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Grains de sel

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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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19 octobre 2026

Chroniq’hebdo | Du courrier postal, de l’actu et de la démocratie

Pierre Kobel

 

Je ne sais pas vous, mais moi, quand je sors de chez moi, je ne peux m’empêcher d’ouvrir ma boîte aux lettres, même si je sais qu’il n’y aura rien dedans ou quelque publicité qui part aussitôt dans la poubelle, et que je serai déçu. Mais j’attends toujours le miracle d’une lettre, de l’envoi d’un recueil et, parfois cela arrive. Parfois je suis tenté de demander à mes correspondants, ici ou ailleurs, de m’écrire par voie postale. Pour le plaisir, pour le fun, pour plus d’humain dans les échanges ! Et puis je sais bien ce que les courriels ont de rapide, de pratique, d’utile. Mais l’écriture manuelle, c’est autre chose et je m’attriste de voir disparaître ces traces physiques des autres. Dans un coin d’une pièce, j’ai un sac rempli de courriers. Il s’agit de ceux que j’avais reçus pour mes 60 ans. Une amie avait demandé à soixante personnes de mes connaissances de m’écrire un courrier postal à cette occasion. Il faudra un jour que je les scanne et que j’en fasse un album.

Connaissez-vous l’art postal ? Certainement vous avez déjà vu de ces enveloppes décorées jusqu’à devenir des œuvres d’art. Car une lettre, ce n’est pas que le contenu, c’est aussi ce qu’elle vous dit avant même d’être ouverte. Et je retrouve ce texte de la poète Marina Tsvétaeva, traduit par Elsa Triolet :

La lettre

Ainsi l’on n’attend pas les lettres,
Ainsi l’on attend une lettre.
Un morceau de chiffon avec
Un ourlet de colle
Autour. À l’intérieur, rien qu’un
Mot et le bonheur. Et c’est tout.

Ainsi l’on n’attend pas la joie,
Ainsi l’on n’attend que la fin
Vienne : une salve de soldats,
Trois petits quartiers de
Plomb au cœur. Un brouillard rouge.
Cela seulement. Et c’est tout.

Non pas le bonheur – je suis vieille !
La fleur, le vent l’a balayée !
Mais le rectangle de la cour,
La bouche noire des fusils.

(Le rectangle d’une lettre : encre,
Charmes et envoûtements !)Mais
Pour le dernier sommeil mortel,
Personne n’est jamais trop vieux !

Le rectangle de cette lettre.

*

Des images d’actualité ramènent aux violences urbaines qui accompagnent les manifestations lycéennes et étudiantes, des commentaires se rapportent à la fusillade d’Aubagne et au profil du jeune garçon qui a tiré. Si les deux faits n’ont pas de lien apparemment, je ne suis pas loin de penser comme certains qu’ils sont chacun le résultat d’une même propagation de la haine et de l’hostilité par les réseaux extrémistes qui savent combien le développement des radicalités et de la violence peut conduire plus sûrement au pouvoir. Quand je vois les bandes de cagoules noires qui pillent les magasins, ils me font plus peur pour ce qu’ils annoncent que pour ce qu’ils font. Les destructions d’aujourd’hui, c’est le ferment d’une haine entretenue et distillée pour porter au pouvoir ceux qu’elle sert. Je suis vieux et j’en ai assez de ces influenceurs de tous bords qui se servent des médias et des réseaux sociaux pour créer un climat anxiogène, de ces politiques qui brutalisent l’opinion pour prendre le train en marche au lieu de travailler à la protection de la république et à la reconstruction d’une vraie parole démocratique. Je suis vieux, mais pas assez pour ne pas m’opposer à ceux qui, dans la rue, dans les sphères d’influence et au pouvoir, méprisent, chacun à leur façon, la population et la manipulent au lieu de faire œuvre d’intelligence éducative.

Je sais ce que mes propos ont d’idéaliste. Ce ne sont que des protestations dans le vent dont tous ces gens n’ont rien à faire et qui ne trouveront écho qu’auprès de ceux qui pensent comme moi. Mais je ne peux m’empêcher de penser que chaque parole qui refuse cet état de fait est un acte de résistance. Et aujourd’hui cette résistance démocratique est non seulement nécessaire, mais c’est notre dernier rempart contre la haine généralisée avant un ordre à sens unique et une autorité sans partage.

*

Tandis que j’écris je reçois le dernier billet de Bernard qui s’inquiète de ne pas être trop grave. Est-ce être trop grave que d’évoquer la mort et ce qu’elle implique puisqu’elle fait partie de notre vie ? J’étais, il y a quelques jours, aux obsèques d’un ami un peu plus jeune que moi que je connaissais depuis cinquante ans. En pensant à lui, je me disais que j’enterrais par là même une partie de mon passé. Difficile de se retourner sur son existence et d’admettre l’inéluctable.

Et j’aime ce qu’écrit Max Alhau :

Les mots comme une source
ignorante du fleuve,
les mots qui se déploient
refusant la douleur
ou bafouant la mort.

Les mots jamais de trop
et qui brûlent sans cesse
au plus vif de la nuit.

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

18 octobre 2026

Retour de manif

Kata

 

Des ami.es et moi nous sommes donnés rendez-vous dans un angle du Jardin de la place Victor Hugo 15 minutes avant le début de la manif. Il y avait déjà tellement de monde que nous avons mis un temps infini avant de nous retrouver.

Sans le faire exprès, nous sommes au milieu du rassemblement des jeunes lycéens et étudiants. Ambiance sympa, les jeunes crient, brandissent leurs pancartes ou tiennent une banderole qui traverse la rue, un animal bizarre, sorte de grand lézard sur deux pattes, rigolard, danse avec eux,

Un tracteur conduit par un paysan hilare traverse la foule, il va certainement retrouver ses copains et on attend, on attend.

Combien la police va-t-elle annoncer de manifestants ? 1 000 ? 2 000 si elle est bien lunée ? Perso, je n'ai jamais vu autant de monde à une manif, même celle qui avait réuni 15 000 personnes contre la venue du papa Le Pen ou en hommage aux assassinés de Charlie et de Kacher. La CGT annonce au minimum 22 000 personnes.

On se met enfin en route, enfin, façon de parler, on doit bien faire cinq pas avant une nouvelle pause, en continuant à papoter et à écouter ce qui se dit autour de nous. Ca y est, cette fois on avance en direction des quais pour longer l'Isère avant de bifurquer et retrouver les places et les rues du centre ville. Cette année la cérémonie habituelle rappelant les centaines de morts parmi les manifestants algériens pour la paix en Algérie, poussés dans la Seine le 17 octobre 1961 par la police de Papon, ne pourra avoir lieu. Les autres années, après des discours, les participants jetaient des fleurs dans l'Isère.

Mais l'attente était trop longue, le mal au dos est revenu, n'étant pas encore très loin de chez moi, je décide de rentrer.

D'abord petite halte sur un banc au bord du jardin, très étonnée, je regarde la foule passer devant moi, ce n'est pas le chemin annoncé et le gros de la manif continue à marcher vers l'Isère.

Je reprends mon chemin. Tiens, bizarre, les voitures peuvent circuler sur un boulevard très passant. Pourquoi la police n'a pas carrément fermé le centre ville ? Les voitures pourraient très bien passer par les boulevard extérieurs ! Les bus et les trams ne fonctionnent pas, c'est vrai, mais les déplacements ne pouvaient pas attendre dimanche ou lundi ?

J’arrive sur le cours pas loin de l’immeuble où j’habite. Au carrefour y a beaucoup de noirauds (jeunes en pantalon et blouson noirs, une capuche sur la tête). Un monsieur m’arrête « N’allez pas plus loin, les flics sont là aussi », « Mais je veux juste traverser, j’habite en face », lui dis-je. Et là je comprends, un nuage de lacrymo arrive. Vite, vite, un jeune pas cagoulé se précipite et frappe à la porte d’un petit restaurant, juste derrière nous. « Vite vite ouvrez, il y a une mamie avec moi » La porte s’ouvre et nous nous précipitons à l’intérieur. « Venez avec nous au fond, vous serez plus à l’abri » Nous patientons un moment et, quand nous pensions que ça allait se terminer, une bombe lacrymo tombe juste devant l’entrée et la fumée passe sous la porte. Tout le monde tousse, pleure, on me propose de l’eau oxygénée pour les yeux. Je prends une photo. La photo n’est pas trouble, ce sont les gaz entrés dans le restau, qui donnent ce rendu. Heureusement ça n’a pas duré longtemps, les jeunes ouvrent la porte et me font sortir. Le nuage s’est dispersé, l’un d’eux me raccompagne vite fait jusqu’à la porte de mon immeuble. J’entre juste à temps. Ces jeunes ont été absolument adorables et efficaces. Je monte chez moi, les tirs reprennent, je vois de la fumée noire, des barricades brulent. Bref, c’est le chaos dans le quartier il a duré encore plusieurs heures.

Je m’en suis bien tirée.

Mes ami.es m’appellent, ils ont pu aller presque jusqu’à la fin du trajet prévu, mais les policiers ont réussi à scinder le cortège en plusieurs petits cortèges. Ils étaient assez écœurés, la manif n’avait plus la même force du nombre alors que les casseurs n’étaient pas avec eux.

À l’arrivée prévue au parc Paul Mistral, il paraît que tout le monde s’est dispersé en fuyant les lacrymos, qui continuaient à arriver sur eux alors que les casseurs n’étaient pas là.

Quelle conclusion, certainement provisoire ?

Pourquoi y a-t-il autant de jeunes cagoulés fauteurs de troubles, de feux, de casse de commerces, même protégés par d’épais panneaux en bois qui n’ont pas résisté, de vols et, bizarrerie, ce sont les mairies de villes de gauche qui ont été visées : Paris, Lyon, Marseille, Grenoble, etc., Limoges aussi, pas de gauche, mais où des policiers poursuivis s’étaient réfugiés.

