre avant et il me répond que non, qu’il n’a pas pu le faire plus tôt. Je réalise alors que j’ai quitté cette soirée où je me trouvais, presque sans raison, et que je suis rentré de l’autre bout de la ville pour arriver pile à l’instant où il m’appelait enfin pour le faire, pile pour décrocher le téléphone qui sonnait, pour moi, derrière la porte ! Pur hasard ? Ou bien mystérieuse force attractive qui m’avait ramené à la maison ? Si ce n’est elle qui en était « l’instigatrice », Maman aurait sûrement adoré cette histoire !
La veille (ou le jour même ?) du coup de fil de Richard, j’avais joint Nicole au téléphone à Nantes, où Maman projetait de lui rendre visite dans les jours suivants.
La visite n’eut pas lieu…
À N’Djamena, après la très mauvaise nuit qui suivit l’appel de Richard, mon temps (et mon cerveau…) ont été totalement occupés par l’annonce à mon employeur, à mes collègues et amis, de mon retour précipité en France (tout le monde se montre bien sûr compréhensif) et par la recherche d’un vol et d’un billet d’avion pour Paris.
Je ne me souviens pas dans le détail des péripéties et du timing de ce voyage, mais j’ai dû quitter N’Djamena le jeudi 8 par un vol Ethiopian Airlines pour Dakar, où je me suis fait bien aimablement accueillir et héberger une nuit chez un autre collègue et ami vétérinaire (ça sert, la confraternité !), Giles G. et sa femme, Joëlle, et où j’ai pu attraper le vendredi matin une correspondance Air France pour Paris.
Mon vol Dakar – Paris fut proprement « redoutable »… La moitié de l’appareil semblait occupée par des « Club-Médistes » particulièrement excités au retour de leur bienfaisant séjour sous les tropiques, buvant et chantant à tue-tête dans la cabine ! Je garde le très pénible souvenir de tous ces « GM » et « GO » survoltés, hurlants en cœur le dernier tube de Mylène Farmer « Pourvu qu’elles soient douces » 1. Car moi, j’entends seulement « pourvu qu’elle soit douce », en pensant à… la fin de Maman.
Je m’enfonce dans mon siège et me mure dans mon chagrin. Je commande du vin et picole dans mon coin. La tristesse me submerge et je pleure une bonne partie du voyage…
James m’attend à Roissy.
Nous filons chez la tante Hélène, rue Lecourbe dans le XVe, là où Maman est partie, à l’heure du thé (ce moment qu’elle aimait tant), une tasse à la main – ai-je entendu dire – en présence de sa sœur et de son cousin François2.
Là où maintenant, je vais devoir assister à sa mise en bière…
Ma tante m’entraîne vers la pièce où Maman gît. Je l’entends encore me dire :
Regarde, tu vois comme ta Maman est belle ?...
[Plus tard, je tomberai par hasard – en feuilletant un livre – sur une horrible photo polaroïd de Maman sur son lit de mort, que cette timbrée avait osé prendre… et glisser discrètement dans le livre à notre intention ?]
Le jour des obsèques, le lundi 12, avant la fermeture du cercueil, je vois André, notre aîné, se baisser pour embrasser Maman sur le front. Moi, je n’ai pas ce « courage » d’un dernier contact, pour un adieu…
Ensuite, il y a ce « Boléro » de Ravel que Maman avait demandé pour « l’occasion » (peut-être n’avions-nous pas compris que c’était de l’humour ?!…). Il résonne toujours péniblement dans ma tête.
Au crématorium du Père-Lachaise, nous assistons à l’incinération de notre mère. Y compris à sa « mise au four », avec cette mise en scène en grand technicolor de l’entrée du cercueil dans les flammes (purificatrices ?)… Comment peut-on proposer à des êtres humains un tel spectacle ?! Comment y ai-je, psychologiquement, survécu ???
Nous nous sommes ensuite « partagés » les cendres de Maman pour les disperser dans certains des lieux qu’elle avait aimés.
André le fera en Écosse, tandis que James et moi ferons un rapide saut en Bretagne pour en répandre une poignée dans le jardin des « 4 Vents », avant d’aller déposer l’urne dans le caveau de la famille Nimier au cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc, où reposent également, entre autres, la mère, le père et le grand-père de Maman3.
Par-delà le décès de Maman au mois de décembre, 1988 restera une des pires années de ma vie, définitivement gravée dans mes souvenirs.
Car, six mois avant Maman, au mois de juin, c’était ma tante Jacqueline4 qui s’en était allée, sans que je puisse alors revenir du Rwanda pour assister à ses obsèques à Sommecaise ; tandis que, moins de deux semaines après celles de Maman, Nicole et moi devions encore nous rendre à Lyon aux obsèques de notre amie Cécile V., emportée par un méchant cancer du sein, dans la trentaine…
Nous avions connu Cécile en Haute-Volta et quand Maman était venue nous y rendre visite en 1983 (en utilisant Le Point-Mulhouse, une compagnie charter bon marché qui reliait Paris à Ouagadougou en deux temps, d’abord par autocar de Paris à Lyon, puis par un vol affrété de Lyon à Ouaga, et vice versa au retour !), j’avais demandé à Cécile, parce que j’avais trouvé Maman très fatiguée par son voyage aller (et peut-être aussi par la température difficile à supporter tout au long de son séjour à Ouaga !), si elle pouvait la recevoir chez elle à Lyon pour une nuit et lui faire prendre le lendemain un de ces fameux TGV qui commençaient alors à circuler entre Paris et Lyon. Quelle ne fut pas la surprise de Maman, accueillie très gentiment par Cécile à l’aéroport, de découvrir que notre amie habitait dans la rue des Remparts d’Ainay, à seulement quelques pas de son lieu de naissance ! Décidément, le hasard se montre parfois bien facétieux…
Suite à quoi, je me suis plu (en mode humoristique, bien sûr, pour l’agnostique que je reste…) à imaginer que Maman, partie neuf jours avant Cécile, avait peut-être pu l’accueillir à son tour à son arrivée « là-haut » (au cas où il y aurait un « là-haut »…) pour la remercier.
À ces trois décès de l’année 1988, se surajoutèrent l’année suivante ceux, en pleine jeunesse, de mes amis Stefan G. (guitariste dont je venais juste de faire la connaissance au Tchad) et Jean-Marc D. (ex-collègue et complice d’aventures à Kigali), le premier explosé dans le ciel du Ténéré quelques instants après le décollage de N’Djamena du DC10 d’UTA (traumatisme longtemps irrémissible pour moi…), le second explosé en moto, plus prosaïquement, sur la rocade de Toulouse…
Oui, ce furent véritablement deux très sombres années de ma vie…
Quelques jours après le décès et les obsèques de Maman, Annick, Yvric et Loïc, Yvette, Richard et Nathalie5, vinrent partager Noël avec nous à Mortefond chez les parents de Nicole.
