Camping et nature : des premiers pas innocents à l’immersion profonde (souvenirs) (6/6)
Malcolm
Rencontres à part…
Il me serait bien impossible de rapporter ici les dizaines d’anecdotes relatives à ces moments intenses de ma vie, tant professionnelle que familiale, et de celle de nos enfants et amis.
Nous autres, êtres humains (autoqualifiés parfois de « superprédateurs »), n’intéressons pas forcément d’autres « prédateurs » présumés en haut de la chaîne alimentaire. Ainsi, toujours au Rwanda et toujours dans le Parc de l’Akagera, nous avions installé l’un de nos bivouacs dans la plaine de la Kilala, vaste étendue plate propice notamment à l’observation des grands troupeaux d’herbivores (buffles, zèbres, gazelles impalas…), voire de quelques girafes ou éléphants, et bien sûr de nos carnivores préférés (car les plus impressionnants), les lions. Nous y avons régulièrement admiré des scènes parfois d’une époustouflante beauté, en particulier aux levers et couchers du soleil. Mais un soir, à la nuit déjà tombée et alors que nous entamions une partie de tarot au coin du gros feu de camp (censé empêcher les intrusions de « bêtes indésirables »), nous percevons des mouvements feutrés à toute proximité et distinguons rapidement à seulement quelques mètres de nous les silhouettes de plusieurs lionnes s’approchant à foulées tranquilles de notre campement. Panique « à bord » ! Tout le monde court se réfugier dans les véhicules les plus proches (où nous nous entassons sans la moindre logique : deux dans le minibus VW et six dans ma 504, elle-même encore encombrée d’un matelas…). Médusés, nous regardons les lionnes traverser (plutôt peinardement) notre bivouac, passer à toute proximité du feu, sans se préoccuper le moins du monde de nous et – j’ai trouvé, mais c’est un jugement très personnel – en roulant plutôt les mécaniques ! Elles s’éloignent et disparaissent aussi vite (ou lentement !) qu’elles sont apparues. Comme quoi, selon leurs propres critères gastronomiques, un bon steak c’est quand même bien meilleur lorsqu’on se l’est taillé dans une jolie gazelle ou un gentil bufflon dont on connaît les qualités gustatives, plutôt que chez un ridicule petit humain, enrobé ou pas, dont on n’a jamais goûté. Je ne me souviens plus si la partie de tarot a repris et si nous avons bien dormi cette nuit-là… Ce ne fut d’ailleurs pas la seule visite inopinée de cet ordre qui nous ait été rendue, puisque nous avions reçu ailleurs, une autre fois, celle d’une belle et joyeuse famille léonine, en vadrouille cette fois à l’heure de notre petit-déjeuner : nous avions alors pu, à nouveau réfugiés dans nos véhicules, assister aux véritables gamineries des lionceaux jouant avec nos équipements de pique-nique (une casserole abandonnée derrière eux portait le joli trou réalisé par un croc aussi puissant que facétieux…).
Pour compléter ce tableau, petite revue rapide de quelques autres « belles » aventures, toutes au Rwanda. Encore une fois dans la plaine de Kilala, je devine en pleine nuit presque contre moi le corps cylindrique et ferme d’un énorme python progressant lentement le long de notre toile de tente (côté extérieur !) et s’offrant un petit tour de notre abri sans en trouver l’entrée, heureusement close (c’était à l’occasion du baptême de campeuse de ma pauvre maman !). Une autre fois, au Ranch de Mpanga (au sud du parc), où certains d’entre nous avaient décidé – cela reste malgré tout terriblement tentant – de dormir carrément à la belle étoile (et sans moustiquaire, ce qui est plus osé…), à proximité de l’habituel feu de camp, c’est au petit jour que je découvre (non sans effroi) en ouvrant mes yeux que le « bébé » hippopotame apprivoisé du ranch (d’une centaine de kilos seulement peut-être…) s’est pris d’affection pour mon aîné Ewan (alors âgé d’une dizaine d’années et qui dort encore paisiblement !) : notre petit « Popo » a négligemment posé une de ses grosses hippo-pa-pattes sur l’oreiller de son matelas pneumatique (dont le bouchon n’a bien sûr pas résisté à cette délicate pression…). Avec maintes gesticulations et imprécations aussi gentilles que fermes, j’ai quand même réussi à éloigner cet adorable « petit » intrus, sans que mon fils ne soit piétiné (ni même, semble-t-il, réveillé !) dans la délicate manœuvre…
Allez, juste une petite dernière ! Alors que j’étais descendu de la voiture pour soulager ma vessie d’une envie très pressante près d’un bosquet, un puissant rugissement en a surgi de derrière, à seulement quelques mètres de moi, et m’a fait brutalement comprendre que les lieux étaient déjà occupés. Je n’ai jamais fermé un robinet (complètement ?) et remonté une fermeture-éclair aussi vite !!!
Eh bien oui, malgré tout ça, j’ai toujours envie de crier « vive la nature (et ses merveilleux habitants) ! » et louer ce bonheur exceptionnel qu’elle nous aura notamment procuré tout au long de nos 18 années de vie expatriée en Afrique, et qu’elle continue de me procurer aujourd’hui, dans ma modeste campagne deux-sévrienne, chaque jour que je vais y marcher !
Mais je ne voudrais pas terminer cet inventaire (succinct, malgré tout !) sans dire un mot de nos rencontres à caractère particulièrement émouvant (dans le réputé Parc National des Virunga, à cheval sur le Rwanda, le Zaïre – aujourd’hui RDC – et l’Ouganda) avec ces merveilleux cousins éloignés (on se dit finalement, pas si éloignés que ça, lorsqu’on a la chance de pouvoir les approcher d’aussi près !), les fameux gorilles de montagne. Même ma mère, à l’occasion de son séjour chez nous et au prix d’une rude marche en altitude qui l’avait épuisée (mais dont le guide avait très bienveillamment adapté le rythme à son état de fatigue), avait pu les approcher et – comme il n’est pas rare de pouvoir le faire – s’asseoir auprès d’eux, parmi eux : elle en avait rapporté le souvenir indélébile de son colossal voisin posant (affectueusement ?) le dos de son énorme paluche sur sa cuisse à elle, et de l’envie irrésistible qu’elle avait alors dû retenir – car c’était bien sûr dangereux et interdit par le guide – d’aller y enfouir sa pauvre petite menotte humaine…
C’est l’occasion pour moi de conclure ce long « billet » en évoquant, à propos des gorilles de montagne, cette invitation à une soirée chez un confrère vétérinaire, Frédéric S., et sa copine Sandrine, également vétérinaire, qui œuvraient dans le nord du Rwanda et qui la connaissaient pour être intervenus à sa demande afin de réaliser l’autopsie d’un de « ses » gorilles décédé (peut-être tué ?) : Nicole et moi avions en effet eu la chance à cette occasion de rencontrer la célèbre primatologue Dian Fossey. C’était seulement quelques semaines avant son ignoble assassinat, au lendemain de Noël 1985…
Désolé de terminer sur cette si sombre note…
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