Chroniq’hebdo | De nos fragilités, de Simon Leys et un poème
Pierre Kobel
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250e chronique ! Ce sont des centaines de pages depuis fin 2020 et, si je n’ai aucune raison d’en faire gloriole, ce qui me réjouit, c’est d’avoir tenu la régularité, de pouvoir inscrire ce rendez-vous avec moi-même et vous chaque semaine. C’est devenu une respiration hebdomadaire. Une de mes proches me disait alors que nous parlions de cela, qu’elle ne comprenait pas le besoin que j’ai d’écrire publiquement ce que je pense, ce que je fais, mes actes et mes opinions. Mais suis-je si transparent à me livrer ainsi et quelle part de mon iceberg personnel émerge ainsi quand tant d’autres restent cachées ?
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J’avais commencé à écrire la semaine dernière quand un incident matériel m’a privé d’ordinateur sans que j’aie eu le temps de sauvegarder mon travail. Fragilité de nos outils qui me rappelle combien nous en sommes dépendants alors qu’il suffit d’une panne, d’un oubli, d’un vol pour nous laisser dans un désarroi catastrophée. Nous vivons dans l’étau d’une technologie oppressante qui nous asservit et l’incident que je subis me ramène plus que jamais à l’importance du papier et du stylo.
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J’avais quinze ans en 1968 et, si les événements m’ont permis d’acquérir une autonomie de pensée hors du giron familial, ils ne m’ont jamais conduit à brandir l’étendard de quelque chapelle que ce soit ou d’une de ses multiples obédiences. Quand d’autres autour de moi levaient le poing et le verbe, qui pour Marx, qui pour Trotski, qui pour Mao, je m’en suis toujours tenu au seul parti qui m’intéresse, celui de l’humain, et, de toute façon, je n’allais pas me débarrasser du poids de la foi religieuse et de ses aléas ecclésiastiques pour tomber dans les rets d’une autre croyance aveugle. J’aime beaucoup ces propos de tolérance du roi Harald V de Norvège, qui vient de mourir : « Les Norvégiens sont des filles qui aiment les filles, des garçons qui aiment les garçons, et des filles et des garçons qui s’aiment. Les Norvégiens croient en Dieu, en Allah, au Tout-Puissant et en rien. » Belle leçon de vie !
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Dès avant les événements de Mai 68, la radio colportait le récit indistinct et lointain de la « Révolution culturelle » qui se déroulait en Chine sous l’impulsion de son « Grand timonier ». Il y avait là plus d’interrogations que d’informations certaines et j’y pensais récemment en regardant sur PublicSénat le documentaire Leys, l’homme qui a déshabillé Mao. Je ne sais plus pourquoi je me suis intéressé à cet homme, mais à mieux le connaître, il est de ceux dont j’admire la ténacité quand il fut soumis à l’opprobre insultant et généralisé de l’intelligentsia maoïste qui faisait florès dans les années 70. Simon Leys s’était pris de passion pour la Chine et il a eu le courage de regarder la réalité en face pour dénoncer l’absurdité imbécile d’une clique de parangons de philosophes qui n’en pouvaient plus de s’afficher dans les médias pour asséner leurs vérités. Quand il écrivit en 1971 Les habits neufs du président Mao, ce fut un tollé général et il faudra des années pour que Leys acquière la crédibilité de son travail et la reconnaissance de son honnêteté. Il mourra en Australie en 2014 dans une retraite de vieux sage.
Léopold Sedar Senghor
Calme jardin,
Grave jardin,Jardin aux yeux baissés au soir
Pour la nuit,
Peines et rumeurs,
Toutes les angoisses bruissantes de la Ville
Arrivent jusqu’à moi, glissant sur les toits lisses,
Arrivent à la fenêtre
Penchée, tamisées par feuilles menues et tendres et pensives
Mains blanches,
Gestes délicats,
Gestes apaisants.
Mais l’appel du tam-tam
bondissant
par monts
et
continents,
Qui l’apaisera, mon cœur,
À l’appel du tam-tam
bondissant,
véhément,
lancinant ?
In Jardin de France, Poèmes inédits, (1960).
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » ( ELC )
Internet
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PublicSénat | Leys, l’homme qui a déshabillé Mao (disponible jusqu’au 6/09/2026)
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Wikipédia | Simon Leys
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