Dès le lendemain, le 26 décembre au soir, j’ai repris, seul, un avion pour rejoindre N’Djamena…
Le beau sapin de Nordmann, que Georges avait acheté pour ce Noël-là, a été planté dans notre jardin, et, en terminant la rédaction de ces quelques pages, ce 6 décembre 2018, je peux aujourd’hui continuer de le contempler par la fenêtre de mon bureau…
Sorti le 12 septembre 1988 et jugé licencieux !
François Bertein.
Suzanne « Mamine » Ragache (1894-1978), André Nimier (1889-1921) et Henri Nimier (1857-1938).
Cela faisait moins d’un mois que j’étais arrivé à N’Djamena. 24 jours précisément… Après le Rwanda, la signature de mon nouveau contrat sur un projet au Tchad avait beaucoup tardé et ma famille était restée en France. Les enfants étaient scolarisés à Nantes.
Pour rejoindre la capitale tchadienne, je devais initialement prendre le vol UTA du jeudi 10 novembre et, dans cette perspective, j’étais arrivé la veille chez les Woodall à Crespières, car c’est Richard, mon beau-frère, qui devait me conduire à l’aéroport. Maman était venue aussi chez eux, pour me dire au revoir. Maman n’exprimait jamais beaucoup ses émotions et au moment du départ, comme tous les ans depuis que je travaillais et vivais en Afrique, au cours de nos embrassades d’usage, il lui fallait toujours ajouter à ses souhaits ordinaires de bon voyage et bon séjour un « je ne sais pas si on se reverra, mon grand… », à caractère un peu machinal et incantatoire, auquel je répondais tout aussi machinalement « oh ! Maman, s’il te plaît… ». Maman faisait simplement allusion à son âge (là, elle n’avait pourtant « que » 74 ans) et au poids toujours croissant des ans que ma lointaine expatriation et mes voyages annuels venaient lui rappeler avec une trop grande fréquence et régularité, selon son point de vue, tandis que moi qui n’ai jamais raffolé de l’avion (c’est un euphémisme…), j’y voyais surtout mon risque personnel (infinitésimal, mais non nul 1) de tirer bêtement ma révérence dans un crash aérien !
À l’époque, nous n’étions pas prévenus par mail ou par SMS du retard ou de l’annulation d’un vol et ce n’est qu’en arrivant à Roissy CDG que j’ai découvert que c’était le cas de mon vol pour N’Djamena. Je suis donc revenu à Crespières avec Richard, à la grande surprise de tout le monde évidemment (encore une fois, dans ce monde que les jeunes de moins de trente ans n’ont pas connu, il n’y avait pas de téléphone portable, mais seulement ce qu’on appelait des « cabines téléphoniques », qu’il fallait trouver si l’on avait à prévenir les siens ou ses amis d’éventuels changements de programme…).
Mon vol avait été retardé de 48 h et reporté au samedi suivant, le 12 novembre.
Pour ce second départ, Maman et moi nous sommes à nouveau embrassés. À nouveau sans véritable effusion. Le rituel s’est toutefois encore imposé :
Maman : « Je ne sais pas si… ».
Moi : « Oh, Maman… »
Mais cette fois je remarque que ses beaux yeux bleus sont plutôt brillants, et même carrément humides…
Car, aussi incroyable que ça puisse paraître, et à l’exception d’une seule et unique autre fois (je ne dirai pas laquelle ici), je n’ai personnellement pas le souvenir de n’avoir jamais vu pleurer Maman. Pourtant, elle en aura eu bien des occasions dans sa vie… Le faisait-elle secrètement ? En tout cas, jamais devant moi.
À moins que, d’avoir tellement fait mine de ne pas le remarquer, j’aie préféré l’effacer de mes souvenirs…
Toujours est-il que, en cette mi-novembre 1988, Maman et moi nous nous sommes dit « au revoir »… deux fois.
À N’Djamena, loin des miens, je me sens bien seul pour affronter mon nouveau quotidien, professionnel, social, familial.
Heureusement, j’y ai été accueilli chaleureusement par de très bons amis, Jean M., un ingénieur agronome connu à Kigali, et sa femme brésilienne, Leyla. Lui travaille maintenant à la DCE (Délégation de la Commission européenne). Ils m’ont offert l’hébergement chez eux, en attendant que je me trouve un logement (pas facile à N’Djamena, qui se relève à peine du conflit tchado-libyen et de la dernière guerre civile, dont la capitale conserve encore les stigmates sur de nombreux bâtiments et maisons du centre-ville).
Outre l’attention particulière dont je bénéficie de la part de Jean et Leyla, je fais aussi l’objet de multiples invitations amicales et professionnelles, à déjeuner, dîner ou prendre l’apéro, chez des collègues de travail ou de nouvelles connaissances, notamment les vétérinaires français du ministère de l’élevage et du laboratoire de Farcha (assez nombreux à l’époque). Parmi eux, Philippe C., le conseiller de « mon » ministre, et son épouse, Annie, me seront en particulier d’un grand soutien et réconfort au cours de la pénible année qui va suivre…
J’ai aussi déjà fait la connaissance au Ministère et sympathisé avec un ingénieur, Philippe D., qui, comme moi, dans ses loisirs, « gratouille ». Dans l’objectif de jouer un peu ensemble et d’explorer nos répertoires musicaux respectifs (en pleine période finger-picking), lui et sa femme, Martine, m’ont invité à dîner ce mardi 6 décembre…
Depuis mon installation chez eux, Jean et Leyla m’ont confié un double des clés de leur maison, pour faciliter mes allers et venues, et ce soir, nous étions tous de sortie, chacun de notre côté.
Le dîner terminé chez Philippe et Martine – relativement tôt dans mon souvenir –, lui et moi nous sommes installés au salon avec nos instruments pour boeuffer tranquillement, avec ce plaisir partagé de nous faire mutuellement découvrir nos morceaux préférés du moment et confronter nos (modestes !) techniques guitaristiques dans le registre commun de nos playlists personnelles.
Les « guitarophiles » le savent (autant que ceux qu’ils agacent ce faisant !) ce genre de soirée peut facilement se prolonger, jusqu’à pas d’heure… Je sais personnellement de quoi je parle !
Et pourtant…
Je ne saurais dire au bout de combien de temps cela s’est produit. Une petite heure peut-être, dans mon souvenir (forcément déformé). Très peu de temps en tout cas en considération de la longueur possible de la soirée initialement envisagée.
Assez brutalement, et incompréhensiblement, compte tenu du réel bon temps que je suis objectivement en train de prendre avec Philippe, je ne me sens « pas très bien », sans que je puisse préciser la nature de cette soudaine indisposition. Je suis comme envahi par une sorte de profonde « lassitude », qui me fait annoncer à Philippe, légèrement interloqué et déçu, que je dois m’arrêter de jouer et souhaite rentrer me coucher. Je n’en suis pas certain, mais il devait être aux environs de 21 h 30, heure pas vraiment tardive, même pour un mardi soir d’une semaine de boulot !
Je mets ça sur le compte d’un gros coup de fatigue lié au stress permanent que je subis depuis ma prise de fonction au ministère de l’élevage, et je ne peux que m’excuser platement auprès de mes hôtes.