Cette année, plus de 100 000 jeunes ont réussi le bac, mais n’ont pas de place pour continuer leurs études. Pas de travail sans formation et pas de chômage, puisqu’ils n’ont jamais travaillé. Parcoursup existe depuis 2018 et a toujours créé des problèmes. Faut-il rappeler les jeunes arrêtés lors de la première manif, à genoux, mains sur la tête, pris en photo par des policiers rigolards ?

Qu’est-ce qui a été fait pour donner une réponse positive à ces jeunes inquiets de leur avenir ? Rien

Faut-il s’étonner qu’il y ait autant de jeunes cagoulés sans espoir en l’avenir ? Sauf peut-être dans le deal ? La casse ? Connaissent-ils Alphonse Allais : « C’est fou comme l’argent aide à supporter la pauvreté ! »

N’auraient-ils pas été achetés pour semer autant de désordre, hier, en jetant l’anathème sur les vrais braves manifestants contre la vie chère et l’amélioration des conditions d’étude dans les lycées et les facs et sur les maires PS ou écolos à qui reprocher leur alliance avec LFI ? Enfin, ce que j’en dis…

Que va faire le gouvernement ? Continuer à jeter la responsabilité des troubles sur les jeunes et l’extrême gauche et ne proposer aucune solution aux problèmes véritables posés par une partie de la population ? S’il continue à clamer que les parents vont payer et sortiront des logements sociaux, c’est que, vraiment, il n’a strictement rien compris.

En conclusion, je ne suis vraiment pas tranquille pour notre avenir en général. Moi, j’ai vécu. Dans quel monde vont vivre mes petits enfants et les générations qui arrivent ?

Internet


 

18 octobre 2026

Directives anticipées ?

Bernard M.

 

Chaque fois que l’on doit subir une anesthésie générale, ce qui m’est arrivé tout de même trois fois au cours de ces dernières années (pour une coloscopie, pour l’opération de ma hernie inguinale, pour mon opération de la jambe après ma chute du mois de janvier), dans la multitude des paperasses à remplir, figure un questionnaire sur le thème « Avez-vous rédigé des directives anticipées ? Les avez-vous communiquées et auprès de qui ? »

À chaque fois je me dis « ouh, là, là oui, il faudrait que je fasse cela », mais après je n’y pense plus et donc je ne l’ai toujours pas fait. J’y repense aujourd’hui, car, dans mon laborieux travail visant à désherber ma bibliothèque et à réduire quantité de dossiers qui, dans leurs boîtes d’archives, prennent aussi pas mal de place dans mes rayonnages, j’ai dépouillé le carton consacré à mon père.

Et je suis retombé sur le document manuscrit qu’il avait écrit.

« Ceci est mon testament.

J’exprime, en cas d’accident de santé, la volonté formelle de ne faire l’objet d’aucun acharnement thérapeutique.

Si, à la suite d’un tel accident, je me trouvais plongé dans un état d’inconscience ou de conscience minimal, je désire ne pas être maintenu en vie par une nutrition et une hydratation artificielle.

Obsèques civiles. Incinération. Les cendres peuvent être déposées dans le caveau de Réalmont. »

Suivaient quelques lignes dans lesquelles il exprimait la volonté de favoriser un peu ma sœur par un versement complémentaire « par préciput et hors part » pour tenir compte de sa situation financière moins favorable que la mienne.

Il a rédigé ce document en février 2015 peu avant ses 90 ans. Il lui restait huit années à vivre, en bonne santé jusque vers 95 ans, mais marqué à partir de ce moment par la tristesse du décès de sa fille, ma petite sœur, dans le temps sombre du Covid, en décembre 2020. Elle n’a pas été emportée par le virus, mais par le cancer contre lequel elle luttait depuis plusieurs années.

La question de l’acharnement thérapeutique ne s’est pas posée. Dans les derniers temps, il était très affaibli et l’infection pulmonaire qui l’a atteint a eu raison de lui très vite, il n’a passé que quelques jours à l’hôpital, j’étais venu en urgence à Paris, arrivé tard le soir je comptais aller le voir le lendemain matin, mais j’ai eu un appel de La Salpêtrière en pleine nuit me disant que c’était fini.

Il y a le côté indéfini de la formule « les cendres peuvent être déposées ». Ce n’est pas une injonction, juste une suggestion. On pourrait fort bien décider de les déposer ailleurs. Il ne veut en aucun nous obliger si nous avons un autre souhait. Mais comment en avoir un ? La suggestion, de fait, vaut injonction.

Après les obsèques à Paris, j’ai donc rapatrié l’urne dans le sud-ouest. Ce blog en porte trace dans le billet Mon père sur mon dos ainsi que dans le billet Dernier voyage.

L’endroit n’est pas bien loin, mais il n’est pas sur nos itinéraires, nous n’y connaissons personne, n’y avons ni famille, ni amis et donc nous n’y allons pas, ce qui m’attriste un peu. Nous ne sommes même pas allés voir si les petits travaux de nettoyage et de rénovation de la pierre tombale que nous avions commandés ont été fait correctement. Allez, il faut que nous y allions faire un tour un jour prochain, cochon qui s’en dédit…

Bref, tout ça pour dire qu’il faudrait que je rédige enfin ces fameuses directives anticipées. Je pense que j’y mettrai aussi ce refus de l’acharnement thérapeutique (d’ailleurs, maintenant, on pourrait même aller plus loin avec ce que dit la récente loi sur la fin de vie), bien sûr obsèques civiles et crémation, mais, après, que faire de l’urne ? L’enterrer au pied d’un bel arbre au fond du jardin ? Mais en ville c’est interdit. Disperser les cendres dans la mer ? Ou bien, pour moi qui fus assez montagnard, quelque part dans le massif du Mont-Blanc que j’ai beaucoup arpenté ? Au lac Jovet, par exemple qui était une de nos excursions préférées effectuées sûrement pas loin d’une dizaine de fois, soit comme but, soit comme point de passage de randonnées au-delà ? Bof ! Je résiste à l’idée, sans doute parce que je résiste à l’idée de dispersion et d’absence d’un lieu identifié où pourrait se manifester le souvenir. Rassembler plutôt. Alors ? Dans le caveau de mes grands-parents maternels à Annecy, où est aussi ma mère ? Ou bien en terre tarnaise, auprès de mes grands-parents paternels et de mon père ? Oui je crois que ce serait mon option, à la fois parce que je me suis toujours senti plus proche de mon père et que j’ai beaucoup plus connu mes grands-parents paternels, moins âgés, plus complices que mes grands-parents maternels. Et parce que décidément, je ressens de plus en plus ces douces collines occitanes, entre Tarn et Lauragais comme étant mon pays.


 

14 octobre 2026

Les défis de la transmission

Mireille Podchlebnik

 

Le 4ème Forum Génération de la Shoah avait cette année pour thème « Les défis de la transmission ».

Le Mémorial de la Shoah avait organisé pour cet évènement : entretiens, ateliers, parcours, concerts et une pièce de théâtre « Ne pas oublier » présentée le soir de l’inauguration.

Le parcours que j’avais choisi pour clôturer les journées était celui du 11e arrondissement avec le Gymnase Japy qui fut le lieu d’arrestation des juifs convoqués par un billet vert en mai 41 et le lieu de rassemblement lors de la rafle des 20 et 21 août 41 qui a concerné mon grand-père et son frère. Le groupe s’est arrête devant plusieurs lieux symboliques comme la Place Voltaire, l’école de la rue Keller où un témoin de l’arrestation de son père a évoqué ces journées noires... chaque participant a pu entrevoir et parfois révéler une part de son histoire.

Ces journées furent riches de rencontres, émotions et échanges avec une belle participation des jeunes générations, ceux que l’on désigne comme 3ème et 4ème génération de la Shoah.

La présence de cette jeune génération en raison des thèmes qui leur étaient liés est devenue fondamentale pour la poursuite de la transmission car les survivants s’éteignent peu à peu et le négationnisme, la méconnaissance de l’histoire et la désinformation s’infiltrent insidieusement dans la société. En résulte l’antisémitisme croissant que tous constatent avec un pic depuis le massacre du 7 octobre 2023 survenu en Israël. Cette question a d’ailleurs fait l’objet d’un atelier « Après le 7 octobre, être jeune et juif dans la société française ».

J’ai eu le plaisir d’être invitée une nouvelle fois comme intervenante à un atelier intitulé « Transmettre mon héritage culturel et identitaire par la création artistique ». J’ai présenté mon travail artistique qui a débuté et se poursuit par la poésie en passant par la photographie, la musique et les sculptures d’arbres qui m’occupent depuis peu.

Avec moi se trouvaient 3 autres artistes, deux beaucoup plus jeunes que moi (ce qui commence à devenir très facile!) une bédéiste et la réalisatrice de la pièce de théâtre présentée au premier jour et un homme de ma génération, artiste et graphiste.

Les présentations ont suscité intérêt et questions comme : Quelle place prend l’art dans la transmission, a-t-elle un rôle dans l’apaisement des souffrances ou traumatismes, se poursuit-elle à vie, etc. ?

Peut-être que certains parmi vous auraient quelques réponses à apporter !


 

14 octobre 2026

Aux frontières de l’impossible… mon TOP 10 (2/2)

Malcolm

 

Alors bon, il me faut bien en venir au vif du sujet (j’ai toujours un peu de mal…) : comment dans tout cela retenir 10 titres, « préférés » ? Eh bien, en faisant comme je l’ai dit au début de mon précédent billet ! Mais souffrez quand même (vous aussi, y a pas de raison !) que je triche un peu, en citant parfois d’autres titres marquants du (de la) même artiste, mais sans les inclure dans ma liste, ou bien en proposant, astucieusement, un(e) autre interprète (par exemple, pour rétablir la parité…).