Je rentre donc à la maison, dans un état très bizarre, surtout pressé de me mettre au lit et, si possible, de m’endormir vite…
Arrivé chez Jean et Leyla, qui ne sont pas encore rentrés, j’introduis la clé dans la serrure de la porte d’entrée, au moment même où j’entends sonner le téléphone à l’intérieur de la maison !
Je ne suis pas chez moi et j’hésite à répondre… Pourtant, je me précipite pour aller décrocher !
Allô ?
[voix d’homme] Excusez-moi… je voudrais parler à Malcolm, d’urgence.
C’est moi…
C’est toi, Malcolm ? C’est Richard…
…
Il me faut quelques petites secondes pour réaliser qu’il s’agit de mon beau-frère.
Il poursuit :
Malcolm, il faut que tu sois fort…
Petite phrase qui résonne encore dans ma tête aujourd’hui…
En quelques infimes secondes de plus, je comprends que, si mon beau-frère m’appelle à N’Djamena depuis la France, vers 22 h, un mardi soir, c’est qu’il se passe quelque chose de grave. Et même sûrement très grave. Mon cœur se met à cogner dans ma poitrine et mes jambes à trembler. J’ai juste très peur, une peur horrible de ce que je vais sûrement devoir entendre me dire… Et moi, j’imagine alors le pire. Et le pire que Richard pourrait m’annoncer à moi, là à cet instant, c’est…
C’est qu’il soit arrivé quelque chose à un de mes enfants ! L’inacceptable, l’insupportable, par-dessus tout. Oui, c’est ça, il a dû arriver quelque chose à un de mes petits ! Non, ce n’est pas possible…
Je suis sur le point de m’effondrer. Mes jambes ne me portent plus.
Malcolm ?... Ta Maman est partie.
Comment ?
… ta Maman nous a quittés, Malcolm. Aujourd’hui…
Et Richard me parle, m’explique qu’il est chargé par la famille d’annoncer à tout le monde le décès de notre mère, dans quelles circonstances elle s’en est allée, etc.
Moi, je l’écoute et – comment comprendre ce qui se passe à ce moment-là dans ma tête ? – au lieu de m’effondrer, pour de bon, à l’annonce qu’il me fait de la disparition de celle qui m’a mis au monde, j’éprouve alors comme un étrange soulagement !
« Alors… ce n’est pas mon enfant ? C’est ma mère ?… C’est ma mère ! ».
Certes, le soulagement durera peu. Juste quelques instants. Mais je n’oublierai jamais ce curieux « choix », fugace, mais terrible, de mon cerveau, mon inconscient, mon subconscient – et cette sorte de honte qui lui reste associée dans mon souvenir – qui, pour me (se ?) soulager, m’aura fait « préférer » (à celle d’un enfant), et surtout accepter aussi « facilement », la disparition d’une mère…
[à suivre]
L’attentat contre le DC10 d’UTA moins d’un an plus tard (vol UT-772 N’Djamena-Paris, le 19 septembre 1989, dans lequel un de mes amis allait partir « en lumière »), allait me conforter péniblement dans mon appréciation…
Notre séjour breton se poursuit sous les meilleurs auspices. Le temps reste magnifique, quoiqu’un peu plus breton, enfin à peine. Les températures ont un peu régressé, exit le ciel trop blanc et trop immobile, un léger vent s’est levé, quelques nuages passent parfois dans le ciel. Pas une goutte de pluie cependant, au grand dam de mon neveu, qui est maraicher à une trentaine de kilomètres d’ici, en bordure de baie d’Audierne, et dont la production souffre de cette sécheresse après avoir souffert d’un excès d’eau au printemps.
Pour l’instant nous n’avons guère bougé, à part justement une visite et un sympathique dîner chez mon neveu. Nous restons sur place, petites courses à la supérette du coin et au marché du mercredi, rituel des marches et baignades sur la plage, deux fois chaque jour, une fois en fin de matinée, une fois en soirée, mes deux cents brasse coulées réglementaires à chaque fois, plus quelques longueurs de dos et de crawl, le reste de la journée, siestes, lectures, écritures…
Hier, tout de même, nous avons pris le temps de sortir de la cave nos vélos, de les retaper sommairement (nettoyage, regonflage, graissage). Ce sont de très vieux coucous, fort inconfortables, mais qui peuvent convenir pour les quelques kilomètres que nous leur demandons dans notre usage ultra local la boulangerie, la supérette, la voie piétonne et cycliste en arrière de la plage qui mène jusqu’à Ile Tudy ou le cheminement pour rejoindre le bourg de Combrit en suivant l’Odet. Nous avons fait le parcours jusqu’à la pointe d’Ile Tudy, une douzaine de kilomètres aller et retour et parfaitement plat. N’empêche, nous avons trouvé cela bien fatigant, d’autant qu’au retour, une malencontreuse crevaison nous a contraints à effectuer le dernier kilomètre en poussant mon vélo, le plus lourd (celui qu’on appelle « le tracteur »). Et ce matin je me suis réveillé recru de courbatures ! Effet de la vieillerie ? Fatigue accumulée à cause de la canicule ? Peut-être une conjonction des deux…
Dans cet écoulement tranquille des jours s’est glissé cependant un moment un peu particulier. Nous avons assisté à la création en direct d’une œuvre du peintre Paul Bloas. La performance a été annoncée, des gens arrivent de partout devant le fort de la Pointe, une massive construction du Second Empire qui est désormais l’été un lieu d’exposition, quelques rangées de sièges ont été installées en face d’une grande toile blanche, d’autres personnes s’assoient dans l’herbe ou restent debout dans la petite bande d’ombre offerte par le mur du fort. L’artiste s’affaire à préparer ses couleurs, ses rouleaux, ses brosses et ses pinceaux, tandis que s’installe son comparse musicien, qui rythmera sur sa guitare électrique la progression de la performance, dite « ligne de front ». C’est parti. Apparaissent d’abord des formes purement abstraites d’où surgissent ensuite deux personnages massifs dont se précisent peu à peu les visages. Grimpé sur un escabeau, l’artiste les fignole, les dote de regards. Par moments, au contraire, il se recule, s’éloigne pour apprécier de plus loin l’impression d’ensemble. Il rajoute de grands coups de rouleaux, les personnages se transforment, l’œuvre recouvre l’œuvre. Se succèdent des moments paisibles, il caresse sa toile et d’autres moments au contraire pleins d’énergie où il semble la brutaliser et sur lesquels le complice musicien balance des riffs stridents. Au bout d’une heure et demie, il semble satisfait du résultat, il vient saluer devant la toile rejoint par son comparse, renforçant l’aspect quasi théâtral de la performance.
Le lendemain nous sommes allés visiter l’exposition du fort où sont présentées de nombreuses autres œuvres de l’artiste. La technique semble à peu près la même dans presque toutes ses toiles dans lesquelles on retrouve souvent le même type de personnages puissants. De nombreuses photographies montrent également certaines de ses performances tout autour du monde, car il est peintre voyageur et aime intervenir sur des lieux à la marge ou vivant des temps difficiles, laissant sa trace, avant qu’elle ne s’efface, sur des murs du monde loin de l’atmosphère aseptisée des musées.
Même si c’est le temps du festival des Voix Vives à Sète, pas de poésie, ou une poésie sombre, teintée de douleur, de quotidien brûlant.
Ma réponse à Titouan, sous l’article « Bédouin » ne me suffit pas, finalement, étant donné l’ampleur de l’événement, qui rebondit en moi, d’heure en heure davantage, et me bouleverse : envie, nécessité de partager ce tremblement de terre avec vous. C’est toujours ce même besoin de pouvoir conserver la tête haute qui me fait agir, m’exprimer, et l’idée, obsédante, que ce n’est pas aux Juifs de défendre seuls tous ceux, dont beaucoup d’artistes, qui sont malheureusement désormais humiliés, interdits, violentés quotidiennement dans notre pays. C’est à nous tous de dire stop. Cela ne changera rien à Gaza ni ailleurs, mais au moins, le matin, nous pourrons nous regarder dans la glace sans trop rougir.
Avez-vous vu ce qui s’est passé ce samedi soir à Grenoble ? En juillet 2026 ! Hélas, des exemples de cet ordre, tous les jours, il y en a de nouveaux ! Les soi-disant « bien pensants » vont de plus en plus loin… Quand on les laisse agir, les méchants se croient autorisés à continuer, et amplifient leur violence. Ils osent chaque jour davantage. C’est pourquoi j’ouvre la bouche.
STOP !
LFI est un parti dangereux, installe un climat terriblement proche de celui des chemises brunes, autrefois. Et ceux qui les soutiennent en sont complices. J’ai regardé un morceau de la vidéo d’avant-hier soir, la fin du concert de Barbara Butch, à Grenoble. J’ai vu les « Free Palestine », le bras tendu vers la scène. Oui, le bras tendu comme… J’en pleure. La DJ fait passer « Imagine » de John Lennon. Quelle meilleure réponse apporter à tant de haine, de violence, face à tant de fermeture ? Depuis quand boycotte-t-on les artistes, au lieu de discuter avec eux ? Pourquoi laisse-t-on ainsi agir ces loups aux dents aiguisées ? C’est inacceptable. Je n’aime pas les excès. Jamais je n’ai voté pour le RN, j’ai toujours combattu les idées violentes et abusives. Pour moi, LFI, c’est exactement le même danger. Je suis triste de voir des gens que j’aime se laisser duper, croire qu’il existe une différence entre les uns et les autres. Une hiérarchie. Même horreur, de part et d’autre. Les deux faces d’une même outrance.
L’extrême gauche interdit sans honte à des créateurs de bande dessinée, des cinéastes, des musiciens, des penseurs, des individus lambda – la liste s’allonge chaque jour —, de s’exprimer, au prétexte de faire avancer la cause palestinienne, ce qui ne change strictement rien à Gaza. On malmène, on intimide, on violente désormais des artistes sans honte, au quotidien, dans notre pays. Et même, dans la rue, avec vos amis. Osez-vous encore exprimer vos légitimes doutes ? Vos pensées ? Sincèrement… Osez-vous prendre parti ? Il en faut du courage, pour exprimer ce que l’on ressent. Et rester nuancé…
Pour vous faire taire ? Si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous êtes l’ennemi. On vous accuse d’être d’extrême droite, si vous contestez l’extrême gauche ! Facile…
De quoi faudrait-il qu’ils s’excusent, tous ces Juifs ? D’exister ? Une DJ qui habite en France doit-elle être censurée, parce qu’elle est juive ?
Ou bien est-elle attaquée parce qu’elle est femme, lesbienne, d’un format inhabituel ? C’est alors en réalité de la grossophobie, du sexisme, de l’homophobie… et de l’antisémitisme cumulés.
Ah, elle aurait défendu le projet d’une loi… qui n’a pas été votée, au final. Et alors ? Et même aurait-elle été votée, cette loi ? N’est-ce pas la démocratie ? On n’a pas le droit d’avoir, d’exprimer, de défendre des idées ? Des idées différentes des vôtres ? Alors vous exercez une tyrannie ! La violence n’est pas un mode de communication acceptable… Qu’en serait-il si les personnes qui ont empêché cette DJ de faire son travail, samedi, étaient au pouvoir ?
Le comble ? Elle n’est pas d’accord avec Netanyahu. Mais cette réalité, qui s’en préoccupe ?
D’ailleurs, même si elle le soutenait, elle aurait le droit d’exercer son activité de DJ, non ? Ou du moins, il serait, me semble-t-il, plus sain de dialoguer avec elle, lui expliquer pourquoi on n’est pas d’accord, plutôt que de lui jeter des bouteilles, des projectiles dangereux, des insultes, ou d’organiser un véritable sabotage qui aurait pu mettre en danger les équipes techniques, le public, et elle-même, au risque également de la faire plonger dans la dépression. Cela s’appelle du lynchage, du harcèlement, ce comportement indigne, quand un groupe s’attaque à une personne seule, et de façon répétée ; l’intimide, par la menace et la force. Ce devrait d’évidence être puni par la loi. Abuser de sa vulnérabilité, c’est lâche, peu productif… Et ce comportement risque en plus de faire monter d’autres extrêmes. Pas très malin !
Barbara Butch a terminé sa tentative de concert sur « Imagine » de John Lennon. Je l’ai déjà dit. J’aime bien cette chanson ! Son message peace and love, au moins, est clair. Si seulement on pouvait vivre en paix ! Je préfère personnellement quelqu’un qui rêve de colombes à ceux qui veulent la mort et prônent par leurs actes barbares la violence.
Je voudrais que la loi protège ceux qui souffrent. Dans notre pays, aujourd’hui, beaucoup ont peur. Est-ce normal ?
Je ne voulais pas revenir sur le sujet Israël/Palestine, mais, vu ce qu’il se passe à Grenoble, je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser faire et se laver les mains.
Aux dernières municipales, un groupe LFI, menée par Allan Brunon, a réussi à signer un « accord technique » avec la liste écolo + gauche pour le 2e tour. Cette belle liste un peu hétéroclite est largement passée et une élue écolo, Laurence Ruffin, sœur de François, a pris la succession d’un maire écolo aussi, Eric Piolle, contre la liste d’Alain Carrignon, appelé « le Corrompu » par certains opposants. Nous autres, pauvres spectateurs, comptons les points (et non les poings, quoique cela pourrait arriver).
Depuis 29 ans, une grande fête musicale, appelée « Le Cabaret Frappé », est organisée quatre soirs de suite au mois de juillet au Jardin de Ville de Grenoble. Des milliers de personnes s’y pressent, généralement dans la bonne humeur.