Roulements de tambour…

A la 10ème et néanmoins très glorieuse place dans ce si délicat classement, j’invite Daniel Balavoine à me lancer encore une fois son fabuleux SOS d'un terrien en détresse (composé par Michel Berger pour « Starmania » en 1978), qui « me parle » beaucoup, comme on dit… Il est précédé de peu à la 9ème place par notre regrettée Françoise Hardy, dont j’ai retenu un joli titre moins connu que ses grands classiques de début de carrière : Clair-obscur (tiré de son 23ème album, éponyme, sorti en 2000), car sa musique en a été écrite et jouée par le génial guitariste-compositeur Khalil Chahine (un autre maître pour moi, avec mon cher Pat…) ; le morceau de Françoise figure sur deux des albums de Khalil (une version chantée et une autre, instrumentale). Et là maintenant, juste devant Françoise, à la 8ème place, mais « qu’est-ce qu’y fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui-là ? » ; si ça se trouve, il est encore en train de chercher « une fille qui voudrait bien de [lui] ce soir un quart d’heure » ? Oui oui, c’est bien lui, Pierre Vassiliu, avec ici son très poétique questionnement : Amour - amitié (1970). Quant à Véronique Sanson, elle s’est subrepticement glissée devant lui, à la 7ème place, en déclarant tout de go qu’elle était Amoureuse : j’ai découvert son magnifique premier disque éponyme à sa sortie en 1972, peu de temps avant de rencontrer mon amoureuse à moi (qui possédait elle-même le disque) et de me lier pour la vie avec elle (pas Véronique, Nicole !). C’était peu de temps avant que Christophe ne vienne nous enchanter de ses merveilleux Mots bleus (1974), « ces mots qu’on dit avec les yeux » et qui lui valent cette belle 6ème place dans mon classement. Juste derrière… France Gall : en 1977, France vient titiller le cœur du jeune adulte anxieux que je suis déjà avec son triste constat : « Si, Maman, si, Maman si tu voyais ma vie… je pleure comme je ris, si Maman, si, mais mon avenir reste gris et mon cœur aussi »). Et comme si ça ne suffisait pas, cette même année 1977 et dix ans après avoir enchanté mes oreilles (et mon cœur) d’ado (déjà perturbé) avec sa question « Sous quelle étoile suis-je né ? » (« je n’ai pas décidé de voir le jour, je n’ai pas décidé ce court instant d’amour… »), avec son drôle d’ « Oiseau de nuit » paumé, et bien sûr ce pressant désir (encore inassouvi dans les années 60) de faire (et d’oser dire aux copines) « L’amour avec toi », voici donc Michel Polnareff qui me balance aux oreilles (sur Radio-France Internationale) sa douloureuse Lettre à France (non, pas à France Gall !). Je vis à ce moment une des pires années de ma vie, professionnelle et familiale : alors que je fais mon service militaire en coopération dans l’est de l’Ethiopie, débute la Guerre de l’Ogaden ; nous sommes évacués sur la capitale Addis Abeba et mon épouse Nicole (souffrant d’une hépatite virale) et mon fils aîné Ewan (âgé d’un an) sont, par sécurité, rapatriés en France. Contraint de terminer mon service dans un autre poste, je vais rester seul, séparé de ma petite famille, pendant six longs mois... Chaque fois que j’entends les paroles de Michel Polnareff (et l’effet perdure…), je leur donne un autre sens que les leurs et je pleure… « Depuis que je suis loin de toi, je suis comme loin de moi, et je pense à toi là-bas… […] Oui, j'ai le mal de toi parfois [mais non, tout le temps !], même si je ne le dis pas, je pense à toi tout bas… ». Cette émotion particulière conduit Michel à la 4ème place, juste au pied d’un podium où je vois s’agiter bien du monde… Mais que vois-je ? Quatre personnes encore pour trois places, aïe, aïe, aïe ! Et une seule femme. Et tous les quatre des « géants » (dont une géante) de la chanson. Et tous parlent d’amour, avec tant d’amour… Il va me falloir ruser. Tricher en fait!

Bon, la grande Edith ne cherche pas le conflit et elle accepte, tout en douceur, de monter sur la troisième marche. Mais que va-t-elle nous y chanter ? Les souvenirs émergent. Je dirais même que c’est la foule ! L’un d’eux sonne à la porte de mon cœur : alors que, à peine âgé de 7 ans, j’avais été mis en pension dans l’Yonne chez un oncle et une tante (des « vieux », c’est-à-dire tous deux dans la soixantaine !), « Milord » passait souvent à la « TSF » et mon oncle chantonnait avec Edith… A la fin de la chanson, je voyais parfois ses yeux, bleu acier, s’embuer quand elle disait : « mais vous pleurez, Milord ? Ça j’l’aurais jamais cru… ». Je n’ai jamais osé lui demander pourquoi… Plus tard, nombre de mélodies des chansons d’Edith sont entrées dans mon répertoire guitaristique (non chanté) : « La foule », justement, « Sous le ciel de Paris », « La vie en rose » …). Mais il me faut choisir… ce sera, on lui doit bien ça, son immortel Hymne à l'amour.

Et me voici donc avec mes 3 mecs pour les deux places du haut du podium. Score actuel hommes-femmes : 4-4. Impasse totale ! Mais c’est qui d’abord, ces mecs ? Ben, ceux de la célèbre photo d’eux tous ensemble, bien sûr, le poster incontournable (ci-joint). Impossible de les départager, donc grosse triche (et bazar !) finale… Ex-aequo ? Ce serait un peu gros… Qui donc devant Edith ? Ça s’agite, ça fait du bruit. L’un des trois peut-être un peu plus que les autres… ah oui, forcément, c’est lui ! Mais « tais-toi donc, Grand Jacques ! Que connais-tu de l’amour ? Des yeux bleus, des cheveux fous, tu n’en connais rien du tout… ». Comment ça, je n’y connais rien ? Alors, c’est que vous ne connaissez pas ma Chanson des vieux amants ! « 20 ans d’amour [et je ne vous dis pas… 50 !], c’est l’amour fol […]. Oh, mon amour, mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour, de l’aube claire jusqu’à la fin du jour, je t’aime encore, tu sais, je t’ai-ai-me… ».

Score hommes-femmes, à quelques minutes de la fin… 5-4. Georges et Léo me regardent, un brin ironiques. Là, je joue gros, mais je sais que tous les deux m’auraient sûrement pardonné ces choix. Je connais depuis longtemps le titre qui va l’emporter, car il m’obsède depuis… tant de temps ! Mais pour respecter la parité, c’est une femme qui doit la chanter (pardon, Léo !). J’ai choisi l’interprétation d’Abbey Lincoln, parce qu’elle me permet d’introduire subrepticement une grande chanteuse non francophone et, tout à la fois, mon cher Pat qui l’accompagne ici sur une rythmique valse-jazzy très originale et qu’il y met bien sûr sa pa-pat(te) bien à lui : Avec le temps… « va, tout va bien… ». Et si, sur la fin, les yeux humides de Léo (dans son « clip » à lui) vous ont manqué, ou si comme moi vous avez juste envie de remuer un peu plus le couteau dans la plaie, je vous propose la version, lente et douloureuse, de cette poignante chanteuse sud-coréenne Youn Sun Nah, ici en simple duo voix-guitare avec son remarquable compère guitariste suédois Ulf Wakenius (nous avons eu l’infini plaisir d’assister à un de leurs concerts à Marciac) : Avec le temps (bis)


Score final 6-5… Mais je ne pouvais décemment pas laisser Georges sur le carreau sur son radeau. Alors, pour me faire pardonner de lui et lui rendre également hommage, j’ai pris ma guitare et, en la gratouillant (à ses oreilles goguenardes tout là-haut), bien sûr, Je m'suis fait tout p'tit ! [Au moins, là il n’y a pas (encore ?) de pub !].

13 octobre 2026

La ville à la campagne

Kata

 

Et si Alphonse Allais avait raison ? J’ai bien failli écrire Émile Allais, je me serais trompée de prénom, ce serait bien de moi, ancienne acharnée sur les planches et maintenant regardant nos montagnes et leurs pistes de ski depuis la ville. Émile Allais n’a rien à voir avec Alphonse ; c’est lui qui a inventé la méthode des skis parallèles pour descendre les pentes, a « inventé » les moniteurs de ski, a créé et développé les stations en France et en Amérique du Sud, comme au Chili, qui a aussi remporté quelques courses de ski et obtenu quelques médailles civiles et sportives.

Émile a beaucoup fréquenté les montagnes et il a écrit son histoire sur les planches (de ski).

Non, en fait, je voulais parler d’Alphonse Allais, 1856 - 1905. Comme l’écrit Wikipédia : « … reconnu pour sa plume acerbe, insolente et irrévérencieuse… et maitre de l’humour absurde »

J’aime beaucoup son humour absurde et ses vers holorime (la rime est constituée par tout le vers). Exemple :

Par les bois du djinn où s’entasse de l’effroi,
Parle et bois du gin, ou cent tasses de lait froid

Bon, pourquoi voulais-je parler d’Alphonse Allais ? Eh bien, le samedi 10 octobre, à Grenoble avait lieu la traditionnelle « Descente des Alpages ».

Des agriculteurs-éleveurs conduisent leurs vaches le matin derrière la gare, puis, en cortège, traversent la ville jusqu’au lieu d’exposition, où est dressée une étable pour accueillir leurs bêtes.

Ce n’est pas tout. La fête s’étale sur trois places et toutes les rues, qui mènent de l’une à l’autre. J’avoue, je ne me suis pas levée le matin pour voir le défilé, je suis allée faire un tour à la fête en tout début d’après-midi.

J’ai été accueillie comme une enfant par cette énorme vache qui barrait toute une rue et, si j’avais été plus jeune, j’aurais fait du toboggan pour sortir par cette petite porte aménagée entre les pattes.

J’aurais peut-être aussi fait un tour sur le dos d’un âne ou tenté d’escalader un mur aidée par un militaire des troupes de montagne.