Oui, mais…
Samedi dernier, devait se produire la DJ Barbara Butch. Et alors ? Alors, Zorro n’est pas arrivé pour rétablir l’ordre. Le chef LFI, Allan Brunon, avait bien dit à la Mairie qu’il n’accepterait pas que cette chanteuse se produite sur la scène du Cabaret Frappé. Pourquoi donc cet anathème ? Eh bien, Barbara Butch a signé une pétition de soutien à une proposition de loi déposée par la députée Caroline Yadan
Évidemment ce texte ne plait pas du tout à certains qui y voient un empêchement de critiquer la politique de Netanyahou, le chef israélien. Finalement, le texte est retiré, mais le conflit entre les pour et les contre subsiste, chaque partie ayant lancé des pétitions l’une de soutien l’autre de retrait.
Barbara Butch, juive d’origine, a donc signé la proposition de loi Yadan. Et alors ? C’était son droit le plus strict. Oui, mais elle était invitée à chanter samedi soir sur la scène du Cabaret Frappé à Grenoble. Le sang des proPalestiniens ne fit qu’un tour, elle ne devait pas chanter. Ils se réunissent samedi devant la scène à 150-200 d’après le Dauphiné Libéré et, quand Barbara Butch commence à chanter, ils balancent sur elle des projectiles divers et variés. Pour eux, ce n’est pas suffisant, ils sabotent aussi les installations électriques. Les organisateurs sont obligés d’annuler le concert. La Mairie va porter plainte, notamment à cause des dégradations de matériel. Difficile de porter plainte sur les échanges de paroles et de cris sans toucher à la sacro-sainte liberté d’expression, s’il n’y avait pas de paroles antisémites prononcées.
J’espère que le LFI grenoblois sera condamné.
Mais ce n’est pas fini. Le chef LFI grenoblois s’est distingué dimanche lors de la « Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français, et d’hommage aux Justes de France ». Allan Brunon, chef donc LFI, arrive avec un bouquet de fleurs. Les organisateurs lui disent que seules les associations sont autorisées à déposer des bouquets, pas les partis politiques. Allan Brunon attend la fin de la cérémonie et dépose quand même son bouquet. Il se fait, paraît-il, copieusement engueuler et son bouquet fini piétiné et en miettes. Quelle était son intention ? Il veut bien saluer les juifs morts, mais il veut nier l’existence des vivants en voulant effacer leur pays, Israël, de la carte ? En les empêchant, eux et leurs soutiens, de vivre normalement, de manifester leur opposition à la politique menée actuellement par Netanyahou et ses sbires ? En empêchant les artistes, notamment, même français, de s’exprimer sur scène ?
Où sont passés les Hommes de bonne volonté pour faire la paix sur notre terre ?
Juillet 2026 – En lisant les textes sur la nuit dans l’avant-dernier Faute à Rousseau, me sont venues, évidemment, bien des idées. Après sondage introspectif, il m’a semblé que du plus loin qu’il m’en souvienne, pour plagier cet auteur dont j’ai oublié le nom, j’ai aimé la nuit. Ou plutôt l’idée de la nuit. J’en ai fait mon alliée plutôt que mon ennemie. L’important étant parfois moins ce que l’on vit que la manière dont on le vit.
Une seule fois dans ma vie, elle s’est montrée réellement hostile et effrayante (je ne parle pas des nuits de chagrin ou d’angoisse, comme tout le monde, je parle de la nuit physique, du noir). Cette nuit-là était d’encre, sans lune et les volets presque fermés. Je ne le saurais jamais, mais on m’a dit plus tard qu’il était possible qu’un chat soit entré dans la chambre que je partageais avec mon petit frère, au travers de la fente entre les deux volets. Il a dû sauter sur mon lit, car j’ai été réveillée en sursaut. J’avais autour des six ans, maman m’avait dit que c’était presque l’âge de raison. Malgré cette conviction, qui ne m’a pas protégée du tout, j’ai eu très peur et j’ai décidé de chercher de l’aide auprès de mes parents dans la chambre adjacente. Sans crier, afin de ne pas réveiller mon petit frère. Me levant dans la nuit noire, je me suis soudain retrouvée au milieu de nulle part dans notre chambre de 25 m 20. Prise de vertige et abandonnant l’idée de rejoindre la porte, j’ai tenté au moins de retourner au lit. Longtemps j’ai erré, tourné en rond, n’osant pas faire de grands pas, de crainte de me cogner. Tout était devenu hostile, dangereux, inconnu. J’ai persisté, n’osant risquer une engueulade, voire pire, mais il m’a semblé qu’une éternité s’était écoulée avant qu’enfin je touche un mur et puisse le longer jusqu’à ma couche.
L’événement ne s’est jamais reproduit. Sans doute ma myopie y est-elle pour quelque chose, puisque, en compensation, je suis devenue nyctalope. Rien que le mot interpelle et me fait rire. J’ai aussi constaté que la nuit est complice et qu’on peut s’en servir pour se protéger. Après tout, si je ne vois pas clair dans le noir, l’autre ne me voit pas forcément non plus. L’ombre salvatrice a fait ses preuves à moult reprises.
La nuit est mon amie aussi en ce sens que je n’ai pas, à de rares exceptions près, de peine à m’endormir. Si cela devait être le cas, un quart de médicament antihistaminique me suffit largement, toujours le même, et cela depuis de trente ans bientôt. Morphée m’accueille dans ses bras sans effort et me nourrit de rêves plus ou moins prégnants. Rêves que j’aime à prolonger au petit matin avant de sortir des limbes.
Lorsque j’ai commencé à écrire et que je cherchais mots et idées, souvent, si je n’avais de préoccupations dominantes, il suffisait que je sème un sujet dans le terreau de mon cerveau pour qu’au matin — de préférence autour des cinq heures — une idée ou un début d’histoire jaillisse. Le seul moment où j’ai connu des insomnies, c’est au moment de ma ménopause. Pendant de longs mois, je me réveillais en pleine forme autour des cinq heures du matin, justement, avec une belle idée dans la tête. Je filais au bureau avec un bon café et me mettais à l’écriture. C’est ainsi que j’ai écrit mon premier livre… J’ai adoré cette période pendant laquelle j’avais l’impression qu’on guidait mon bras (j’écrivais à la main), comme si je me dédoublais. La maison était silencieuse, tout le monde dormait encore et moi, je veillais sur tous. Le seul bémol était que j’avais tellement eu l’impression d’être accompagnée pendant cette période, cet « état de grâce », qu’il me semblait devenu impossible de réussir le même exploit à l’avenir. La suite me prouvera le contraire.
Maintenant que je suis beaucoup plus âgée, je me réveille de nouveau très tôt et c’est une bénédiction de pouvoir commencer à profiter de ma journée de bonne heure — il reste encore des croissants chez Véronique —, quitte à faire une petite sieste dans l’après-midi.
Retour sur nos terres estivales, dans les rues étroites et les places de Sète où fleurissent des estrades pour la poésie. J’ai assisté depuis deux jours à quelques belles séquences, à des lectures fortes et joyeuses comme je les aime. Suffisamment pour reprendre les chroniques sétoises que j’aime tenir ici, même si, d’une année à l’autre, je me répète comme le fait tout bon diariste !
Mais il faut l’écrire, on mesure, dans ce festival Voix Vives, le manque de moyens, là comme ailleurs, auquel sont confrontés toutes les manifestations culturelles et, plus largement, toutes les entreprises culturelles. La culture, cinquième roue du carrosse, c’est plus vrai que jamais et, si le feu est dans les forêts du fait de la canicule, il est aussi dans les rouages du spectacle et de la transmission, de la création dans tous les domaines. Ils ont beau jeu de se réfugier derrière les contraintes budgétaires, nos édiles toujours en représentation et qui ne manquent jamais d’argent pour battre les estrades électorales. Pendant ce temps, les librairies ferment en plus grand nombre qu’elles n’ouvrent et de grandes maisons, comme Sauramps à Montpellier, proche d’ici, mettent la clé sous la porte.
Que faire pour aller contre cela quand nous n’avons que nos mots et que certains n’y voient qu’un petit entre soi sans importance ? Mots des poètes, mots des diaristes, pour moi les deux tenants de mon existence dont je voudrais qu’ils participent aux fondations d’un avenir prometteur. Allez, on peut rêver !
Josyane De Jesus-Bergey
Je m’appuie sur cette terre
Sur des mots que tu n’entends plus
Le soleil n’est pas en guerre
La terre non plus
Écoute, j’ai encore à te dire
Des mots, peut-être des vers
Sans obéir à toutes ces règles
Ces exigences qu’on a bâties
Je résiste, mais le sais-tu
Toi qui ne m’écoute plus
Je suis encore là
Je veux croire en la paix
Sur notre terre
Ta terre !
Dès l’enfance, j’ai été fascinée par la Préhistoire. Je ne sais pas d’où me vient ce goût, peut-être de la présence, dans mon village natal de Montacher (Yonne), d’un authentique menhir néolithique dénommé la Pierre Pointe, qui était un but de promenade. Il figure d’ailleurs dans mon album de famille, mon père debout devant, qui me semblait avec son 1,83 m presque aussi grand que la pierre qui en fait 2,60 (je viens de vérifier…)
Par la suite cette inclination m’est restée, pas comme une passion majeure, mais en arrière-plan. C’est pourquoi lorsque j’ai appris (tardivement…) qu’une exposition sur la Préhistoire avait lieu au Collège de France, j’y ai couru. D’autant plus que, intitulée « la Préhistoire entre utopie et réalité », elle permet de confronter les données scientifiques résultant des découvertes avec le vaste imaginaire collectif qui s’est développé autour de cette période et s’est exprimé avec des romans, des films, des BD. Le dispositif mis en place au Collège de France montre le démarrage et l’essor des premières recherches préhistoriques de manière simple (mais pas simpliste) et claire. On y trouvera aussi une réflexion sur la place de la femme, réelle ou fantasmée, dans le monde préhistorique.
Ventilateur à fond, rires pendant le repas partagé, nous sommes prêtes, mes sœurs et moi, il faut trier ! Des heures concentrées nous attendent.
Fini les objets à partager lorsque notre mère est partie vivre en EHPAD il y a deux ans en dehors de ceux qu’elle a elle-même choisis pour égayer son nouvel appartement, fini le tri des documents, papiers, etc.
Là, ce sont les photos qui sont en jeu. Des centaines de photos qui remontent des arrière-arrière-grands-parents à nos jours. Ceux-ci se dressent fièrement devant l’appareil, je suis heureuse d’en avoir connu trois sur les quatre (photo). Des heures durant on entendra : tu la prends ? Tu veux l’original ? Si oui, je la prends en photo.
Albums, pochettes, clichés en vrac sans date, sans noms, parfois c’est facile et, parfois on bute.
Mon père en marin, ma mère a 20 ans, les aïeules ou aïeux endimanché(e)s ou pas, des repas festifs aux scènes dans le poulailler ou dans le jardin l’arrosoir à la main.
Ma mère a déjà fait le tri bien avant : ceux qu’elle n’aime pas ou plus, poubelle !
Sa petite-fille a ses photos déchirées outrageusement pour l’effacer de la pause, amputée du droit à l’image familial quand c’est possible. La belle-famille absente des boîtes, notre père gardé seulement dans son jeune âge.
Bref : les souvenirs sont ceux que nous nous forgeons, mais la transmission a parfois du plomb dans l’aile.
On apprend au détour d’un petit carnet conservé là, que mon arrière-grand-mère à laquelle j’ai été comparée si souvent, ne s’appelle pas Amandine, mais… Marie Ruffine avec deux F, puis Armandine sur une autre trace administrative. Ben ça, alors ! Ne pas le dire à ma mère, dont le prénom Amandine lui a été donné. Là encore, la transmission est écornée ou donne envie de répondre à des « quand et pourquoi ».
Je repars avec de nombreuses photos papier, les plus anciennes beaucoup mieux conservées que les clichés des années 70.
Je repars également avec quelques rares objets de mon père. Traces de son appartenance à l’aéronavale : son sac de marin dessiné par un copain, relique emballée depuis des décennies dans un torchon blanc (photo).
Quand je dépose le tout dans mon petit appartement, ce n’est pas « où les mettre » qui me préoccupe, mais qui les fera encore vivre après moi ? Personne, sans doute. Alors, à quoi ça sert... ?
Nous voici en Bretagne, la mer est là, presque à nos pieds à une cinquantaine de mètres. Que rêver de mieux en ces temps de canicule ?
Sauf que même ici, il fait chaud, très chaud, trop chaud…
Notre voyage pour venir ici depuis Paris a été éprouvant. Nous avions pris nos précautions en partant tôt dès six heures du matin. Le début du voyage a été très agréable avec une circulation des plus fluides pour sortir de Paris et une relative impression de fraicheur. Mais très vite la température est montée dans l’habitacle jusqu’à 35 degrés, et ce, malgré une clim, il faut dire aussi vieillotte et peu performante que notre voiture. Nous sommes arrivés liquéfiés dans notre petit appartement dans lequel naturellement il faisait aussi fort chaud.
Affaires rangées, repas pris sur le pouce, bonne sieste pour compenser la courte nuit (endormissement pas facile sur La Butte aux Cailles un soir de match des Bleus ! et réveil très matinal), vite, nous avons filé à la plage : immense plaisir au premier bain de mer ! Température de l’eau ; 22 degrés ! Incroyable ! L’eau l’été ici est habituellement à 17-18 degrés. Je me souviens qu’une année, nous nous étions ébaubis d’une température à 21 degrés. Mais c’était un début septembre en toute fin d’été après un mois d’aout plutôt chaud. Donc oui, ça, c’est bien agréable. Mais c’est bien le seul aspect positif d’une situation très inquiétante à tous autres égards…
La végétation n’a déjà plus la couleur vert soutenue habituelle, les prés notamment, sont jaunâtres et même les sous-bois semblent atteints. Le ciel est immobile, blanc plutôt que bleu. Du matin au soir rien ne change, ce n’est plus cette alternance de soleil éclatant et de grains si fréquente en temps normal, ces contrastes et ces lumières changeantes, ce n’est pas « ce pays où il fait beau plusieurs fois par jour ». Du coup, pour le moment, aucune grande balade à la journée. On sort et, notamment on va se baigner vers 10-11 heures et vers 20-21 heures. En milieu de journée on se terre à la maison derrière des volets clos, temps de sieste, de lecture, d’écriture…
L’idée que la Bretagne est une région à part, que sa localisation au bord de l’océan préserve des risques de canicule, que ce sera un lieu précieux où venir se réfugier en prend un sacré coup. En vérité elle partage le sort européen commun. S’y ajoutent des problèmes spécifiques liés à la faible ressource en eau provenant de nappes phréatiques ainsi que de certains choix de développement effectués en un temps où l’hypothèse de manquer un jour d’eau en Bretagne aurait fait sourire.