Je n’ai plus l’âge. J’ai donc fait à pied le tour des places en flânant dans les rues qui y mènent. De toute façon je ne pouvais que flâner vu le monde qui s’y pressait et tout ce monde résonnait de bonne humeur. Sur les places et de chaque côté des trottoirs, que trouvait-on ? Des stands, des stands et des stands. Et que trouvait-on sur les stands ? Seule, je n’ai pas osé chanter :

C’est à boire à boire à boire à boireueueu
C’est à boire qu’il nous faut ohohohoh

Je n’irais peut-être pas jusqu’à écrire « des kilomètres » de tables, les unes recouvertes de bouteilles et de verres, et sur d’autres, on avait rajouté des assiettes, car c’était l’heure du repas. Les départements étaient invités à faire connaître leurs spécialités, notamment les vins de pays et les fromages fabriqués à partir du lait des animaux du terroir. Étaient donc représentés, surtout le Vercors pour l’Isère et les deux Savoie avec la tartiflette. C’était des cris, des rires presque assourdissants, mais, preuves d’une réelle vitalité après les restrictions de cet été dues à la canicule, la bonne humeur rayonnait.

Je ne suis pas restée très très longtemps. Il paraît qu’il y a eu la confection d’un pâté en croute, le plus long du monde. J’ai juste entendu le début du concert des cors savoyards.

Pendant plus d’une heure, j’ai pu croire que la campagne avait pris possession de la ville pour illustrer le propos d’Alphone Allais retrouvé dans « Dicocitations » :

« Les villes devraient être construites à la campagne, l’air y est tellement plus pur. »

C’est bien vrai, on respire, l’air y est plus pur, mais je ne suis pas sure que l’air nocif ne s’y soit pas installé.

Pour en revenir à La Descente des Alpages, une telle ambiance bon enfant fait énormément de bien au moral après la difficile semaine passée avec les manifs de jeunes, qui ont mal tourné, les très graves blessures dues aux armes policières, les arrestations et mises en examen.

Il faut aussi faire le plein d’énergie pour la semaine à venir et les manifestations qui vont reprendre, notamment celle de samedi prochain, où il n’y aura pas que les jeunes lycéens et étudiants, filles et garçons, à défiler. Y aura-t-il celui qui est arrivé largement en tête de la primaire du PS, c’est-à-dire Raphaël Glucksmann ?

Pour terminer, si Alphonse Allais avait été encore parmi nous, il aurait certainement envoyé sa suggestion à nos ministres : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. Bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres. »

Internet


 

13 octobre 2026

Automne ?

Bernard M.

 

Il pleut. Pluie régulière et soutenue, bienfaisante après cette sécheresse. Espérons qu’elle sera suffisante pour mouiller la terre en profondeur… Un sacré contraste en tout cas avec l’exceptionnelle arrière-saison dont nous avons bénéficié, spécialement à Toulon pour nos formidables Journées. Elles auraient sans doute été bien différentes si elles s’étaient tenues quelques jours plus tard dans le contrecoup de l’épisode cévenol…

La pluie, la chute brutale des températures nous font entrer dans l’automne. Le matin comme le soir, le domaine de la nuit s’étend. J’ai troqué les shorts pour le pantalon long et la chemise à manches longues a remplacé les chemisettes.

Mais c’est aussi un peu l’automne dans le cœur. J’ai passé l’autre jour une partie de l’après-midi à écrire un hommage à une de mes anciennes collègues de travail qui a été lu à l’occasion de ses obsèques auxquels je n’ai pas pu aller. Dans le même temps, j’apprends de graves maladies d’autres personnes de ma connaissance et plus ou moins de mon âge. Il m’arrive à moi de ressentir parfois de désagréables palpitations du côté du cœur et l’on sait que, de ce côté-là, ça peut basculer très vite et que tout à coup, on pourrait ne plus y être. Brr… Tout ça, ça plombe un peu. Dans Le Monde des livres j’ai lu un article sur le dernier livre de Rose-Marie Lagrave, à la fois sociologue et autobiographe, La mort devant soi, enquête autobiographique, derniers chapitres. D’un côté elle a raison d’être lucide et de regarder les choses en face. D’un autre côté, ça ne me dit vraiment rien de mettre le nez là-dedans. Pas du tout envie de lire son livre. Sans être dans le déni, j’ai envie néanmoins de me tourner vers des œuvres plus joyeuses, tournées vers la joie, vers le bonheur de vivre. Il y en a beaucoup, fort heureusement. Berçons-nous d’elles…

Par exemple je feuillette le dernier hors-série de Télérama tout juste reçu qui est consacré à Gustave Fayet, un propriétaire de vignes dans la région de Béziers, qui fut aussi peintre, décorateur et surtout formidable collectionneur et auquel la Fondation Vuitton consacre une exposition. Un nom que je n’avais jamais entendu (ou dont je n’ai pas le souvenir, car j’ai visité il y a quelques années la magnifique abbaye de Fontfroide qu’il avait acquise et dont il a assuré la restauration à la fois pour en faire une résidence secondaire et pour en ouvrir une partie à la visite). Je ne manquerai pas d’aller voir cette exposition lors de mon prochain voyage à Paris. Quelles magnifiques explosions de couleur et de vie dans ses propres réalisations, comme chez les artistes qu’il a plus particulièrement collectionnés (Gauguin, Van Gogh, Cézanne, Redon…).

Décor d’Odilon Redon dans la bibliothèque de l’abbaye de Fontfroide

Tiens, la pluie s’est arrêtée, les nuages se sont déchirés et de grandes taches de soleil se sont posées sur la place. Après tout l’automne, c’est cela aussi, ces alternances… Pluie, soleil, pluie, soleil… Elles font écho en nous, ce sont d’autres intermittences du cœur…

Et aujourd’hui la température est annoncée fortement à la hausse. Est-ce bien l’automne ?

Internet

 

 


Décor d’Odilon Redon dans la bibliothèque de l’abbaye de Fontfroide


 

13 octobre 2026

Aux frontières de l’impossible… mon TOP 10 (1/2)

Malcolm

 

Ce matin, je m’y colle, après plusieurs insomnies ces dernières nuits à l’occasion desquelles, contrairement à Elizabeth, bien que je n’aie convoqué aucune d’elles, certaines chansons n’ont cessé de s’inviter, toutes seules (les garces…), à tourner inlassablement dans ma tête pour m’empêcher, moi, de retrouver le sommeil. Je me laisse enfin aller à cette aventure partagée. Car c’en est bien une, aventure ! Non, ce n’est pas du tout un jeu auquel nous a gentiment conviés l’ami Pierre, c’est une véritable séance de torture. Un brin masochiste, même. Car, dit-on, « choisir c’est renoncer » (adage gidien ?). Et renoncer, forcément… c’est souffrir un peu. C’est quand même très difficile de « préférer ». Mais préférer, ce n’est pas ne pas aimer les autres, n’est-ce pas ?… Ah, comme j’ai souffert en essayant de dresser mon petit tableau personnel et en procédant sans cesse à ces douloureux élagages pour l’empêcher de croître et pousser dans tous les sens ! Car il fallait bien, à tout moment de cette réflexion, procéder par « élimination » (quel mot terrible !). D’autant que la demande n’était pas forcément explicite au départ : je ne suis pas retourné la consulter pour savoir si nos « morceaux » préférés pouvaient inclure tous les genres de musique écoutée et aimée (instrumentale ou chantée, et en quelque langue que ce soit). Je me suis personnellement aligné sur ce qui est le plus fréquemment ressorti, me semble-t-il, des réponses : la chanson (en langue) française. Par ailleurs, je n’y étais pas obligé, mais je me suis mis des contraintes personnelles particulières, notamment la parité (si, si, j’y tenais !) ; le fait aussi que les morceaux retenus devaient être présents dans ma discothèque personnelle et qu’ils y figuraient en raison d’émotions particulières ressenties dès leur première écoute et restées gravées dans mes souvenirs (c’était le plus souvent le cas, mais au final je ne me suis pas toujours souvenu du contexte en question).

Alors, quelques mots justement à propos de ma « discothèque », qui est de fait une « CD-thèque » parce que presque exclusivement constituée de CD et que les disques vintage de notre lointaine jeunesse (les « vinyles ») n’en représentent plus qu’une infime partie. Car malgré tout ce que pourront argumenter les « vinylophiles » et autres « vinylomaniaques », quand j’écoute de la musique, quel que soit son genre, je ne supporte pas le moindre craquement de sillon (et mes vieux vinyles – qui furent certes parfois honteusement maltraités dans mon jeune âge – n’en manquent malheureusement pas…), surtout quand une rayure (blessure ?) plus profonde que les autres introduit une interminable autant qu’exaspérante répétition d’un passage ! Ma discothèque se compose donc à ce jour (et elle continue de croître… moins vite toutefois que la bibliothèque !) d’un bon millier de CD, dont 743 originaux occupant plusieurs étagères de la bibliothèque de mon salon (le reste étant des copies de CD empruntés en médiathèque et conservés uniquement en archives numériques sur disques durs (sans jeu de mots). Ils sont classés par moi en une dizaine de « genres » : « Jazz/jazz-rock/brésilien » (345 CD : le cœur de mes passions musicales) ; « Pat Metheny » (œuvres complètes de mon guitariste fétiche, dont la musique est tellement éclectique qu’elle constitue – à mes yeux et surtout mes oreilles – un « genre » à elle toute seule : 95 CD et plus de 800 titres à lui tout seul, en tant que soliste, leader de groupe, « sideman » ou invité d’autres artistes) ; « Folk/Pop/Rock » (161 CD : musique initiatique de ma folle jeunesse…) ; « Beatles » (autres « maîtres » de cette même jeunesse et sous-genre en soi du précédent ; œuvres complètes également, soit 19 CD et 321 titres, hors productions individuelles de chacun des « 4 de Liverpool ») ; « Celtique/Trad » (131 CD : mes racines écossaises et bretonnes s’y complaisent et s’y complairont toujours) ; « World/New Age » (81 CD : prolongement et extension au reste du monde du genre précédent) ; « Afrique » (65 CD : encore un « sous-genre » du précédent, aussi diversifié que la géographie de ce continent aimé, dont les musiques auront imprégné tous mes sens pendant mes 18 années de vie sous les tropiques) ; enfin (et seulement, au regard de leur faible présence relative) « Chanson et variété françaises » (58 CD) ; « Classique » (58 CD), « Comiques et divers » (30 CD) et « Famille et amis » (20 CD de musiciens proches). Au total, ces 1063 CD rassemblent 12.710 titres et… tellement de coups de cœur ! Alors, comment en retenir dix ???