J’ai l’impression qu’avec ces intenses canicules successives, nous effectuons un saut dans une autre dimension du réchauffement climatique et de son ressenti. Jusque là il y avait surtout des mots ou des réalités lointaines. Certes il y avait les rapports très inquiétants du GIEC, des forêts qui brûlent et des glaciers qui fondent, on pouvait parfois avoir un peu trop chaud en été et regretter l’hiver la neige jusqu’en plaine, les bonhommes de neige et les batailles de boules, merveilleux souvenirs d’enfance… Mais là c’est différent, plus proche, plus concret, des réalités massives qui nous éclatent brutalement à la gueule. Ce n’est pas en Californie que les forêts brûlent ni même en Provence, mais tout près de Paris, dans le massif des Trois Pignons à Fontainebleau, là où nous avons tant randonné et où je m’entrainais à la grimpe dans mes jeunes années à l’époque où je pratiquais un peu l’alpinisme. Tout ceci nous oblige à modifier nos comportements et pèse de façon significative sur notre santé. Nous dormons mal et nous nous réveillons fatigués, avec un déficit d’énergie. Et la fatigue s’accumule, pèse de plus en plus, celle-ci a sûrement quelque chose à voir avec la vieillerie, mais il me parait clair qu’elle est aussi liée à cette chaleur persistante qui met le corps à rude épreuve.
Oui, inquiétant, très inquiétant !
Allez, pour vous rafraichir au moins en pensée, voici une image de la plage, lors de notre plaisant bain de mer du soir, photo prise à 21 heures 15…
Je sors d’une séance de ciné. L’abandon d’Antoine Garenq, qui raconte les onze derniers jours de Samuel Paty. Un film documentaire qui sait montrer les choses comme il faut. Je replonge dans mon journal d’octobre 2020.
« Lundi 19 octobre 2020
Il s’appelait Samuel Paty, il avait 47 ans. C’est ce prof qui s’est fait assassiner vendredi après-midi et dont la mort provoque de vives réactions partout.
Devrais-je m’en vouloir ? J’ai du mal à croire à la sincérité des réactions des politiques. Ils ne peuvent que prendre position, mais ce qu’ils expriment sent la démagogie, le racolage, pas l’engagement éthique, pas la volonté de combattre quoiqu’il en coûte. Chaque attentat de ce type provoque le même émoi, fait se dresser une catégorie de personnes, aujourd’hui les enseignants, donne du grain à moudre aux médias qui n’attendent que cela pour surenchérir. Quelques déclarations fracassantes sont faites, un renforcement de la législation est promis et, le temps de laisser retomber cette émotion, tout cela ne conduit à rien. Ce n’est pas dans le brouhaha des événements que se construit une attitude républicaine et démocratique, c’est dans le long temps. Un long temps qui n’existe plus. Rien n’est fait aujourd’hui pour le ménager, l’entretenir, tout se vit au plus pressé, au plus court, au plus propice, à l’indisponibilité des esprits qui fait les affaires des puissants et des possédants.
Jeudi 22 octobre 2020
Hier s’est déroulé à la Sorbonne un hommage solennel à Samuel Paty. Il y avait quelque chose d’intense à voir ce cercueil solitaire au milieu de la grande cour et dans les propos de Macron. Au-delà, comment puis-je croire encore à une République rassemblée, à des valeurs communes à défendre, à une véritable démocratie, à une liberté préservée ? Je voudrais y croire, je m’efforce de garder confiance, de ne pas tomber dans une dénégation totale de la nécessité de lois. Mais je ne sais plus à qui se fier parmi la gent politique d’aujourd’hui tant ils se ressemblent par bien des points. Badinter évoquait hier une possible crise politique à venir. Je ne sais à quoi il pense et pourrions-nous réinventer nos institutions sans y laisser une part de notre liberté ? »
Je reviens au titre du film : L’abandon, qui dit bien des choses de ce qui s’est passé de la part des autorités entre manque d’évaluation de la situation et cantonnement à des procédures à rallonge dont l’actualité récente nous a encore rappelé où elles mènent. Je pense aux réactions vives d’Anne, il y a quelques mois, pour dire son désarroi et sa colère quand, lors du procès en appel des coupables de l’assassinat de Samuel, ils se sont vus infliger des peines moins lourdes qu’en première instance. Le temps de laisser retomber l’émotion et on ménage la chèvre et le chou. C’est pratique, le tueur s’est fait descendre par la police, il peut servir de bouc émissaire pour les autres. Quant aux gamins qui ont participé à l’engrenage des faits, leur âge les préserve. Reste quelques excités religieux qu’on montre du doigt quand ils sont emblématiques de tous les radicalismes et de ce à quoi ils conduisent.
Je sais que je reviens sans cesse à la charge sur ce sujet, et encore la semaine dernière d’une certaine façon, mais qu’y puis-je ? Le fanatisme religieux ou de quelque ordre que ce soit ne peut mener qu’à la violence et l’abaissement des esprits. Les Croisés qui allaient brûler les Cathares du Midi, ceux qui partaient délivrer Jérusalem le faisaient pour l’appât du gain, mais les gens d’Église qui les accompagnaient avaient beau jeu d’exalter une foi aveugle dans l’opinion publique pour maintenir un peuple soumis par la crainte. Un peu de charité, beaucoup de menaces, des prêches sans nuances et l’affaire était dans le sac au bénéfice des puissants. La recette est la même maintenant de la part des extrémistes religieux de tous poils.
Samuel Paty est mort d’être tolérant et respectueux, d’honorer la liberté d’expression et la laïcité. Mes jours sont faits de beaucoup plus de doutes que de convictions, mais je refuserai toujours d’avoir peur des mots et de ne pas les utiliser pour tenter de rendre le monde meilleur comme il le souhaitait.
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Sur ce, j’espère ne pas vous avoir importunés et pour revenir à de plus heureux propos, merci à tous ceux d’entre vous qui permettent à ce blog d’afficher plus de 1670 contributions de plus de 80 auteur(e)s depuis ses débuts.