Il y a quelques années, je me suis lancé le modeste défi de réécouter l’entièreté de ma CD-thèque. Contrairement à une relecture, impensable, de tous les livres de ma bibliothèque (je n’en ai même pas terminé – et ne terminerai peut-être jamais – l’inventaire !), c’était une chose tout à fait réalisable. Mais il m’aura tout de même fallu environ quatre ans pour cela… Car, contrairement à l’ami Pierre (et peut-être beaucoup d’autres personnes), je suis personnellement incapable d’écouter (c.-à-d. pas seulement, entendre) de la musique (surtout si je l’aime, parfois follement… donc pas celle du supermarché !) et faire autre chose en même temps, sauf… ma toilette matinale, à la maison, faite de gestes parfaitement automatiques n’altérant pas mon écoute attentive (je ne me suis jamais coupé en me rasant en musique !). C’est donc un temps d’écoute – concentrée – relativement limité dans ma vie (ma toilette reste néanmoins soignée !), mais – en dehors bien sûr des nombreux concerts en public – je consacre quand même aussi un petit peu de mon temps quotidien à écouter de la musique par ailleurs : sur des chaînes dédiées à la télé, à la radio, ou sur l’ordi… ainsi qu’à l’occasion de mes trajets en voiture où, comme pour la toilette, mes automatismes sont censés limiter les risques…

[À suivre]

 

12 octobre 2026

Chroniq’hebdo | Des outils et de la création, des mots irremplaçables

Pierre Kobel

 

Combien de fois je me suis demandé, et peut-être ici même, comment nous pourrions travailler sans connexion Internet ? Tant pour nos échanges que pour nous informer, nous ne cessons de nous référer à cet univers devenu incontournable pour beaucoup. À l’heure où je commence cette chronique, je n’ai plus accès à Internet en raison d’un bogue informatique comme il en survient parfois qui nous donnent la mesure de notre dépendance. Raaaaah ! Je m’agace, je m’énerve, je bidouille, rien n’y fait, je suis renvoyé à ma solitude. Et alors ?

Bien plus tard, je reprends ma chronique après avoir récupéré ma connexion, mais je mesure combien nous sommes devenus dépendants de nos outils numériques. J’ai encore passé de nombreuses heures devant mes écrans pour les publications de l’APA depuis le retour des Journées. Mélange d’intérêt et de lassitude. Intérêt pour tout ce que ces chantiers m’apprennent que j’investis autant dans mon travail personnel que pour l’association. Lassitude quand l’activité devient chronophage et m’empêche de mener à bien des projets personnels. Il n’y a aucune plainte de ma part, ce que je fais relève de mes activités bien avant que je m’implique là, mais cela ne remplacera jamais l’intensité que je peux éprouver à créer par l’écriture, le dessin ou la photographie.

Tous les outils du monde ne remplaceront jamais ce que nous pouvons faire avec notre esprit, y compris l’IA et les illusions qu’elle nous laisse entrevoir. Je regardais la semaine dernière des vidéos du travail artistique de nos amis Anne Poiré et Patrick Guallino (Allez sur YouTube, tapez leurs noms et vous en prendrez plein les yeux… et le cœur !). Cela me faisait penser à d’autres réalisations antérieures, telles celles du facteur Cheval pour ne citer qu’un exemple des plus connus. Il y a là du matériel, de la sueur et du temps long pour construire ces lieux hors du temps que ces créateurs nous offrent, mais il y a surtout l’imagination créatrice qu’ils développent et qu’aucune machine ne pourra remplacer.

Quand chaque jour, je prends le temps de lire quelques poèmes parmi tous les recueils qui courent dans mon logement, le temps ne s’arrête pas, il se réajuste. Il me ramène à la mesure des mots qui sont le seul repère de toutes nos errances.

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

12 octobre 2026

Foin de la modestie

Elizabeth LC.

 

Jusqu’à présent j’avais hésité, par modestie, et puis, ce matin, je me suis dit : Au diable !

Voilà l’objet. J’ai publié il y a quelques semaines un livre : Olivier Rolin, le voyage de l’écriture. En autoédition, parce que j’en ai marre de courtiser les éditeurs.

Résumé : « En 1993 Olivier Rolin a déjà publié plusieurs romans et livres de voyage, quand il fait paraître un ovni intitulé L’Invention du monde, qui va être qualifié de tous les superlatifs possibles et imaginables. Au-delà de ce livre exceptionnel, mon essai propose une présentation globale de l’œuvre d’Olivier Rolin, afin d’en discerner les thèmes essentiels, d’examiner les parentés avec d’autres auteurs contemporains (ou pas), de voir comment les techniques de narration y sont utilisées pour parvenir à ses objectifs. Afin de mieux faire connaître le travail de l’un des écrivains majeurs du paysage francophone. »

Je pense en effet que Rolin, qui est certes un écrivain connu, reste sous-estimé. Il vient de faire paraître un nouveau livre, La Guerre éternelle, ce qui fait qu’il était invité mercredi 7 octobre à l’émission de télé La Grande Librairie. Et là il s’est produit ce qui m’a fait changer d’avis et décider de promouvoir mon livre sur ce blog. En effet, Olivier Rolin, dans ses propos, a souligné l’importance pour lui de deux thèmes récurrents. Le premier est la proximité qu’il a de l’œuvre d’Homère et comment il la convoque dans ses livres – en l’occurrence, l’Iliade et la guerre de Troie. Le second étant la nécessité pour lui, avant d’écrire, quand il parle d’un événement réel, de se rendre d’abord sur le lieu où cela s’est produit. Ainsi, pour ce dernier ouvrage, il est allé à Hissarlik, en Asie Mineure, où se trouve le site archéologique de l’ancienne cité de Troie.

Or, ces deux points (Homère et le besoin d’aller sur place) sont développés dans mon livre, j’ai donc bien vu quelque chose d’essentiel…

Internet

7 octobre 2026

Écrits « en nature »

Bernard M.

 

À propos de nos belles Journées de Massacan encore…

Bien sûr il y a eu toutes les passionnantes tables rondes, mais, comme chaque année pour nos Journées, il y avait aussi les après-midis divers ateliers d’écriture ou d’échange. Nombre d’entre eux se sont tenus dans des petits salons d’extérieur, répartis dans le parc du domaine, nous permettant ainsi de rester pleinement en nature et d’y écrire au plus près de nos ressentis de l’instant.

J’ai participé pour ma part le samedi à l’atelier Haïkus animé par Catherine Bierling et à celui du dimanche d’Emmanuelle Tabet, qui se sont tenu tous les deux au bas de la partie relativement plane du parc, près du rebord de la falaise.

Après une présentation des techniques du haïku par Catherine, insistant notamment sur la façon dont il s’inscrivait dans la culture japonaise et sur les différences qu’entrainait une pratique en français, nous nous sommes lancé et avons chacun tenté de produire nos haïkus.

Voici les miens. Seul le dernier a la forme canonique 5-7-5 syllabes et c’est presque par hasard, je n’ai pas spécialement cherché à aboutir à ce résultat. Catherine insistait d’ailleurs justement sur la prééminence à apporter à la créativité et à ne pas la brider en s’obligeant à suivre une règle trop contraignante :

 

Femmes assises devant moi

Stylo à la main, studieuses,

À nos pieds la mer,

Doux ressac sur les rochers…

 

Immensité de la mer,

Sous les ramures des pins

Une voile au loin,

Plane une mouette…

 

A nos pieds la plage de galets,

Ressac de la mer sur la falaise,

Monte le rire d’une baigneuse…

 

Soleil encore haut,

Scintillements de la mer,

Nuages flottants…

 

Avec Emmanuelle l’exercice était différent. Elle nous a demandé d’abord de fermer les yeux, façon d’éliminer un sens un peu impérialiste pour pouvoir mieux se concentrer sur ce que nous disaient les autres, en l’occurrence ici, surtout le toucher et l’odorat. Elle a placé successivement deux petits objets dans nos mains en nous demandant de décrire ce qu’on en percevait.

Voilà ce que j’ai ressenti et écrit :

 

Fermons les yeux, ressentons…

Dans l’espace ouvert, d’abord la délicieuse sensation d’une légère brise.

Puis, entre les doigts se devine la plume, douceur d’un côté, dureté de l’autre, dureté, dureté et même piqure de la pointe. Caresse et légère chatouille à passer la plume elle-même sur la joue, sous le nez…

Entre les doigts ensuite, la petite pomme de main qui tient au creux de la main, le doigt va et vient et explore les interstices entre les écailles. Délice de l’odeur, légèrement sucrée…

En arrière-plan, percevoir les chants ténus des oiseaux et le bruit de la mer…

 

Levons-nous maintenant.

Marche aveugle de quelques pas vers l’arbre le plus proche.

Sous les pieds l’inégalité du sol fait hésiter et, soudain, les mains en avant, par réflexe, comme s’il y avait un danger…

Arbre touché. Il est rêche. Il est rugueux. C’est violent même cette sensation. La caresse n’est pas si plaisante comme le serait celle d’un hêtre. D’autant que soudain le doigt se heurte à un clou planté, agression de l’arbre, agression de ma main…

 

Ensuite…

Nous ouvrons les yeux,

La mer, le ciel, l’espace,

Devant nous, figures de femmes assises au rebord de la falaise, auréolées de lumière.

Clic-clac, j’ajoute l’image aux mots…

 

Après l’exercice Emmanuelle nous a invités à venir poser et coller les objets sur une grande feuille et à y ajouter une ou deux lignes extraites de ce que nous avions écrit. Et nous avons rapporté avec précaution cette jolie trace du moment pour la joindre à celle réalisée par l’équipe de la veille.

Ce furent de bons moments, au plus près de nos ressentis. Merci à Catherine et à Emmanuelle.