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Et pour terminer, je rejoins les mots de ce poème de mon amie Françoise Ascal :
Légèreté, légèreté, je t’appelle
Je te donne en secret un nom d’oiseau
Je te nourrirai dans ma paume avec le meilleur de moi-même
J’abandonnerai mes lourds vêtements
je te laisserai rompre du bec les attaches usées mais tenaces
les dépouilles mortes qui encombrent le champ du ciel
J’aurai pour toi le bleu soyeux des étangs du désir
J’attiserai le feu qui consume
Je brûlerai les oripeaux pendus à mon cœur,
viandes flasques pourvoyeuses de pourriture
sang sale virant au noir
attirant mouches et vers voraces.
Légèreté légèreté
Je chanterai pour toi un air soufi jamais entendu
J’inventerai dans ma gorge une coulée de miel né des roseaux
un souffle sûr
porteur de messages clairs
un souffle vaste autant que ferme
sur lequel nous embarquerons
et tu m’enseigneras l’art et le savoir-ailé
Le pur-ici sans poids
la transparence cachée sous tes paupières
au centre de ton iris
de mésange de rouge-gorge de libellule de grenouille de lézard couleuvre vairon cétoine abeille grillon vanesse chat lapin chien folâtre
de ton iris de nouveau-né
un instant surpris
dans l’enchantement dérobé
du monde.
J’aime beaucoup ce dicton, puisque je peux me l’appliquer à moi-même : charité bien ordonnée commence par soi-même.
Je ne savais pas trop comment entamer mon texte et puis, comme d’habitude, il m’en est arrivé une bien bonne hier après-midi (vendredi), dont je me suis rendu compte aujourd’hui (samedi). Il faut dire qu’en ce moment, je cumule les « bien bonnes », elles arrivent en rafale. Hier matin, j’ai cru que la série allait se tarir, enfin, un grave problème s’est résolu. Effectivement, mon téléphone et mon adresse mail étaient bloqués depuis quatre jours et ils se sont débloqués grâce à la gentillesse et au savoir-faire des employés de la boutique Orange pas loin de chez moi. Il faisait tellement chaud que j’avais d’abord essayé de résoudre les problèmes sans sortir de chez moi. Ça a commencé dimanche dernier. Si si. Les services APPLE sollicités sur mon ordinateur m’écrivaient qu’ils m’envoyaient un code sur mon téléphone pour tout débloquer… c’est bien gentil, mais mon téléphone étant bloqué, je ne recevais pas de code… Voyons, tout devait quand même rentrer dans l’ordre au bout de 48 h. Enfin c’est ce qui était annoncé par écrit… Comment vivre sans téléphone ? Eh bien, on y arrive quand même, foi de Kata, mais ce n’est pas facile, on se sent un peu isolé, impossible d’appeler, mais on peut être appelé, si tant est que quelqu’un veuille bien appeler et pas de messages, ni envoi ni réception…. On résiste, ce n’est pas pour longtemps.. . et… au bout de 48 heures, j’entame les démarches et… foutage de gueule ou mauvaise manip ? Toujours le blocage. Il fallait attendre encore 48 h. Je patiente un peu et je commence à en avoir assez. Je prends mon courage à deux mains, sermonne mes pieds qui ne voulaient plus avancer dans la chaleur et me dirige vers la boutique Orange. Presque arrivée, je suis interpelée par un jeune avec un gilet jaune : « Madame, vous avez un instant ? » « Non » que je lui réponds. Il me dit « ah oui, c’est parce que j’ai une tête de cafard ? » Je le regarde et ne peux m’empêcher de rire, c’est vrai, il avait une teinte de peau un peu foncée, une petite barbe, un grand sourire et des yeux pétillants de malice. Il voit que je prends bien sa blague, on discute un moment, il représente une association d’aide aux plus démunis, il est étudiant dans une école de formation d’ingénieurs en informatique, mais dommage, il ne peut pas m’aider. Je repars en me disant que cette rencontre était certainement un signe, que tout allait se régler à la boutique, malgré la fin de l’après-midi qui se pointait.
Effectivement, j’ai affaire à des employées très sympas, j’ai droit au prêt d’un téléphone sur lequel l’une d’elles branche la puce du mien pour que je puisse recevoir les directives. En rentrant, j’ai quelques manips à faire et… victoire ! Le lendemain matin tout marche et je peux rendre le téléphone prêté.
Ouf, me disais-je, j’arriverais donc à la fin de mes misères ? Tsss, ç’aurait été trop beau ! Depuis des années, il y a un problème d’étanchéité de la petite terrasse devant ma porte-fenêtre. Un expert judiciaire était passé et avait détecté le problème. Comme le syndic n’a rien fait alors que la terrasse est partie commune, le problème s’aggrave et, quand il pleut, l’eau s’infiltre chez ma voisine d’en dessous. Pas bien grave, mais elle a une belle auréole sur son plafond. La fille de ma voisine arrive enfin à faire bouger la dame syndic qui m’envoie un « expert » sans me le dire. J’accepte quand même de le recevoir et… la dame syndic m’envoie la facture de l’intervention, qui dit que la fuite vient de chez moi. Que nenni, je lui réponds, je n’ai rien demandé, je ne paye pas et mon avocat envoie même l’expertise qui avait déjà été réalisée et mettait en cause l’étanchéité de la terrasse. Au bout de deux refus écrits après relances et même trois en comptant celui de l’avocat, hier, je reçois un mail disant que je n’avais pas à payer et qu’elle avait pris contact avec une entreprise qui devait m’appeler pour fixer une date d’intervention. Enfin, une bonne nouvelle ! Et puis, tout à l’heure, je ne sais pas quelle intuition me fait rechercher cette entreprise sur internet. Et là !!! que lis-je !!! il s’agit d’une entreprise d’agencement d’intérieur !!! rien à voir donc avec le problème d’étanchéité de la terrasse. Ce n’est pas la peine que je crie et que je tempête. Je suis toute seule. Me taper la tête contre les murs ? Ah non ! Ils viennent juste d’être repeints. Je respire profondément à plusieurs reprises. Je réussis à me calmer et à réfléchir. J’écris à la dame syndic pour dire que je refuserai tout rendez-vous avec cette entreprise, puisqu’elle n’est pas habilitée à intervenir sur l’étanchéité de la terrasse. Si elle voulait, mon avocat et moi-même pourrions lui proposer une entreprise spécialisée.
Mettre mes griefs par écrit m’a fait du bien. Plus je réfléchis, plus je me dis que ça fait plusieurs fois qu’on essaye d’abuser de moi en me rendant coupable de désordres et pourtant, je ne les ai pas provoqués. Si j’étais un homme et non une femme âgée et seule, aurais-je eu les mêmes problèmes ? N’y aurait-il pas de la misogynie dans l’air ? La dame syndic se comporte comme un patron. Eh bien, les profiteurs n’ont pas réussi et, comme je l’ai écrit en introduction, je me suis appliquée le dicton « charité bien ordonnée commence par soi-même ». J’ai donc commencé en dégustant un esquimau au chocolat tiré de mon frigo-congélateur. Na. Je réagis fortement, peut-être trop ? Mais je dois et je vais m’en tirer à mon avantage. Il le faut, je n’ai pas à subir, je n’ai rien fait de répréhensible.
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