Et si vous ne l’avez pas encore vu, vous pouvez aller sur le compte rendu des Journées sur le site de l’APA avec son reportage photographique : https://autobio-asso.fr/actualites/massacan-2026-des-journees-exceptionnelles

 

 

6 octobre 2026

Chroniq’hebdo | De l’actu et ce qu’il en est

Pierre Kobel

 

Je retrouve dans le recueil J’écris blessure du poète iranien Garous Abdolmalekian, ces vers qui me ramènent encore aux journées de l’APA :

Nous sommes assis dans le temps
Et le temps marche en nous
Nous avançons dans le temps
Et en nous le temps revient
Nous trébuchons dans le temps
Et le temps continue son chemin.

Mais l’actualité est ailleurs et je pense aux lycéens et aux étudiants qui, depuis une semaine, sont dans la rue pour manifester contre les conditions matérielles et humaines de l’enseignement et parce qu’ils mesurent les dangers, voire l’impasse, de leur avenir. Je comprends les craintes et les appréhensions, telles que les exprimait récemment Anne. Les violences, les destructions qui ont eu lieu dans certains endroits sont déplorables et ne résoudront rien, mais elle ne m’en voudra pas de ne pas m’en tenir à ce seul aspect des manifestations pour les stigmatiser. Certains en profitent pour accuser au passage des adversaires politiques d’instrumentaliser le mouvement, et le bruit et la fumée deviennent prétexte à masquer la réalité des problèmes que posent les jeunes. C’est un peu court. Car cette colère ne devrait surprendre personne, elle n’est que le fruit d’un abandon ancien de l’Éducation nationale et, au-delà des gouvernants, de l’école, des enseignants et, le plus grave, des élèves. En laissant se dégrader des établissements, en ne leur donnant pas des moyens de fonctionnement adéquats, en négligeant la formation des enseignants, ils ont laissé pourrir une situation qui explose dans la rue aujourd’hui. Vers quelle humanité voulons-nous aller quand tout n’est que gestion au quotidien, ambitions personnelles et manque de perspectives ? Déjà en mai 2023, dans une chronique, j’écrivais : « qu’il est facile pour ce président, ces ministres de dénoncer, de prendre des airs offusqués ou désolés selon les circonstances ! Facile quand leur politique s’inscrit dans un continuum de longue date qui déshumanise les liens sociaux, refuse les contestations, gère à l’économie tout ce qui peut être marchandisé. Hypocrisie de la classe politique tout entière qui ne lève pas le nez de ses ambitions et laisse dériver tous les domaines, l’éducation, la culture, les médias qui pourraient contribuer à aller contre cette radicalisation violente des opinions. »

Est-ce la même France qui, un week-end, reçoit le pape avec force démonstrations de ferveur et d’attente d’une bonne parole miraculeuse et qui, dans la semaine suivante, descend dans la rue pour dire son ras-le-bol et afficher une conscience citoyenne parfois débordante, mais tout à fait légitime ? Je n’en suis pas sûr et, parfois, je ne sais plus dans quel monde nous vivons et si j’y ai ma place. Difficile de conserver des convictions, difficile de vivre ses rêves.

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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)


 

5 octobre 2026

À l'ombre des autres

Nadpic

 

Je commence à écrire à la suite d’un message reçu il y a quelque temps, relance de dons pour lutter contre le Sida.

J’ai été sollicitée régulièrement pour des signatures, pétitions mais avec dons à la clé en fin de lecture, un peu comme le font en direct ces jeunes au blouson changeant de couleur dans la rue, sollicitant les passants pour une ONG différente chaque semaine.

J’ai donné quelques bricoles à la collecte de denrées alimentaires, je me suis abonnée sans fierté aucune et comme beaucoup, à la revue « Village » après leur SOS pour la sauver mais je n’ai pas pu financièrement renouveler en fin d’année suivante. Je donne, mais pour combien de temps encore, à la SNSM (les Sauveteurs en mer) 10 € par mois, pas grand-chose pour eux.

Je déambule dans les rues et « coupe » mes pièces en deux pour donner à plusieurs mais moins.

Alors, j’ai souvent en tête, une lettre polie qui se forme et qui interpelle les Grands riches, leur proposant de déposer chaque jour 100 €, 1000 €, voire beaucoup plus sur le bureau d’une PME dans le brouillard ou dans la boîte aux lettres d’une association qui tente de bouger les lignes et autres noms sur la liste. Il y en a tant qui se désespèrent, facile de la rallonger.

C’est forcément très banal, presque puéril et très, très facile de dessiner ce scénario mais alors, pourquoi, pourquoi ils n’agissent pas ? Ils n’ont quand même pas tous la mentalité de Bolloré.

Je suis reconnaissante ô combien que d’autres que moi donnent pour le Téléthon, les Pompiers, les Restos du cœur, le Sida, et autres urgences. Grâce à elles et eux, je peux « presque » dormir tranquille, oui, presque !


 

4 octobre 2026

Retraitons-nous

Kata

 

Connaissez-vous l’expression « retraitons-nous » ? Non, bien sûr. Je sais, le verbe « retraiter » n’existe pas dans le sens, où je désire l’employer. Qu’est-ce qui me prend d’inventer des mots ? Eh bien, chaque postulant à la fonction suprême de « président.e de la République » cherche quelles économies réaliser pour réduire l’énorme déficit des finances publiques. Les retraité.es sont dans le collimateur. Ils ne travaillent plus, coûtent de l’argent à la Sécurité sociale, entre autres, et ne rapportent plus rien. Ah bon ? Quelle erreur ! On nous prend pour des pigeons ?

Je pense que beaucoup d’entre nous ici sont des « baby boomer ». Nous sommes né.es à la fin de la guerre ou pas loin après. C’était le gros boum des naissances, retrouvailles, repeuplement, naissances dans la joie et la bonne humeur. L’IVG ? Qu’est-ce que ça veut dire ? L’avortement ? Et le risque d’être condamné, hein ? Il paraît que nous avons « envahi » les bureaux de retraite, surtout depuis 2015.

« La France dépense trop pour les retraites », affirme l’ex-ministre Bruno Le Maire.

En France donc, plus de 17 millions de personnes, dont nous, quelques petits grains de sel, perçoivent une pension de retraite, pour une dépense représentant environ 14 % du PIB. Le système repose sur la répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions versées aux retraité.es actuel.le.s, sans capital individuel accumulé. L’ex-ministre propose, par exemple, de supprimer l’abattement fiscal de 10 %.

Pour les pensions de droit direct, en moyenne, un homme touche 1 955 € brut par mois, contre seulement 1 395 € pour une femme. Cet écart s’explique par des carrières plus souvent incomplètes ou à temps partiel pour les femmes.

53 % des retraités sont des femmes, car elles ont une espérance de vie plus importante que celle des hommes. C’est pourquoi plus de 3,8 millions de femmes touchent une pension de réversion en plus de leur propre retraite, généralement la moitié de ce que touchait leur conjoint, mais 900 000 de ces femmes, n’ayant pas travaillé comme salariées (car comme femme au foyer, elles ont beaucoup travaillé… bénévolement), ne touchent que cette pension de réversion, parfois moins de 1 000 €.

Pourquoi s’en prendre ainsi aux retraité.es ? C’est vrai, elles/ils ne sont plus dans le circuit économique des actives et actifs. Est-ce pour cela qu’il faut les pressurer ? Les faire mourir à petit ou grand feu ? Rétablir la peine de mort et inventer un motif de « vie trop longue » ? On sait maintenant que les piqures à l’américaine censées faire mourir ne marchent pas. Alors ? Alors, revenir à la guillotine ? Nos grands chefs ne savent pas à quoi nous servons ? Et toute la TVA qui rentre grâce à nos achats ? Que ce soit pour notre alimentation, nos charges si nous sommes propriétaires ou locataires, nos achats vestimentaires, nos achats de livres, journaux, etc., nos voyages, en train ou en voiture (avion aussi mais à éviter pour notre bilan carbone), hôtel, pension, nos cadeaux pour les différents membres de notre famille ou nos ami.es, etc., etc., etc., combien notre bénévolat dans notre famille en gardant nos petits enfants, par exemple, ou nos parents plus âgés, dans des associations, etc., évite comme dépenses, les EHPAD permettent à de nombreuses personnes de travailler, qui a calculé combien nous rapportons ? Je n’ai pas trouvé, même si je n’ai pas vraiment cherché. Ça devrait apparaître partout.

Nous ne sommes pas des charges. Nous sommes « craquant.es », ne vous en déplaise. C’est pourquoi je pense qu’il faut nous « retraiter », c’est-à-dire prendre en main notre retraite et prouver notre participation à l’économie du pays. Il existe beaucoup de retraités heureux, comme les danseurs, dont j’ai déjà parlé, qui font travailler les musiciens, les fabricants d’instruments de musique, les techniciens télé, les promoteurs des programmes, etc. Ces retraités participent à leur manière à la vie économique du pays, comme nous le faisons toutes et tous. Il existe aussi des retraité.es qui ont de la peine à finir le mois. Ceux-là ne seraient pas touchés par les réformes, paraît-il. Mais il n’est pas question de les aider ? Il serait intéressant de mettre en avant toutes nos actions dans l’économie du pays.

Je ne voudrais pas être trop longue. Il faudrait peut-être revenir sur ce qu’il se passe en ce moment entre le gouvernement et les jeunes, lycéens ou étudiants, se demander pourquoi certains jeunes sont devenus aussi violents. Quel rôle a joué le gouvernement ? Ce sera peut-être une autre fois.

Pour finir, une phrase d’Elie Wiesel : « J’ai juré de ne jamais me taire quand des êtres humains endurent la souffrance et l’humiliation, où que ce soit. Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté. »

Internet


 

4 octobre 2026

Osmose à Massacan

Françoise P.

 

De retour en Haute-Savoie, je trie mes photos, je lis et relis le sublime résumé des Journées de Bernard, les splendides photos jointes ! Les moments vécus présentement sont devenus « passé » et j’aime les revivre en partageant aujourd’hui d’autres clichés.

L’ivresse devant la plage m’a fait tanguer d’où la photo de l’horizon incliné au bout de mes pieds !

La visite du jardin au Domain de Baudouvin (cf. photo) m’a invitée à une sorte de communication profonde entre tous les êtres vivants : l’OSMOSE.

Je partage ici mes clichés de la visite guidée par Claire. De la grande allée de platanes, au château, aux installations artistiques, en passant par une chapelle, il y avait « osmose ». Une communication, un dialogue à la fois intuitif et raisonné riche en puissance, en poésie…

Cette osmose était bien là, entre nous lors des activités du riche programme bien orchestré. Osmose dans les ateliers, dans les oniriques spectacles du soir, au restaurant dans nos multiples échanges et nos balades en solitaire. Osmose : le flux de nos sensations, de nos réceptivités à chaque instant.

Pour terminer, me reviennent des Fables de La Fontaine, dont celle-ci : https://www.la-fontaine-ch-thierry.net/jardsegn.htm « Le jardinier et son Seigneur » dans laquelle je cherche les « osmoses »…


 

3 octobre 2026

Andrée Viollis par Dorothée Lépine – L’aventure du grand reportage

Élisabeth Gillet-Perrot

 

Une fois de plus, France-Culture nous a convaincus de lire le récit de vie d’une femme remarquable dont on a peu parlé. Et pourtant, Andrée Viollis, femme reporter née en 1870, était faite du même bois qu’Albert Londres.

Malheureusement, pour les filles : « on ne leur demande pas leur vocation : toute la même vie d’ours du Jardin des Plantes qui tourne dans sa fosse », écrit Andrée dans un roman de jeunesse où elle s’appelle « Criquet ».

En 1898, elle décroche sa licence de lettres alors qu’elle est déjà mariée et mère d’une première fille. Elle en aura une deuxième avec son premier mari, puis deux autres avec son second mari. Rien ne l’empêchera de voyager, dût-elle laisser ses filles à sa belle-mère. L’appel de la vocation est chez cette femme indépendante plus forte que la maternité.

Elle consacre son premier article à l’affaire Dreyfus sous le pseudonyme Une passante ; « L’affaire Dreyfus n’est pas simplement une question nationale, c’est une question humaine, la lutte du droit contre la force ».

Marguerite Durand, directrice de L’Action, remarque immédiatement les talents d’Andrée, bilingue en anglais, car elle a vécu en Angleterre, chose rare à l’époque. Elle se range aussi derrière Jean Jaurès, qui prend position en faveur des femmes. Mais Andrée, jusqu’à sa mort à 80 ans, ne s’encartera jamais, car elle tient trop à son indépendance.

Le 4 mars 1917, elle a un entretien au 10 Downing Street avec Lloyd Georges publié dans Le Petit Parisien un scoop est un scoop ! C’est la gloire même si Le Canard enchaîné la traite de bourreuse de crânes. Andrée confie à sa fille que le Times a oublié de mettre un « e » à son prénom… jamais une femme journaliste et française, qui plus est n’avait interviewé un Premier ministre anglais.

Dans le monde des journalistes reporters, Andrée est contemporaine d’Albert Londres, de Joseph Kessel, de Colette.

Andrée milite pour le droit de vote des femmes, mais elle rejette la violence des suffragettes anglaises. Or, les Anglaises obtiennent le droit de vote en 1918 !

Quand au retour de la guerre, elle retrouve ses deux filles adolescentes, Rosette et Lisette, elles sont envoyées en pension.

En 1920, on la trouve documentant la lutte armée en Irlande.

En 1930, elle va en Inde et rencontre Gandhi après vingt jours de voyage sur mer et sur terre pour parler au maître qui l’impressionne beaucoup.

Son goût de l’aventure est comparable à celui d’Alexandra David Neel ou Ella Maillart.

Elle évoque un « heureux présage » quand, sous Léon Blum, trois femmes sont nommées au gouvernement.

Comme Albert Londres, qui avait démissionné, car la ligne éditoriale du journal ne lui convenait plus, la conscience professionnelle d’Andrée l’oblige à quitter le Petit Parisien pendant la guerre d’Espagne en 1936. Et en 1938, à 67 ans, elle entre à Ce soir, en pleine confiance avec Aragon.

Le 18 juin 1940, Viollis est à Bordeaux quand elle entend l’appel du général de Gaulle à la BBC.

Elle se relance dans la bataille à Dieulefit, en zone d’occupation italienne où elle a aussi la charge de son petit-fils, dont la maman est dépressive.

Au printemps 1943, Aragon la convoque ; il souhaite qu’elle participe à la mise en place du Comité national des écrivains voulu par le PCF.

En 1945, on la retrouve écrivant la préface d’un petit livre d’Aragon La vérité sur le Vietnam.

Puis la voilà partie en Afrique du sud où sa fille Rosette s’est installée.

Alors que sa famille s’inquiète de sa santé, elle part en Roumanie, Hongrie et Tchécoslovaquie. Elle a accepté de se dire publiquement communiste, mais ne s’est jamais encartée.

Andrée s’éteint doucement chez elle à Paris le 9 août 1950

Sur la pierre tombale, on lit : Mme d’Ardenne de Tizac, dite André Viollis, journaliste

et sans date de naissance !


 

3 octobre 2026

Après les Journées de Massacan

Bernard M.

 

Écrit à Toulon, lundi 28 septembre

Quelles superbes journées de l’APA nous venons de vivre !

Assis sur la terrasse de notre chambre dans notre hôtel plutôt luxueux de Toulon (ouille, la note !), je sors mon petit carnet. Les hampes fleuries des bougainvillées viennent jusque sur la terrasse tandis que, lorsqu’on se lève, on voit au loin, au-delà d’un petit port, l’étendue scintillante de la mer sous le soleil matinal.

Point d’orgue des Journées de Massacan, nous restons ici deux jours pour découvrir Toulon que nous ne connaissons pas, promenades à pied au centre-ville aujourd’hui, demain, nous pensons monter au Mont-Faron pour voir tout ça d’en haut.

Je vais rédiger un premier compte-rendu de ces Journées qui sera mis en ligne sur le site de l’APA et vais aussi préparer un reportage visuel en mettant en ordre les photos que j’ai prises, histoire de faire un peu saliver celles/ceux qui n’ont pu venir à Massacan.

Inutile donc que je donne ici une idée des contenus des tables rondes, je vais me contenter de noter quelques éléments particuliers de mes ressentis. Ce qui a fait pour moi la force de l’événement, c’est la parfaite harmonie entre le contenant et le contenu, le lieu où nous étions et ce dont nous parlions. Oui nous étions en nature lorsque nous rédigions nos tentatives de haïkus dans la pinède face à la mer ou lorsque nous nous efforcions de mettre des mots sur nos ressentis lorsque nous palpions à l’aveugle une plume d’oiseau ou une pomme de pin ou bien lorsque nous marchions toujours les yeux fermés à la rencontre d’un tronc d’arbre à quelques mètres de nous…


J’ai envie d’évoquer aussi « l’after » dont nous avons bénéficié. Sachant que nous restions à Toulon, Françoise, la grande organisatrice de ces Journées, nous a proposé de venir dîner chez elle à La Seyne avec quelques autres personnes, dont Stéphanie Chanvallon, qui dormira chez elle. Nous laissons donc notre voiture à l’embarcadère et prenons le bac qui traverse toute la baie. Courte, mais belle traversée.

Nous voici de l’autre côté où Pierre, le mari de Françoise, nous attend avec une voiture qui nous monte chez eux. Nous passons un très chouette moment où nous évoquons les heures passées, où nous approfondissons les échanges avec Stéphanie notamment, et discutons de tas d’autres sujets, en finissant les boissons rapportées de Massacan, vin blanc pamplemousse et communard, tout en dégustant des pizzas… Joli point d’orgue à ces Journées, merci Françoise

Écrit ce jour, samedi 3 octobre

Nous voici rentrés chez nous.

Nous avons bien profité de Toulon sous un beau soleil, un jour consacré à la ville, un jour consacré au Mont Faron, route un peu serre-fesse pour monter là-haut, mais vue superbe et belle muséographie du mémorial qui évoque le débarquement de Provence d’aout 1944 et la libération de la Provence, une histoire que l’on connait moins bien que celle du débarquement de Normandie. En fin d’après-midi, baignades plaisantes sur les plages du quartier du Mourillon où était notre hôtel.

Le jeudi nous partons pour Sète. Nous avons vu les annonces d’un épisode cévenol violent devant intervenir dans la journée. Du coup, alors que nous pensions partir tranquillement en fin de matinée, nous accélérons le tempo et partons avant neuf heures. Nous renonçons à l’autoroute par Montpellier et passons plus au sud par Marseille et Martigues. Soudain sonnerie stridente de nos téléphones, tandis que s’affiche un écran « Alerte extrême sur le Gard et l’Hérault » avec une pilée de recommandations dont « ne prenez pas votre voiture, ne circulez pas » ! Le ciel est très noir, mais ça va, nous avançons bien, il ne pleut pas. Et puis, et puis, après avoir dépassé Aigues-Mortes, voilà que le ciel nous tombe sur la tête. Gerbes d’eau, quelques éclairs en prime, pendant un moment de la grêle, heureusement il n’y a pas beaucoup de circulation sur cette route, nous avançons à 50 km à l’heure, voire par moments à 30. S’arrêter ? On y songe, mais finalement, ce ne serait pas plus rassurant. Donc, doucement on progresse. Entre les nuages et les averses devenues plus modérées parait un timide rayon de soleil. Nous arrivons à Sète chez notre amie. Elle avait le projet de nous emmener nous baigner, finalement on enfile nos parkas et ce sera une simple balade au centre-ville et le long des canaux, car la pluie a repris.

Le lendemain nous rentrons chez nous. Très vite nous laissons les perturbations. Beau soleil lorsque nous longeons les Corbières, après Carcassonne, nous virons vers la Montagne Noire, passons un moment dans le nuage qui s’y accroche, mais il ne pleut pas ici. Nous arrivons chez nous, faisons le tour du jardin, tout est sec, il parait qu’il n’a fait que quelques gouttes ici !

Décidément, quels yoyos météorologiques ! Un signe des temps sûrement, les épisodes cévenols ne datent pas d’hier, mais tout laisse à penser qu’ils vont devenir plus fréquents et plus violents avec le réchauffement climatique.

Voilà, j’ai repris mes routines, celles de la vie quotidienne, comme celles liées à l’APA. J’ai mis en ligne un premier compte-rendu d’ambiance des Journées sur le site de l’APA agrémenté d’un reportage photographique. Je ne sais si tous les lecteurs du blog suivent aussi de près le site de l’APA, donc voici le lien : https://autobio-asso.fr/actualites/massacan-2026-des-journees-exceptionnelles.


 

2 octobre 2026

Alerte confinement

Anne Poiré Guallino


 

Hier matin, jeudi 1er octobre 2026, vers 10 heures 50, j’étais au lycée, et soudain, panique : devant notre établissement, agitation, rumeur indiscernable, suivie de cris, accompagnée du staccato sec et irrégulier de tirs de mortier, malgré la sécheresse et le risque d’incendie, accompagnée de glapissements de joie et d’applaudissements nourris, comme si c’était un exploit. Et puis des hurlements, des applaudissements à nouveau, plus hésitants, suivis de vociférations, une effervescence indescriptible, des bruits de verre brisé, des plaques de métal jetées au sol et une grande poubelle, couchée par deux ou trois individus, en travers de la route. « Ils veulent monter une barricade ? » Un jeune courait, en bon écologiste cohérent, une branche encore verte violemment arrachée à un arbrisseau qui avait difficilement réussi à survivre à la canicule. Le but était d’essayer d’allumer le feu avec ce bois vert et maigrelet, nous l’avons compris quelques minutes plus tard.

J’ai eu peur. Je l’avoue. Pourtant, je n’avais pas encore vu les informations d’hier soir. J’ignorais que des établissements avaient pris feu, étaient détruits, que du personnel avait été plus que malmené. L’ampleur de cette violence attisée par certains me fait mal. J’ai trouvé notre proviseur très courageux. Les grilles et les portillons étaient clos, il est sorti, dans la rue, et, seul, téléphone rivé à son oreille, il a affronté le groupe déchaîné, venu des autres lycées. La police n’était pas encore là.

Une collègue fragilisée par la tension voulait coûte que coûte s’échapper, rentrer chez elle, s’en aller. Elle ne comprenait pas qu’en sortant, elle ouvrait la porte, pouvait laisser entrer certains individus de mauvaise intention. Nous avons pu la retenir, mais elle était à bout.

En quasi direct, j’ai envoyé depuis la salle des professeurs où je me trouvais à ce moment-là quelques SMS que je ne croyais qu’informatifs à Patrick. À la relecture, je les trouve plutôt alarmistes, mais j’ai fait ce que j’ai pu sur le moment, en essayant de ne pas m’étendre. « X (le lycée voisin, de centre-ville) attaque. Chez nous. Là. Tirs de mortier. Cagoules. Ils cassent tout. » J’essayais de noter au plus vite. Avec le recul, ce n’était pas franchement rassurant ! Plutôt alarmiste, même. Heureusement, ils n’ont pas réussi à tout casser. Nous regardions les voitures de ceux qui s’étaient garés là… L’école infirmière, qui fait face au lycée, semblait autant en danger que nous-mêmes. La police n’était pas encore arrivée, les émanations de gaz lacrymogènes n’avaient pas commencé. Dès qu’un épais nuage s’est levé, la nuée d’élèves – ou de casseurs, certains étaient camouflés, cagoulés, tout de noir vêtus… – s’est envolée.

Moins d’une heure après l’assaut, j’avais cours. Tous les élèves étaient là, présents, attentifs. Je les admire d’avoir su garder leur sang-froid. Plus que moi, peut-être.

Ceux de 15 à 16 n’avaient pas cours avant ni après. Ils sont néanmoins venus, exprès, pour cette unique heure de « culture générale et expression ». Certains, très inquiets de ce qu’ils avaient vu en ville. Lorsqu’ils sont arrivés, essoufflés, ils m’ont expliqué que les deux retardataires allaient nous rejoindre, ils étaient là, en bas, mais on n’entrait qu’au compte-gouttes dans l’établissement. Les identités sont vérifiées, désormais, une par une.

Je n’en reviens toujours pas d’avoir pu faire cours, ensuite, dans ces conditions optimales, dans une écoute parfaite. Je me suis d’ailleurs arrêtée, au milieu d’une phrase, pour les remercier, les féliciter de leur attention. Je n’imaginais pas que cette transmission de la connaissance serait aussi facile un jour tellement agité.

Ce matin, je suis à la maison, je regarde sur mon téléphone le site du lycée, et soudain, ce message me saute aux yeux. ALERTE CONFINEMENT.

Ce n’est pas un exercice. Cette fois, c’est sérieux.

Je suis fatiguée de tant de violence. Je sais ; ça ne fait que commencer. Eh bien c’est déjà trop. Je voudrais des points de vue moins extrêmes, de la négociation, de la parole, plutôt que de la destruction. Peace and love plutôt que la révolution… sans projet, sans but, sans intention positive.

Le coût humain et matériel, pour notre région, comme ailleurs, est déjà bien trop important.

Il semblerait qu’un appel à un « gros » mouvement soit lancé pour mardi. Bon sang : qui saura apaiser ces passions destructrices ?

Je comptais appeler ce billet « Calme, sérénité, gaz lacrymogène et optimisme », mais où est le calme, où est la sérénité ? Qu’en est-il de l’optimisme ? Je pense aux élections présidentielles à venir. Et j’ai peur. Encore plus qu’hier et ce matin. Comme l’indique le message reçu ce jour et joint à ce billet : ALERTE. « Gardez votre calme ! »


 

1 octobre 2026

Belles et riches Journées

Elizabeth LC.


 

Je reviens, et récupère laborieusement (fatigue intense), des Journées de l’autobiographie de l’APA, tenues le week-end passé (25-27 septembre) au domaine de Massacan, à La Garde, près de Toulon.

Magnifiques journées dans un superbe endroit, le domaine avec tous ses bâtiments de style provençal aux murs déclinés dans diverses nuances de l’ocre, avec son petit amphithéâtre de verdure, avec son grand parc descendant en pente douce vers la mer.

Magnifiques journées en cette fin d’été avec un soleil bien présent, mais pas accablant, une température tiède jusque dans la soirée.

Magnifiques journées surtout par tout ce qu’elles ont contenu de retrouvailles et de découvertes, d’amitiés ressenties et exprimées, de sollicitations continues de l’esprit et des sens – pas étonnant qu’on en soit revenus fatigués ! Le thème de cette année était « autobiographie, nature et écologie ». Le contexte de l’époque, avec les manifestations violentes du changement climatique, nous avait rendus plus perceptifs aux réflexions qui nous étaient proposées pour vivre autrement notre insertion d’êtres humains dans le monde naturel. J’ai contribué pour ma part à l’une des tables rondes en rapportant mon expérience de prise de participation dans un groupement forestier : j’ai été bien récompensée par des félicitations et surtout des demandes d’information sur cette structure (le Groupement Forestier pour la Sauvegarde des Feuillus du Morvan) qui fait un travail formidable.

Un seul regret, l’absence pour raisons de santé de notre cher président Philippe Lejeune, auquel nous avons été nombreux à penser.


 

30 septembre 2026

Chroniq’hebdo | Des Journées de Massacan

Pierre Kobel


 

Les amis qui connaissaient l’endroit nous en avaient dit le plus grand bien. Et le week-end fut à la hauteur de ce que nous en attendions, en ville certes, mais à quelques mètres de la mer dont certains ont profité sous ce soleil automnal et doux qui nous a accompagnés durant ces rencontres.

Dès l’arrivée ce vendredi, ce fut l’occasion de retrouvailles comme nous en avons l’habitude chaque année. Un moment d’accueil, un premier repas pris ensemble et nous assistons au spectacle de la première soirée, promenade entre musique et poésie et extraits de journaux.

Le lendemain, et de même le dimanche, nous commençons par les préludes, lectures de textes par ceux d’entre nous qui le souhaitent, mise en bouche des heures à venir et retour aux textes déposés à Ambérieu.


Nous enchaînons avec la première table ronde Autobiographie et écologie, dont les quatre intervenants, Jean-Philippe Pierron, Elizabeth Legros Chapuis, Françoise Genevray et Catherine Soudé sont des représentants significatifs des rapports que nous entretenons avec la nature, de façon globale ou plus précise, par nos actions comme par les écrits.


Les déjeuners sont aussi des moments importants pour apprendre à mieux se connaître, à se découvrir pour certains, cela dans une atmosphère d’amitié et de détente qui fut celle de tout le week-end.


L’après-midi est consacré aux ateliers et la météo favorable nous conduit à nous disperser dans le domaine, au gré des tables d’extérieur et des recoins propices à se regrouper pour parler et écrire intimement.

Le soir c’est le chœur Le Madrigal de Provence, sous la direction de Marion Shürr, qui nous offre une heure de chant dans la nuit de l’amphithéâtre.

 

Le temps d’une nuit réparatrice, nous commençons ce deuxième jour avec un programme similaire. La table ronde Écriture de soi et écopoétique avec Emmanuelle Tabet, Jean-François Bourgain, Stéphanie Chanvallon et Virginie Gautier met l’accent sur l’observation de la nature et ce que l’écriture poétique peut apporter à son appréhension. Ceux d’entre vous qui me connaissent ne s’étonneront pas que je me sois grandement réjoui de la place que la poésie a eue durant ces journées. Alors que les passerelles avec l’autobiographie ne sont pas toujours évidentes, elle trouve avec la nature, un champ propre à s’exprimer et à participer de sa protection, du respect que nous lui devons et sans doute aussi de la réappropriation de nous-mêmes à laquelle elle peut conduire.

Quelques heures encore pour d’autres ateliers, pour profiter de la nature du parc et c’est l’heure du départ, entre souvenirs heureux et le regret de ne pas pouvoir les prolonger.

Je terminerai avec ce beau poème que George Sand écrivit à sa petite fille Aurore, poème que nous a transmis l’ami Alain.

À Aurore

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

 

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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

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